Des experts proposent des pistes pour la réindustrialisation de la Wallonie

Les experts estiment que la Wallonie doit veiller à ne pas concentrer les investissements dans des grandes entreprises et sur quelques thèmes spécifiques comme la pharma, la biotech ou la chimie. ©Anthony Dehez

Dans un rapport commandé par le gouvernement wallon, des experts et consultants évoquent une série de pistes pour transformer et réindustrialiser la Wallonie.

La Wallonie est à un tournant, sur le plan économique, social et durable. Ce triple enjeu, renforcé par la crise du Covid, s’accompagne d’une date symbolique. En 2024, la Région devra commencer à vivre sans dépendre des transferts financiers depuis la Flandre. Ce cap est évidemment important car il s’accompagne d’une perte annuelle de 60 millions sur dix ans.

Un rapport sous forme de constats

Si la Wallonie peut compter sur une série de succès dans des secteurs clés comme la pharma, les biotechs, la logistique ainsi que la mise en réseau d’acteurs économiques à travers ses pôles de compétitivité pour affronter ces nouveaux défis, des indicateurs rappellent que la situation économique du sud du pays reste fragile, et s’est même aggravée à certains niveaux avec la crise sanitaire. Les maux? On pointe par exemple un chômage qui progresse à nouveau, une personne sur quatre qui se trouve dans une situation de paupérisation, un dynamisme entrepreneurial plus faible qu'en Flandre avec un tissu économique marqué majoritairement par des PME. La part de l’industrie (en ce compris le secteur de la construction) dans le total de la valeur ajoutée brute wallonne est de son côté passée de 26% entre 2003 et 2008, à 23% en 2017 (25% pour la Flandre, en baisse également, 8% pour Bruxelles).

Les experts dressent un état des lieux de la situation de la Wallonie sur le plan de la transformation économique, l’emploi, la formation, l’énergie, les ressources durables.

Pour affronter la situation, le gouvernement Di Rupo mise sur un nouveau plan de relance baptisé Get Up Wallonia et doté d’une enveloppe de 500 millions sur l’ensemble de la législature. Les mesures qui seront dévoilées en avril sont supposées répondre à un constat posé dans un rapport commandé par le gouvernement à une série d’experts et consultants de PwC, BDO, Möbius et Ecores. Dans leur analyse que L’Echo a pu consulter,  les experts dressent un état des lieux de la situation de la Wallonie sur le plan de la transformation économique, l’emploi, la formation, l’énergie, les ressources durables. Autant d’enjeux qu’il faudra maintenant dépasser "pour basculer vers la transformation de la Wallonie".

Rationaliser le paysage de la recherche

L’heure n’est pas encore à la rédaction de mesures. Elles sont attendues pour avril. Mais pour les experts, si la Wallonie veut réussir sa transformation économique, elle doit s’attaquer à quatre piliers étroitement liés: sa recherche, sa réindustrialisation, l’émergence de nouveaux secteurs et son dynamisme entrepreneurial.

Il existe aujourd’hui 19 centres de recherche agréés (CRA) en Région wallonne. A l’inverse, la Flandre a développé des centres de recherche stratégiques (IMEC, VIB et VITO) en nombre limité.

Partons de la recherche. Si la Wallonie présente un indicateur d’intensité de R&D de 2.7% (dépenses intérieures brutes de R&D, en pourcentage du PIB) pour l’année 2017, un niveau dans la moyenne belge (2,7 %), elle pourrait gagner en dynamisme à travers une série de réformes comme une rationalisation du paysage public des centres de recherche agréés. Il existe aujourd’hui 19 centres de recherche agréés (CRA) en Région wallonne. A l’inverse, la Flandre a développé des centres de recherche stratégiques (IMEC, VIB et VITO) en nombre limité. C’est le cas dans d’autres régions de comparaison comme le Pays Basque. Pour les experts, cet éclatement est contre-productif alors qu’une rationalisation permettrait de gagner en force de frappe avec des centres de recherche de dimension européenne. "Cette taille critique permettra notamment de dégager des ressources (humaines et financières) pour participer aux nombreux appels à projets et autres programmes européens en innovation. La participation de la Wallonie y est trop modeste, trop peu structurante pour son écosystème entrepreneurial."

Pour assurer la résilience de la Wallonie, il est aussi nécessaire de développer d’autres secteurs de recherche (notamment dans les thématiques de transition) et d’impliquer davantage les PME.

Dans la foulée, le rapport encourage le monde politique à poursuivre l’intégration des PME dans les projets de recherche et recommande à la Wallonie de veiller à ne pas concentrer les investissements dans des grandes entreprises et sur quelques thèmes spécifiques (biotechs, chimie, pharma). "Il ne s’agit pas de remettre en question la spécialisation dans ces secteurs mais de souligner que, pour assurer la résilience de la Wallonie, il est aussi nécessaire de développer d’autres secteurs de recherche (notamment dans les thématiques de transition) et d’impliquer davantage les PME."

Une taille qui pose problème

Mais si la recherche est souvent l’étape préalable à toute initiative industrielle, les consultants estiment que la réindustrialisation de la Wallonie se heurte à une question de taille pour les entreprises industrielles. "Leur taille réduite (89% des entreprises wallonnes emploient moins de 20 personnes) ne leur permet pas de générer des effets d’échelle ou d’investir suffisamment. La question de la taille est particulièrement critique puisque de manière globale, la valeur ajoutée par emploi en Belgique varie de 55.000 euros pour les entreprises de moins de 10 personnes à 94.000 euros pour les entreprises de plus de 250 employés." Outre cette question de taille, l’analyse pointe d’autres obstacles au processus de réindustrialisation comme les pénuries de main d’œuvre qualifiée (STEM) ou une évolution technologique (IA, industrie 4.0,…) "trop rapide pour les PME qui ne disposent pas des ressources en interne pour anticiper et intégrer ces évolutions".

D’autres défis sont aussi vus comme des futurs obstacles à franchir comme "la fixation d’objectifs carbone à 2030 et 2050 hyper ambitieux du point de vue des industries les plus émettrices" ou "la hausse importante du coût de l’énergie et du cours du carbone dans les 10 prochaines années".

Les experts ne viennent pas avec une solution clé sur porte mais plaident pour un grand débat qui remettrait en question tout ce qui a été fait jusqu’ici.

Revoir le logiciel

Face à ces faiblesses, les experts ne viennent pas avec une solution clé sur porte mais plaident pour un grand débat qui remettrait en question tout ce qui a été fait jusqu’ici. "La méthode et les objectifs des pôles de compétitivité sont-ils encore adaptés au contexte futur ou faut-il les réorienter vers les technologies de rupture et/ou les secteurs émergents ? Est-il recommandé de concentrer les moyens en réévaluant le nombre de pôles / clusters ?  Faut-il créer des contrats de croissance avec les entreprises les plus ambitieuses et leur réserver une série d’incitants ? Comment identifier et saisir rapidement l’opportunité de relocaliser certaines activités stratégiques en Wallonie ? Quelle forme innovante de partenariat public-privé faut-il concevoir ? Comment augmenter la présence et les investissements des fonds et des venture capitalists internationaux ?"

Sans plaider pour une remise à plat complète du système wallon, les experts encouragent l’autorité publique à faire preuve de plus de sélectivité, notamment au moment de réserver les incitants auprès des entreprises innovantes.

Changer les mentalités entrepreneuriales

Cette innovation nous conduit directement à un autre problème : celui du dynamisme entrepreneurial. "Le taux représentant le pourcentage de la population active qui crée son entreprise se situe à 5%, et seuls 30% des individus estiment avoir les compétences nécessaires pour créer une entreprise."

Si l’étude pointe le résultat "d’une longue tradition de travail contractuel dans l’industrie manufacturière (dans une région en transition comme la Wallonie) et le manque de capital-risque disponible pour aider les entreprises innovantes à se développer", elle en appelle à l’initiative privée pour redresser la barre et augmenter la part de l’emploi privé trop faible par rapport à la Flandre. Il s’agit évidemment d’un cercle vertueux car "l’augmentation de l’emploi passe par une augmentation qualitative et quantitative des projets d’entreprises wallonnes", assurent les experts.

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