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Coup de poker d'Ecolo pour éviter le MR

©BELGA

Ecolo propose de former un gouvernement minoritaire avec le PS et de l'ouvrir à la société civile. Les verts cherchent maintenant le soutien d'une série de députés de l'opposition.

Après deux rounds de discussions en vue de former une majorité gouvernementale en Wallonie, Ecolo sort du bois. Avec des coquelicots!

L’idée défendue par les verts ce lundi matin est de former un gouvernement minoritaire PS-Ecolo avec la présence de la société civile en son sein. "Face à la gravité et à la complexité de la situation, nous avons besoin de responsabilité d’une part, de créativité et d'inventivité d’autre part. Nous proposons dès lors d'ouvrir la majorité et le gouvernement à la société civile et de construire avec elle ce nouveau contrat écologique, social et démocratique dont la Wallonie a besoin ", propose Jean-Marc Nollet, coprésident des verts et représentant de leur délégation pour la formation d'un exécutif wallon.

Cette sortie, qui germait dans la tête de plusieurs écologistes depuis quelques jours, n’est pas vraiment une surprise. L’exit du PTB et l’auto-exclusion du cdH rendent numériquement le PS et le MR incontournables en Wallonie. "Les verts constatent avec regret que la séquence post-électorale s’est, du côté wallon, bien trop vite emballée alors que notre devoir est de construire une feuille de route pour les cinq années à venir. Le temps n'a pas pu faire son œuvre. Les choix qui ont été faits rendent le PS et le MR incontournables, ce qui conduit à un appauvrissement de la dynamique démocratique et à une négation du signal envoyé par l’électeur", constate Ecolo.

Faire barrage au MR

Un gouvernement tripartite PS-MR-Ecolo serait évidemment l’option la plus facile, mais du côté des verts, jouer l’appoint dans un gouvernement plus marqué à droite n’est pas non plus une chose facile à avaler. "Ecolo veut rester sur une coalition plus marquée à gauche. Il n’est d’ailleurs pas certains que les militants d’Ecolo valident une participation à une tripartite PS-MR-Ecolo avec un MR qui a cogné dur pendant la campagne", estime Jean Faniel, le directeur du Crisp.

Cela montre qu’il y a des messages qui ont été entendus avec les propositions de Paul Magnette et de Jean-Marc Nollet. Les lignes bougent, au minimum dans les esprits.
Jean Faniel
Directeur du Crisp

Reste donc cette troisième voie, qui s’apparente à la solution de la dernière chance, à travers un gouvernement minoritaire PS-Ecolo. Jean-Marc Nollet rejoint ainsi l’idée proposée par le socialiste Paul Magnette il y a une semaine. "Elle comporte néanmoins une grande différence avec la proposition faite par Paul Magnette. Ici, Jean-Marc Nollet propose un soutien extérieur en associant à un poste de ministre une personne de la société civile. Depuis les élections, on est dans un bouillonnement d’idées et ce qui paraît le plus évident (une bipartite PS-MR ou une tripartite PS-MR-Ecolo, NDLR) n’est pas ce qui est pris en considération. Cela montre qu’il y a des messages qui ont été entendus avec les propositions de Paul Magnette et de Jean-Marc Nollet. Les lignes bougent, au minimum dans les esprits. Il y a une volonté d’avoir une politique cohérente et pas un gouvernement de centre-droit ", souligne le directeur du Crisp.

Sans surprise, la proposition d'Ecolo a fait bondir les cadres du MR. "La Wallonie a besoin d'un projet sérieux et ambitieux qui s'inscrit dans une majorité au Parlement", a ainsi souligné sur Twitter la ministre sortante des Affaires intérieures, Valérie De Bue.  "Sérieux, sens des responsabilités et ambition, voilà de quoi la Wallonie a besoin pour envisager un avenir à notre jeunesse. Pas de partir à l'aventure...", a dit par le même canal le ministre sortant de l'Économie, Pierre-Yves Jeholet.

Plusieurs obstacles

La formule des verts reste cependant compliquée à mettre en place. " Quel sera le rapport de force des ministres issus de la société civile? Comment éviter que cela soit les appareils des deux partis qui reprennent les choses en main? La société civile est souvent un contre-pouvoir. Comment faire en sorte de dépasser le lobbying? Et comment faire en sorte que l’organisation dont sera issue la personne ne sera pas muselée? Cela pose des questions pratiques mais cela témoigne d’un renouvellement des idées", analyse encore Jean Faniel.

Élections 2019

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Eviter l’instabilité

L’autre défi majeur est conceptuel. Ensemble, PS et Ecolo ont 35 députés. Il leur manque donc 3 sièges pour obtenir la majorité au Parlement. Se dirigera-t-on vers un accord sur une feuille de route globale à 5 ans avec une série de députés du Parlement pour obtenir la majorité au moment des votes? Ou PS et Ecolo vont-ils négocier leurs textes au cas par cas avant chaque vote? Les deux options sont difficiles à vendre. Dans le premier cas, il faut convaincre une série de députés de l’opposition de donner un blanc-seing à un gouvernement pendant 5 ans. La deuxième option est, elle, source d’instabilité car chaque décret dépendra du bon vouloir de certains députés de l’opposition.

Ces deux difficultés en soulèvent une autre: des députés de l’opposition vont-ils accepter de voter la confiance du gouvernement en tout début de législature?

Il n’y a donc rien d’étonnant de voir tantôt le PS draguer les élus du PTB, tantôt Ecolo, ceux du cdH. Mais les lignes ne semblent pourtant pas bouger. Les communistes refusent de revenir à la table des discussions. Le cdH n’est, lui, pas prêt à virer sa cuti quelques jours après avoir annoncé une cure d’opposition. Chez Ecolo, certains ne désespèrent pourtant pas d’arriver à convaincre certains députés du cdH, comme Alda Greoli, proches du mouvement e-change. L’appel du pied est lancé. Mais sans faire mouche chez les humanistes.

"Niet" du cdH

"Le cdH n’a pas changé d’opinion. Il a toujours dit qu’il se montrerait créatif et constructif pour apporter ponctuellement son soutien depuis l’opposition aux réformes de fond indispensables pour la société et la paix communautaire, mais n’envisage pas de structurellement apporter son soutien à un gouvernement minoritaire, quel qu’il soit, afin que des partis tiers mènent une politique qui ne serait pas conforme à notre projet avec un chèque en blanc", souligne le cdH dans un communiqué.

"Le cdH est de longue date un fervent défenseur de la société civile et a lui-même déjà pratiqué pareilles désignations (Marie-Dominique Simonet, Josly Piette, Alda Greoli...). L'idée est séduisante mais le problème n'est pas là. Le cdH ne pense pas pertinent d'offrir à la Wallonie un scénario fragile, instable et peu pérenne tel que celui d'un gouvernement minoritaire à l'heure où d'importants défis se présentent."

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