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Du plomb dans le sang de tous les Wallons

©Photo News

La Wallonie a analysé des échantillons de sang et d'urine de 828 Wallons. Outre du plomb, on trouve des traces de mercure, de cadmium, de PCB et des pesticides.

Les analyses de sang et d’urine de la première campagne de biosurveillance des Wallons ont parlé. Parmi ses enseignements, on pointera une présence importante de plomb, de cadmium et de mercure dans le corps des Wallons ! "La Région wallonne a un passé industriel important et une partie de son sol peut être contaminé par ces métaux que l’on retrouve ensuite dans l’alimentation ou dans l’air", tente d’expliquer l’Institut Scientifique de Service Public (ISSEP) qui a chapeauté l’étude.

"La Région wallonne a un passé industriel important et une partie de son sol peut être contaminé par ces métaux que l’on retrouve ensuite dans l’alimentation ou dans l’air."
ISSEP

Pour arriver à cette photographie, l’ISSEP, en partenariat avec les laboratoires de Toxicologie clinique, médico-légale, de l'environnement et en entreprise du CHU-Liège, a prélevé une série d’échantillons auprès de 828 Wallons dont 261 adultes de 20 à 39 ans, 283 adolescents de 12 à 19 ans et 284 nouveau-nés. L’enquête s’est focalisée sur certains perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A, des pesticides ainsi que d’autres substances comme les métaux (comme le plomb, le cadmium, l’arsenic, etc.) les POP (Pollulmants Persistants Organiques).

Trois métaux à surveiller

Si personne n’entend tirer la sonnette d’alarme aujourd’hui, les résultats de l’enquête laissent malgré tout entrevoir une série de points à surveiller, avec une vigilance accrue autour du plomb, du mercure et du cadmium. La présence de plomb a, par exemple, été détectée chez 100% des nouveau-nés testés à travers le sang de cordon et du mercure a été retrouvé chez 94% des nourrissons.

Cette présence de plomb se retrouve également dans le sang de tous les adolescents et adultes qui ont participé à l’enquête, avec néanmoins des concentrations plus élevées dans le sang chez les adultes, les hommes, les consommateurs d’alcool. Cette présence élevée de plomb s’explique aussi par le tabac, les peintures au plomb ou les vieilles conduites d’eau.

Quant au cadmium, on le retrouve dans l’urine de 90% des adolescents et adultes. Du mercure a, lui,  été détecté dans le sang de 90% des adultes.

L’enquête va même un pas plus loin en pointant une série de taux pouvant s’assimiler à un risque pour la santé, notamment concernant la présence de plomb dans le sang des nouveau-nés. "12,4% des nouveau-nés dépassent la VRS", c’est-à-dire la valeur de risque pour la santé.

Des insecticides tenaces

À côté des métaux, les insecticides se sont également fait une place dans le corps des Wallons. "Au moins un produit de dégradation (métabolite) d’insecticides pyréthrinoïdes et d’insecticides organophosphorés a été détecté dans plus de 90% des échantillons d’urine des adolescents et des adultes". On trouve également des traces de l’herbicide glyphosate, pourtant interdit en usage privé en Belgique depuis juin 2017, dans près d’un quart des échantillons d’urine. Les analyses ont aussi détecté des traces de pesticides anciens, interdits depuis plusieurs dizaines d’années, chez 20% des participants adultes et adolescents. "Ceci est dû à la persistance de ces molécules dans l’environnement durant de nombreuses années après leur utilisation".

12,4%
des nouveau-nés
Chez 12,4% des nouveau-nés, la présence de plomb dépasse la valeur de risque pour la santé.

Les données recueillies pour les bisphénols sont par contre plus encourageantes. Bien que le BPA est "encore largement présent dans de nombreux produits de la vie de tous les jours" (conserves, canettes, bouteilles en plastique, emballages, récipients en plastique, tickets de caisse thermiques, etc.) et est mesuré en plus grande quantité, les concentrations sont "nettement inférieures à celles rapportées dans toutes les études réalisées entre 2007 et 2017".

Concernant les PCB, utilisés massivement jusque dans les années 1970 pour leurs propriétés d’isolation électrique notamment, ils sont toujours présents après 40 ans d’interdiction. On retrouve ainsi des traces de "PCBs 153 et 180 chez 69% des ados et adultes et 5% des nouveau-nés." L’analyse PCB va par ailleurs être affinée autour des sites des broyeurs à métaux en Wallonie.

"Nous pourrons bientôt comparer de façon étendue les différences d’exposition selon les âges, le sexe, le type d’environnement, le niveau socio-économique, des habitudes de consommation, des comportements, etc., et ainsi adapter nos leviers d’action."
Céline Tellier (Ecolo)
Ministre de l'Environnement

Et maintenant? Après cette première enquête, l’analyse va se poursuivre. Les résultats vont ainsi permettre à l’avenir de  suivre l’évolution au fil du temps de l’exposition de la population aux substances. Une deuxième phase va également être lancée afin de comparer le type d’environnement des participants (urbain, agricole, etc.) et les habitudes de vie. "Nous pourrons bientôt comparer de façon étendue les différences d’exposition selon les âges, le sexe, le type d’environnement, le niveau socio-économique, des habitudes de consommation, des comportements, etc., et ainsi adapter nos leviers d’action pour réduire cette exposition", espère la ministre Céline Tellier (Ecolo).

Le résumé

  • L'ISSEP a prélevé une série d’échantillons auprès de 828 Wallons dont 261 adultes de 20 à 39 ans, 283 adolescents de 12 à 19 ans et 284 nouveau-nés.
  • La présence de plomb a été détectée chez 100% des nouveau-nés testés à travers le sang de cordon et du mercure a été retrouvé chez 94% des nourrissons.
  • Les analyses ont aussi détecté des traces de pesticides anciens, interdits depuis plusieurs dizaines d’années, chez 20% des participants adultes et adolescents.

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