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Comment la Wallonie a convaincu Moody’s de confirmer sa note à A2

©REUTERS

Moody's distribue les notes. Celle de la Wallonie est confirmée à A2. Un sésame qui en cache un autre: la possibilité de voir une partie de la dette wallonne rachetée par la BCE.

Lundi, 22h39. L’information tombe par mail dans les rédactions. La note financière de la Région wallonne n’est pas dégradée par l’agence de notation Moody's. Elle reste à A2 avec une perspective stable. Dans la foulée, un communiqué du ministre du Budget Jean-Luc Crucke (MR) jubile.

Une note solide

Par les temps qui courent et avec ce que la crise du coronavirus fait subir à la Wallonie en termes de coûts avec des recettes qui s’écrasent et des dépenses qui explosent, certains y voient un petit miracle. Sa cousine, la Fédération Wallonie-Bruxelles (FW-B) n’a par exemple pas eu la même chance, même si elle reste toujours mieux cotée que la Wallonie. Le 8 juin dernier, la même agence de notation a révisé les perspectives financières de la FW-B de neutres à négatives, note Aa3, en raison de l'alourdissement attendu de l'endettement de l'entité. "Je craignais un peu cette annonce de Moody’s", reconnaît d’ailleurs le ministre Crucke.

" Je craignais un peu cette annonce de Moody’s."
Jean-Luc Crucke
Ministre wallon du Budget

Dans l’échelle des notations de Moody’s , A2 stable classe la Wallonie dans le haut du classement – un niveau qu’elle a depuis sa dégradation en 2017. "Avec un simple -A comme celui de la Région wallonne, cela veut dire que pour un investisseur les risques de défaut de paiement sont extrêmement faibles et proches de zéro", explique Matthieu Collette, Vice President-Analyste senior chez Moody’s.

Au cabinet du ministre wallon du Budget Jean-Luc Crucke, on pointe le résultat d’un travail de fond. Mais aussi les fruits d’une relation de travail avec Moody’s qui reste la seule agence à noter la Région. Les deux analystes de Moody’s sont d’ailleurs devenus des familiers de Namur. "Il y a des échanges toute l’année", souligne le cabinet Crucke. "Et depuis octobre 2019, nous les avons vus entre 6 et 7 fois, dont 2 ou 3 fois ces dernières semaines. L’un vient de Paris et l’autre de Londres."

"Avec un simple -A comme celui de la Région wallonne, cela veut dire que pour un investisseur les risques de défaut de paiement sont extrêmement faibles et proches de zéro."
Matthieu Collette
Analyste de la Région wallonne chez Moody's

Je t’aime, moi non plus

Derrière tout le cérémonial qui encadre la relation entre la Région et son agence de notation, le même processus se répète à chaque fois. D’un côté, Moody’s questionne, de l’autre, les experts de la Région clarifient certains points, assènent des chiffres pour, au final, espérer que le message soit parfaitement compris. "Lors de leurs déplacements, les deux représentants de Moody’s viennent à chaque fois avec une série de questions qui portent sur la situation de la dette, l’économie de la Région, les facilités à gérer des recettes fiscales, l’accès au marché au moment d’emprunter", relate l’expert de la Région.  "Ils ont une grille d’analyse et à la fin, une note finale tombe. On a toujours l’impression de passer un examen."

Si ce travail n’influence pas l’agence, il facilite l’analyse de Moody’s. "Plus une entité va être transparente et nous communique des documents, plus ce sera bénéfique. À l’inverse, une entité peu transparente avec des comptes peu lisibles pénalisera l’analyse, notamment lorsque l’on regarde le facteur gouvernance et gestion financière", confirme l’analyste de Moody’s.

"On sera vigilant sur les réponses apportées lors de l’ajusté budgétaire sur lequel travaille actuellement le gouvernement de la Wallonie."
Matthieu Collette

En pratique, comme le précise Matthieu Collette, Moody’s n’attend rien du politique. "On regarde simplement la capacité de rembourser la dette en temps et en heure. On prend les engagements politiques comme une donnée qu’on intègre dans notre analyse. Ce gouvernement est en place depuis un peu plus de 6 mois.  Ce budget 2020 est un budget de transition. Il y a eu la crise du Covid-19. Elle a un impact important sur les recettes, mais moins important sur les dépenses compte tenu de la taille du budget de la Région. Aujourd’hui, la note bénéficie d’une perspective stable, ce qui veut dire que nous l’estimons bien ancrée à son niveau actuel à un horizon de 12 à 18 mois. Cela veut dire aussi qu’elle rend compte de l’équilibre forces et faiblesses de la Région wallonne. Dans notre scénario macro-économique, on voit cette crise comme un choc aux effets transitoires. Mais on sera vigilant sur les réponses apportées lors de l’ajusté budgétaire sur lequel travaille actuellement le gouvernement de la Wallonie."

Rentrer dans le PEPP

Même si certains contestent le pouvoir des agences de notation, le label octroyé par Moody’s cette semaine vaut son pesant d’or pour la Wallonie. "Il fallait qu’on soit renoté pour profiter du programme européen PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) de la Banque centrale. Nous avions besoin d’une notation d’émetteur à long terme pour profiter du rachat d’actifs de la BCE. Nous ne l’avions pas avant. La nouvelle analyse de Moody’s a donc permis d’obtenir cette notation d’émetteur à long terme tout en confirmant en même temps la note globale A2 de la Wallonie", souligne le cabinet Crucke.

"Nous avions besoin d’une notation d’émetteur à long terme pour profiter du rachat d’actifs de la BCE. Nous ne l’avions pas avant. La nouvelle analyse de Moody’s a donc permis d’obtenir cette notation d’émetteur à long terme."
Cabinet de Jean-Luc Crucke

"En théorie, ces rachats n’ont pas de limites. La BCE peut acheter les titres qu’elle souhaite sur les marchés secondaires."

Déjà de retour en décembre

L’analyse étant perpétuelle, un nouveau rendez-vous avec les experts de Moody’s est déjà fixé en décembre. Le rendez-vous est déjà décrit comme important. Le cabinet Crucke s’attend en effet à devoir aborder un nouveau chapitre. "En décembre 2020, il y aura une nouvelle évaluation sur base du budget 2021.

"Nous regarderons la trajectoire des déficits et de la dette à un horizon de 2 à 3 ans."
Matthieu Collette

Pour s’y préparer, un travail important devra être fait sur une analyse exhaustive des dépenses publiques liées au Covid-19, un calendrier de maîtrise de la dette et un accès suffisant aux liquidités." L’agence attend, elle, des réponses claires. "On attend du budget 2021 des engagements pluriannuels. Le budget 2020 de la Région a été présenté comme un budget de transition. Nous regarderons donc les engagements pluriannuel et la trajectoire des déficits et de la dette à un horizon de 2 à 3 ans."

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