Elio Di Rupo part à l'assaut des fonds européens

Pour Elio Di Rupo, il n'est pas question que la Région wallonne perde 121 millions d'euros d'aides européennes. ©Photo News

Elio Di Rupo tire la sonnette d'alarme: la Wallonie risque de perdre gros dans la répartition des moyens budgétaires européens qui se profile dans le contexte du Brexit.

Déjà bien bousculé dans le dossier Nethys et le marchandage qui s’annonce avec l’assureur Integrale pour sauver le décret gouvernance, le gouvernement wallon PS-MR-Ecolo hérite d’un autre gros dossier délicat: les fonds européens derrière lesquels on retrouve les acronymes Feder et FSE.

Sans refaire tout l’historique, ces aides européennes sont versées aux régions économiquement plus fragiles. Entre 2014 et 2020, elles auront dépassé le milliard d’euros en Wallonie, qu’il s’agisse du Fonds européen de développement régional (Feder) ou du Fonds social européen (FSE). Des montants qu’il faut multiplier par deux puisque les budgets de la Région ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles doivent contribuer au cofinancement des projets soutenus. Avec des centaines de kilomètres de frontières, les provinces du sud peuvent aussi bénéficier des fonds Interreg pour des dossiers montés avec des partenaires français, par exemple.

Le Brexit jette le trouble

Voilà pour le décor. Mais ce qui se joue ces jeudi et vendredi au sommet du Conseil européen à Bruxelles, c’est le lancement des négociations officielles pour la prochaine programmation 2021-2027. Une première estimation se basant sur les propositions faites par la Commission européenne en mai 2018 estimait à 1,266 milliard la part de la Wallonie, dont 1,13 milliard pour les régions en transition (provinces de Hainaut, Liège, Luxembourg et Namur) et 43 millions pour le Brabant Wallon (région plus développée). Elle avançait aussi un montant de 93 millions pour ses participations aux divers programmes de coopération territoriale.

La perspective du Brexit et la perte annuelle de 10 milliards d'euros de financement britannique pour le budget européen rendent évidemment le contexte plus tendu. Les diplomates savent qu’il faudra jouer avec une enveloppe plus restreinte. Les dernières propositions déposées par la présidence finlandaise début décembre évoquent une enveloppe globale de 323 milliards d’euros pour les politiques liées à la cohésion, soit 7 milliards de moins que les montants initiaux. Il va donc falloir se serrer la ceinture.

Une moins grosse enveloppe pour la Wallonie

Dans les chiffres et la méthodologie qu'a utilisée la Finlande, la Région wallonne, qui est une région en transition, perdrait 121 millions d'euros.
Elio Di Rupo
Ministre-président wallon (PS)

On voit venir la suite… D’après les quelques indiscrétions qui sont remontées jusque dans les couloirs de l’Elysette à Namur, ce serait dans le pot des régions et des pays les moins développés que s'appliquerait le gros des économies. La Wallonie perdrait une dizaine de pour cent de son enveloppe globale, soit environ 121 millions d'euros pour obtenir au total 1,14 milliard.

"Le Gouvernement n'est pas content: la présidence finlandaise a formulé de nouvelles propositions de répartition des moyens budgétaires pour les différents pays. Dans les chiffres et la méthodologie qu'a utilisée la Finlande, la Région wallonne, qui est une région en transition, perdrait 121 millions d'euros. Je me suis donc insurgé, j'ai dit que nous n'étions absolument pas d'accord. Je l'ai fait savoir à Monsieur Charles Michel ainsi qu'à notre Première ministre fédérale", a expliqué le ministre-président du gouvernement wallon Elio Di Rupo au parlement wallon lundi en marge de la présentations du budget 2020. 

Et audience a déjà été demandée auprès du nouveau président du Conseil européen. "Il n’y a pas péril en la demeure mais je tire la sonnette d’alarme car ce n’est pas normal que des régions, comme la Région wallonne en pleine restructuration, se voient privées d’un tel montant", nous précise Elio Di Rupo.

La province de Luxembourg requalifiée en zone moins développée

75
euros
L’intensité de l’aide par habitant et par an en province de Luxembourg devrait passer de 40-45 euros pour le régime de transition à 75 euros en tant que région moins développée.

Il faut aussi s’attendre à quelques surprises. D’après les dernières propositions de la Commission européenne, une région est considérée en transition si son PIB se situe entre 75% et 100% de la moyenne communautaire, alors que dans la période actuelle cela va jusqu'à 90%. L'enveloppe de transition va donc concerner un plus grand nombre de régions comme le Limbourg flamand.

La province du Luxembourg passe, elle, sous la barre de 75% (74,9%) de la moyenne européenne. Elle sortirait ainsi du pot des régions en transition pour la requalifier en région moins développée. L’intensité de l’aide par habitant et par an en province de Luxembourg devrait passer ainsi de 40-45 euros pour le régime de transition à 75 euros en tant que région moins développée. À ce titre, elle bénéficierait d’un financement d’une centaine de millions d’euros contre une soixantaine de millions sous la précédente programmation.

Evidemment, pour l’heure, rien n’est figé. "Le débat ne se fera pas au sommet de cette semaine, ils vont plutôt parler du cadre, c'est-à-dire ce qu'il en est des montants financiers et des grandes masses, si je puis ainsi dire. Il faudra donc attendre au minimum le sommet du printemps, voire le sommet de l'été. On est donc parti pour une longue période", conclut Elio Di Rupo.

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