Coupé de Resa, Nethys doit réinventer sa stratégie financière

©Anthony Dehez

Resa ne pourra bientôt plus être une filiale de Nethys. Un décret, voté en troisième lecture ce jeudi, va couper les ponts entre le GRD et l’intercommunale liégeoise.

C’est une nouvelle étape importante suite au scandale Publifin. Le gouvernement wallon MR-cdH doit adopter en troisième lecture ce jeudi une série de modifications aux décrets électricité et gaz, avec pour objectifs de simplifier la structure des GRD (gestionnaires de réseau de distribution d’électricité et de gaz), de renforcer le contrôle des actionnaires publics sur ces GRD, d’améliorer leur gouvernance et de garantir leur indépendance par rapport aux acteurs privés.

Derrière ce long générique, l’exécutif wallon entend forcer la sortie du GRD Resa du giron de Nethys pour le placer directement sous le contrôle de Publifin et des actionnaires publics. C’était d’ailleurs une des principales recommandations de la commission d’enquête parlementaire Publifin.

La fin des subsidiations croisées

Parmi les raisons poussant les députés de la commission d’enquête à demander cette "sortie" du champ d’action de Nethys, les commissaires ont fait part de leur "malaise" face à une subsidiation indirecte de Voo et Elicio grâce aux bénéfices de l’activité monopolistique de Resa.

En examinant les flux financiers provenant de Resa, les commissaires ont noté qu’en 2015, "alors que Resa a décidé d’octroyer un dividende de 48,4 millions d’euros à ses actionnaires (Nethys à 99,9%), on remarque que le montant revenant in fine aux actionnaires publics est de 25,5 millions, soit un peu plus de la moitié (52,6%) du montant distribué par Resa". La différence a été notamment affectée par le conseil d’administration de Nethys à ses activités ou investissements dans Voo et Elicio.

L’autre élément mis en avant dans le rapport Publifin est le projet James mené en juillet 2016 au sein de Resa. Au cours de cette opération, le GRD a souscrit un emprunt obligataire de 500 millions d’euros. Les montants levés ont notamment permis à Nethys de se diversifier dans des activités non régulées comme l’éolien offshore en mer du Nord ou de financer l’acquisition de la société d’assurance l’Integrale.

Si la Commission wallonne des marchés énergétiques (Cwape) n’y voit rien d’illégal, le décret porté par le ministre de l’Energie Jean-Luc Crucke (MR) entend rendre à Resa son indépendance et l’éloigner d’activités commerciales et de production d’énergie.

Cette séparation n’est pas anodine. Elle pourrait faire basculer tant le fonctionnement économique de Nethys que celui du GRD liégeois.

Partons du cas de Resa. Jusqu’ici, la gestion quotidienne du gestionnaire du réseau de distribution (informatique, gestion des demandes de raccordement…) était réalisée au sein de Nethys ainsi que par le personnel de Publifin. Ces synergies seront interdites après l’entrée en vigueur du décret. "Cet éloignement va coûter cher à Resa en termes de personnel et de gestion informatique. On parle de plusieurs millions", confie une source proche du dossier. Pour éviter d’éventuels déboires financiers, Jean-Luc Crucke encourage Resa à se rapprocher d’Ores. Si le scénario de la fusion semble compliqué vu les contestations dans les rangs politiques liégeois qui redoutent une chute des dividendes, la piste des synergies entre Ores et Resa tient la corde.

Pour Nethys, le départ de sa vache à lait est encore plus problématique. "Le groupe va se retrouver déséquilibré. Resa assurait le rating du groupe et permettait à Nethys de se financer de façon attractive", constate un acteur du dossier.

Pour schématiser la situation de Nethys sans Resa, il faut faire la différence entre deux blocs d’activités.

→ Le pot commun qui regroupe les participations rentables dans Socofe, Meusinvest et l’aéroport de Liège.

→ L’équilibre financier des autres activités (l’Integrale, Voo, Elicio…) est par contre toujours incertain.

Tout le défi, qui va mobiliser les administrateurs du groupe ces deux prochaines années, est maintenant de restructurer le groupe et de créer autour des actifs plus fragiles une rente pour les actionnaires publics.

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