interview

"Ecolo doit arrêter avec ses exclusives et arriver à faire des concessions" (Olivier De Wasseige, UWE)

©BELGA

Pour les Verts francophones, les entreprises liégeoises FN et John Cockerill (ex-CMI) doivent cesser de faire du commerce avec l'Arabie saoudite. Ce qui agace Olivier De Wasseige.

À quelques jours d’un possible accord politique entre PS-MR et Ecolo en vue de former un gouvernement en Région wallonne, la pression monte d’un cran. Elle porte inévitablement sur les derniers nœuds. Parmi la dizaine de dossiers à trancher entre négociateurs, il y a le cas des licences d’exportation d’armes vers l’Arabie Saoudite. Pour faire assez court, alors que socialistes et libéraux défendent une solution à l’échelle européenne, Ecolo se montre plus ferme. Pour les verts, au regard des droits de l’homme, les entreprises liégeoises FN et John Cockerill (ex-CMI) doivent cesser de faire du commerce avec la monarchie sunnite, premier client des armes wallonnes. Cette éventualité fait aujourd’hui bondir Olivier De Wasseige, l’administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises.

Le patronat wallon soutient la FN et John Cockerill. Pour vous, c’est ‘pas touche aux licences d’exportation d’armes vers l’Arabie Saoudite’.

"La FN et John Cockerill nous demandent de les soutenir vis-à-vis des négociateurs wallons."

Oui, on soutient la FN et John Cockerill. Il ne faut évidemment pas se mettre la tête dans le sable. C’est une situation difficile par rapport aux questions éthiques mais on a un cadre wallon bien défini. Il ne faut pas être plus sévère que nos voisins européens. La Wallonie ne doit pas vivre sur une île. Si une solution doit se prendre, c’est dans un cadre européen mais pas uniquement au niveau wallon. Ces deux entreprises sont structurantes et représentent des milliers d’emplois directs et indirects en Wallonie. Il faut les défendre. La FN et John Cockerill nous demandent de les soutenir vis-à-vis des négociateurs wallons.

Est-ce moralement difficile de soutenir l’industrie de l’armement et la vente d’armes vers des régions sensibles?

C’est toujours difficile de ne pas prendre en compte l’angle éthique dans un dossier. Mais à partir du moment où la législation n’a pas changé, pourquoi supprimer des licences et menacer des milliers d’emplois. C’est difficile de faire une balance entre les drames et l’emploi. Mon rôle est de défendre l’emploi régional. Je note que la FGTB fait la même chose. Tout le monde doit être inquiet sur ce qui pourrait se passer pour l’industrie liégeoise de l’armement.

On ne va pas tourner autour du pot. Ecolo est particulièrement visé par l’UWE. Le patronat redoute-il l’arrivée des verts au pouvoir en Wallonie?

"Ecolo doit arrêter avec ses exclusives et arriver à faire des concessions. C’est nécessaire pour avancer."

Il y a effectivement un problème par rapport à Ecolo. Ecolo doit arrêter avec ses exclusives et arriver à faire des concessions. C’est nécessaire pour avancer. Il faut arrêter avec les exclusives comme celles du PS qui refuse de discuter avec la N-VA.

C’est un autre sujet mais, à vos yeux, le PS doit-il discuter avec la N-VA?

Oui car l’avenir du Fédéral dépend de cette discussion. On a besoin d’un gouvernement fédéral pour avancer sur une série de dossiers comme le coût du travail, le Brexit…

Pour revenir sur les exigences des verts en Wallonie, il y a aussi le cas des aéroports wallons...

Freiner leur développement comme le voudrait Ecolo est effectivement une autre forme d’exclusive. Les aéroports de Liège et Charleroi contribuent au développement économique régional. Si Alibaba ne vient pas s’installer à Liège, pensez-vous que cela va empêcher les consommateurs belges d’acheter sur le site d’Alibaba?

Comment analysez-vous la position d’Ecolo?

"Il n’est pas question de diaboliser Ecolo mais on tire des signaux d’alerte."

La Wallonie ne doit pas être une île. On l’a vu dans la note coquelicot corédigée entre le PS et Ecolo. Il y avait une forme d’enfermement sur l’économie wallonne comme avec les circuits courts dans l’alimentation. Faire de l’économie wallonne, une économie à 100% circuit court en 2030 alors qu’on n’est qu’à 2% aujourd’hui est impossible. Il faut un timing de transition réaliste, et adapter les processus. Il ne faut par ailleurs pas exclure des aides publiques tous les secteurs qui ne sont pas impliquées dans les circuits courts.

La vision d’Ecolo fait-elle peur au patronat wallon?

Elle manque d’une ligne du temps car aujourd’hui elle n’est tout simplement pas réaliste. Il manque par exemple une analyse sur l’impact pour l’emploi. Prenez le cas du secteur alimentaire. Si on n’exporte plus de denrées alimentaires, quel sera l’impact pour le secteur? Tout est une question d’équilibre. Le programme économique doit être équilibré et réaliste par rapport aux entreprises. Ecolo doit faire des concessions comme le feront les partenaires sociaux.

Mettez-vous Ecolo dans le même panier que le PTB?

Non, pas du tout! On n’est pas dans la même peur. Le PTB a une volonté de destruction de l’emploi privé. On ne ressent pas du tout cela chez Ecolo. Les écologistes sont conscients qu’on ne peut pas ignorer l’emploi privé. Il n’est donc pas question de diaboliser Ecolo mais on tire des signaux d’alerte. Il faut une politique qui soit réaliste pour le développement des entreprises tout en ayant cette transition climatique. Les deux sont compatibles mais pas en délocalisant l’emploi et la production.

Au-delà de vos positions par rapport à la vision d’Ecolo, que craignez-vous le plus?

Notre plus grosse crainte dans les discussions actuelles est que l’on continue à traîner. Il est temps d’atterrir! Il faut arrêter de discuter sur des exclusives. Stop aux exclusives! Les entreprises attendent du politique qu’il prenne des décisions fortes. Il faut mettre le focus sur les grands défis de la Wallonie. De nombreux dossiers sont restés en attente comme le développement de la 5G et du haut débit, les chantiers sur les voies navigables. Notre message est donc rassembleur. Face aux défis de la Wallonie, il faut avancer ensemble en trouvant un consensus. On a parlé des licences d’armes ou des aéroports mais d’autres dossiers comme l’allongement du tronc commun méritent de l’attention. On ne se prononce pas sur le fait de l’allongement ou pas du tronc commun mais il faut renforcer les savoirs de base. Le monde politique doit atterrir au risque de sacrifier des générations de jeunes. Il faut arrêter de reporter ce dossier ou de le rediscuter. Il faut trancher!

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