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Elio Di Rupo: "Nous avons un plan de relance. Vous qui critiquez, qu'apportez-vous?"

©Kristof Vadino

À la veille d'un week-end de séminaire avec son gouvernement, le ministre-président wallon Elio Di Rupo fait le point sur les dossiers urgents à régler suite aux inondations. Il presse aussi certains acteurs à s'activer pour la relance.

Près de deux mois après les terribles inondations, de nombreuses questions restent en suspens comme la problématique des personnes non assurées ou l'aide aux entreprises dévastées. Afin d'arriver à un accord politique global sur les moyens financiers à dégager pour tous ces dossiers, le ministre-président wallon Elio Di Rupo (PS) a convié ses ministres à participer à un séminaire ce week-end.

Sur la table du gouvernement ce week-end, il y a la délicate question des sinistrés non assurés. Comment le gouvernement wallon va-t-il intervenir pour les aider?

Il faut les aider. Les discussions avec les experts se poursuivront jusqu'à samedi mais l'intervention correspondra à un montant maximal, qui est celui d'une maison ouvrière. Quel est le prix à neuf pour une petite maison? Est-ce 100.000, est-ce 120.000 ou 140.000? Il faut cependant être prudent car on ne doit pas créer une jurisprudence et il faut éviter d'encourager les personnes à ne pas se faire assurer.

"L’intervention correspondra à un montant maximal qui est celui d’une maison ouvrière."
Elio Di Rupo (PS)
Ministre-président de la Région wallonne

A-t-on une idée du nombre de maisons non assurées?

Il faut compter environ 40.000 habitations sinistrées et on estime entre 2.000 et 4.000 habitations non assurées. Dans les bâtiments détruits ou à détruire, nous sommes grosso modo à 400 habitations non assurées. Il faut ajouter à cela les caravanes et les habitations légères, soit entre 400 et 450 bâtiments.

Des entreprises et des commerces ont aussi été sinistrés. Comment la Région va-t-elle intervenir?

Il faudra plusieurs centaines de millions. Il y a des grosses entreprises touchées, comme les câbleries d'Eupen ou Galler. Certaines entreprises ne sont pas assurées à 100% face aux risques spéciaux, notamment pour leurs stocks. Il faudra les aider si on veut avoir une chance qu'elles redémarrent leurs activités. Il y aura deux types d'intervention: en subvention et en prêt. On discutera samedi de la fourchette d'intervention. Mais pour obtenir cela, il faudra que l'activité reste dans la zone et qu'elle préserve l'emploi. Si je prends l'entreprise Corman, qui fabrique du beurre, plusieurs centaines de personnes de Limbourg y travaillent. On voudrait que cela soit ces gens-là qui retrouvent le job qu'ils avaient avant la catastrophe.

Craignez-vous des délocalisations?

Les entreprises sont libres de faire ce qu'elles veulent mais si elles veulent l'intervention financière de la Région, il faudra respecter certaines conditions.

Le gouvernement doit aussi se pencher sur ce qui relève de l'autorité publique…

Oui, il faut curer les cours d'eau. Il y a environ 230 à 250 kilomètres de berges. Il y a aussi les routes, les ponts, tous les bâtiments publics, parapublics et ceux d'ASBL comme les centre de sport, les centres culturels, les administrations communales…

La Région parle d'un coût de 3 milliards. Outre l'emprunt ou la réorientation d'une partie des moyens du plan de relance, la Wallonie cherche-t-elle d'autres options de financement?

On travaille avec la Banque européenne d'investissement sur deux domaines : les logements sociaux et la reconstruction de biens publics comme les berges. Le curage des cours d'eau et la reconstruction des berges sont une grande priorité. On arrive à l'hiver. Si demain, il doit y avoir à nouveau des débordements, ce sera presque insupportable psychologiquement pour tous ces gens-là. Avec Céline Tellier (ministre de l'Environnement, ndlr), on espère arriver à des décisions samedi pour les berges.

La dette de la Région wallonne…

Elle explose! J'attends toujours le génie, et il peut venir me voir jour et nuit, qui m'explique comment on peut faire tout cela sans emprunter et sans accroître la dette. Si quelqu'un sait m'expliquer comment on fait, il est reçu sur-le-champ.

Parallèlement à la reconstruction des habitations, la Wallonie a lancé un ambitieux plan de relance et compte sur le secteur de la reconstruction pour doper son économie. Comment comptez-vous gérer ce double défi avec les pénuries de main-d'œuvre qui frappent la construction?

Nous avons rencontré une dizaine d'entreprises de la construction. Elles nous disent d'abord qu'elles savent absorber 40.000 habitations à rénover et 400 à reconstruire. Mais elles nous disent aussi avoir un manque de personnel qualifié. Nous voudrions que 500 à 1.000 personnes commencent un stage de formation de quatre mois au Forem. Mon idée serait de leur donner un bonus à la fin de leur stage de 1.000 à 2.000 euros pour les encourager à suivre cette formation.

Faut-il exclure du chômage de longue durée ceux qui refusent une formation ou un poste dans un secteur en pénurie?

Je me garde d'entrer dans les polémiques. Le sentiment que j'ai, c'est que l'argent que l'on gagne est le vecteur majeur pour faire venir les gens dans les métiers en pénurie. Aujourd'hui, tout est cher! L'indice des prix est une indication. Un téléphone comme celui-ci (en montrant son iPhone) coûte mille euros. C'est dingue! Il faut réfléchir à des bonus à accorder aux travailleurs pour que ce piège à l'emploi régresse. Il faut que les responsables au Fédéral aient une réflexion en sachant que ce n'est pas non plus à l'État de tout donner. L'effort doit être partagé avec le monde des entreprises: les entreprises auront un peu moins de bénéfice net à répartir aux actionnaires et l’État interviendra pour donner un bonus de revenu à celles et ceux qui travaillent dans les métiers en pénurie.

"L’effort doit être partagé avec le monde des entreprises: les entreprises auront un peu moins de bénéfice net à répartir aux actionnaires et l’État interviendra pour donner un bonus de revenu à celles et ceux qui travaillent dans les métiers en pénurie."
Elio Di Rupo (PS)
Ministre-président de la Région wallonne

Une nouvelle étude de la BNB évalue à 7 milliards le montant des transferts de la Flandre et Bruxelles vers la Wallonie. Qu’en tirez-vous comme conclusion ?

Ces transferts sont des chiffres connus depuis les années 1990. Mais un tiers de la création de richesse en Wallonie va vers les entreprises néerlandophones. Nous sommes l’un des principaux marchés des entreprises de nos amis néerlandophones. Il faut donc regarder aussi les profits que tire l’économie flamande de l’activité en Wallonie. Quand je suis arrivé ici (à la tête de la Région wallonne, ndlr) il y a bientôt deux ans, mon intention était non pas de rattraper la Flandre mais de faire en sorte que le différentiel se réduise. C’est une action difficile car la Flandre n’attend pas la Wallonie. Et les entreprises qui veulent s’installer préféreront presque toujours aller dans des endroits où il y a d’autres entreprises, où il y a d’autres services comme ceux d’avocats, d’architectes,… La force de la Flandre est qu’elle a un écosystème économique complet avec non seulement la production de biens et de services mais aussi, dans les services, tous les services d’accompagnement. C’est là-dessus que nous travaillons et le plan de relance doit nous aider à détecter les chaînons manquants et des incitants visant à encourager le recours de bureaux d’étude situés en Wallonie. Le moyen de résorber cette différence avec la Flandre est de créer de l’activité et des jobs. Les jobs font rentrer de l’argent dans les caisses de l’État à travers l’impôt des personnes physiques et l’impôt des sociétés.

"S’il y a certaines instances qui ont le sentiment d’agir, il y en a d’autres qui lisent et disent qu’elles ne sont pas contentes ou qui se disent déçues. Vous qui critiquez, qu’apportez-vous ?"
Elio Di Rupo (PS)
Ministre-président de la Région wallonne

Avec le plan de relance, combien d’années donnez-vous à des provinces comme Liège ou le Hainaut pour combler leur retard ?

Je n’en sais rien, mais il faut être de bon compte... Le gouvernement n’est pas la seule instance qui a une part de responsabilité au redressement de la Wallonie. Nous ne sommes pas dans une dictature où il suffit de dire que cela sera comme cela. Nous avons un plan de relance. Nous donnons un élan et un cadre. Nous mettons des moyens financiers. Mais il faut que cela soit repris par les entreprises. Chaque acteur doit dire ce qu’il veut qu’on rajoute dans ce plan pour créer de la valeur ajoutée. S’il y a certaines instances qui ont le sentiment d’agir, il y en a d’autres qui lisent et disent qu’elles ne sont pas contentes ou qui se disent déçues. Mais vous qui critiquez, qu’apportez-vous ? Nous lançons aujourd’hui une dynamique mais quelle est la réponse des autres ? Je constate dans pas mal de milieux, sans les citer, que la première vitesse n’est pas encore enclenchée pour créer une dynamique propre pour redresser la Wallonie. Je vais travailler avec les patrons et les syndicats sur certains segments pour qu’il y ait un consensus avec le gouvernement. Il faut que tout le monde y mette du sien.

Vous pointez une partie du milieu patronal…

Je ne pointe personne, mais tout le monde doit contribuer... Les pouvoirs publics ne sont pas des vaches à lait, nous ne sommes pas un mister cash. Nous sommes là pour gouverner et faire en sorte que la société se porte le mieux possible.

Inondations à Trooz, le zoning de Prayon vu du ciel [Drone]

Les phrases clés

  • "Il faut compter environ 40.000 habitations sinistrées et on estime entre 2.000 et 4.000 habitations non assurées."
  • "Il faudra plusieurs centaines de millions pour les entreprises. Il y aura deux types d’intervention : en subvention et en prêt. On discutera samedi de la fourchette d’intervention."
  • "Nous avons un plan de relance. Nous donnons un élan et un cadre. Nous mettons des moyens financiers. Mais il faut que cela soit repris par les entreprises."

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