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Fin de lune de miel entre Elio Di Rupo et les assureurs

Assuralia, la fédération des compagnies d’assurance, insiste sur la nécessité d’arriver pour les éventuelles futures catastrophes à un cadre juridique qui porte sur un partenariat public/privé. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Face à un risque de voir les primes d'assurance grimper à la suite des inondations, le ministre-président wallon appelle le secteur à revoir sa position et parle d'une situation "intolérable".

Le grand accord

L’ambiance était pourtant restée jusqu’ici conviviale entre les assureurs et le gouvernement wallon. Et l’accord rapidement dégagé au niveau de la répartition de la prise en charge des sinistres suite aux inondations de la mi-juillet a certainement permis d’éviter un clash, et même valu aux assureurs de recevoir d’Elio Di Rupo de nombreux remerciements.

Le cadre négocié a ainsi été au-delà de ce que prévoyait la loi fédérale. "Les assureurs dépasseront les limites d’intervention financière prévues par la Loi fédérale (320 millions d’euros pour la Wallonie) et en doublant les montants légaux pour atteindre un peu plus de 590 millions d’euros", s’était ainsi réjoui le ministre-Président wallon dans la foulée de l’accord présenté le 19 août. De son côté, la Wallonie annonçait prendre à sa charge "la différence entre l’intervention des assureurs et les montants nécessaires pour indemniser à 100%", soit environ un milliard.

Pour financer ce milliard tout en limitant au maximum l’impact d’une Région surendettée, le gouvernement wallon a obtenu du monde des assureurs qu’il lui prête ce milliard.

À la sortie de cet accord, Elio Di Rupo s’était ainsi montré "soulagé" et Hilde Vernaillen, la présidente d’Assuralia, avait insisté sur la mobilisation des assureurs. "Les assureurs prennent leur responsabilité sociétale et doublent leurs efforts. Grâce à la collaboration avec la Région wallonne nous pouvons indemniser les assurés complètement."

L'heure des critiques

"Ces propos sont indignes au moment où près de cent mille personnes sont sinistrées et qu’une très grande partie d’entre elles attendent toujours d’être indemnisées pour leurs dégâts."
Elio Di Rupo (PS)
Ministre-président de la Région wallonne

Voilà pour ce long et nécessaire rétroacte. La lune de miel semble terminée aujourd’hui et les déclarations d’Assuralia mercredi ont fait bondir Elio Di Rupo. "Ces propos sont indignes au moment où près de cent mille personnes sont sinistrées et qu’une très grande partie d’entre elles attendent toujours d’être indemnisées pour leurs dégâts", a déclaré par voie de communiqué le Premier wallon jeudi matin en ne manquant pas de rappeler que les assureurs ne financent "que" 40% du coût des sinistres. "Il serait intolérable que les assureurs se dérobent à leurs obligations ou prétextent la catastrophe pour augmenter le prix des polices d’assurance. À quoi serviraient les assureurs s’ils ne répondent pas présents en cas de drame sous prétexte que le drame serait trop coûteux ?", insiste-t-il en demandant aux assureurs "de maintenir le coût indexé des primes d’assurance".

Éviter les raccourcis

1,1
milliard
À côté des 590 millions débloqués par les assurances pour financer 40% des dégâts des sinistrés, le secteur rappelle qu'il va aussi débourser 500 millions pour couvrir les dégâts aux voitures et les grands dossiers industriels.

Il faut évidemment faire la part des choses. Et quand Elio Di Rupo souligne que les assureurs ne prennent en charge "que" 40% du coût des sinistres, c’est en partie faux. À côté des 64.000 dossiers ouverts (pour près de 600 millions d’euros) suite à un simple sinistre dans une habitation, le secteur doit aussi intervenir pour les autres risques comme les 6.602 voitures détruites ou les 1.452 dossiers qui concernent des gros dégâts et des industries. Bref, l’un dans l’autre, cela fait passer l’addition totale à 1,1 milliard à charge des assureurs.

Tout en refusant de réagir aux propos du ministre-président wallon, la fédération des compagnies d’assurance insiste sur la nécessité d’arriver pour les éventuelles futures catastrophes à un cadre juridique qui porte sur un partenariat public/privé. "C’est la seule condition pour soutenir les retombées du changement climatique", précise Barbara Van Speybroeck, porte-parole d’Assuralia.

Interpellé à la Chambre sur les négociations au sujet de la réforme du plafond d’intervention des assureurs dans le cadre des catastrophes naturelles, le ministre socialiste Pierre-Yves Dermagne a mis en garde le secteur: "Je le dis haut et fort, la réforme de ce plafond ne peut être utilisée comme prétexte pour procéder à une augmentation des primes d’assurances."

"Si les couvertures doivent augmenter, on n’aura pas d’autre choix qu’accroître les primes. Si l’assureur doit accroître la limite légale d’intervention, il va devoir aussi payer davantage pour se réassurer."
Heidi Delobelle
CEO d'AG Insurance

Mais pour en revenir aux déclarations probablement maladroites d'Assuralia vu le contexte, Heidi Delobelle, CEO d’AG Insurance, rappelle le cadre dans lequel jouent les assureurs. "Si les couvertures doivent augmenter, on n’aura pas d’autre choix qu’accroître les primes. Si l’assureur doit accroître la limite légale d’intervention, il va devoir aussi payer davantage pour se réassurer. Quoi qu'il en soit, les réassureurs ont déjà indiqué que ce n’est pas parce que l’assureur double sa limite d’intervention, que sa prime de réassurance va doubler. Les catastrophes naturelles ne sont en effet qu’une petite partie de l’assurance incendie."

Impact covid ou effet PTB

Et puis, plutôt que les inondations, c’est surtout la crise économique qui pourrait servir de déclencheur à une hausse des primes. Les primes d’assurance incendie sont liées à l’ABEX, l’index qui porte sur les prix des matériaux de construction. Des prix qui s’affichent actuellement en forte hausse. "Cela devrait aussi influencer le montant de la prime tout comme la forte concurrence qui agit sur ce marché" , conclut Barbara Van Speybroeck.

Reste enfin cette question : les critiques incessantes du PTB ont-elles poussé Elio Di Rupo à taper du poing?

Le résumé

  • Le secteur des assurances n'écarte pas une hausse des primes. Cette augmentation dépendra de la couverture mais aussi de l'évolution du prix des matériaux de construction.
  • Cette éventualité a fait bondir Elio Di Rupo, qui parle d'une situation "intolérable" tout en pointant le fait que le secteur n'a pris en charge "que" 40% du coût des sinistres.
  • Pointés du doigt, les assureurs se défendent.

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