interview

François Desquesnes (cdH): "La Wallonie n'a pas besoin d'une énième étude pour connaître ses forces et faiblesses"

François Desquesnes, chef de groupe cdH au Parlement wallon, critique le timing du plan de relance Get up Wallonia.

Chef de l'opposition cdH, François Desquesnes pointe la lenteur du gouvernement wallon dans son processus de relance. Il juge ridicule le lancement d'une énième étude internationale sur les forces et faiblesses de la Wallonie.

Alors que les parlementaires wallons se sont donné rendez-vous ce mercredi pour un grand débat autour de la crise du Covid et ses implications socio-économiques dans le sud du pays, le député humaniste de l’opposition François Desquesnes en avalerait presque de travers son sandwich en parcourant le cahier des charges lancé par le gouvernement wallon PS-MR-Ecolo dans le cadre de son plan de relance Get up Wallonia!

La cause? Une histoire de consultant international… "Le gouvernement va mandater un consultant international pour analyser les forces et les faiblesses de la Wallonie. Mais les forces et les faiblesses de la Wallonie, nous les connaissons depuis longtemps. Nous n’avons pas besoin d’une énième étude pour les connaître. Des dizaines de consultants ont déjà pu produire nombre d’études fouillées et détaillées à ce propos. Le temps n’est plus à l’étude, mais à l’action."

Du temps perdu?

Derrière une démarche jugée "inutile", François Desquesnes pointe la lenteur d’une procédure qui va retarder le lancement du plan de relance de la Wallonie. "C’est le 22 avril que le ministre-président Elio Di Rupo a annoncé les grandes lignes du plan de relance Get up Wallonia. Le cahier des charges pour désigner un consultant a été publié le 17 juin. Il aura donc fallu presque deux mois au gouvernement pour se mettre d’accord sur un cahier des charges qui aurait pu être rédigé en quelques semaines. D’autant que la démarche du consultant ne pourra commencer au plus tôt qu’en août prochain et qu’un délai de 2 mois est fixé au consultant, ce qui nous amène au mois d’octobre pour son premier rapport."

"Le gouvernement va mandater un consultant international pour analyser les forces et les faiblesses de la Wallonie. Mais les forces et les faibles de la Wallonie, nous les connaissons depuis longtemps. Nous n’avons pas besoin d’une énième étude."
François Desquesnes
Député cdH

Remonté sur la façon dont le gouvernement gère l’après-crise, François Desquesnes estime qu’il faudra attendre début février pour avoir le plan de relance promis par le gouvernement. "Est-ce bien sérieux? ll y a un momentum à saisir. L’heure est à régénérer le monde en amenant des choses nouvelles. Ce gouvernement ne fait pourtant que de reporter les décisions. Ce fut déjà le cas avec le budget base zéro annoncé pour le printemps et reporté en 2021. Nous avons tous les éléments en main et les moyens budgétaires sont disponibles grâce à l’Europe. La Wallonie risque de rater le train si elle ne finalise pas rapidement ses mesures."

Au-delà du timing, le député de l’opposition reproche à l’exécutif de nier les capacités d’analyses dont dispose la Wallonie. "On demande à un consultant d’étudier la situation de la Wallonie, mais nous avons des organismes capables de le faire. N’est-ce pas le rôle de l’Iweps? Le plus étonnant, c’est que le cahier des charges prévoit que le consultant international pourra sous-traiter certaines tâches aux administrations wallonnes. N’est-ce pas le monde à l’envers?"

Il s’étonne tout autant de voir ce consultant chargé de consulter les stakeholders wallons. "Nous avons des instances consultatives en Wallonie qui sont rassemblées au sein du Conseil économique, social et environnemental de Wallonie. Le gouvernement semble l’oublier."

Boîte à idées cdH

Tout en demandant au gouvernement d’accélérer le tempo, le cdH veut pousser ses idées. "D’ici la mi-juillet nous allons déposer une douzaine de propositions de décrets pour encadrer la relance (consignes sur les canettes, interdiction de jeter des produits neufs, mobilité pour soutenir le développement du vélo, aides économiques pour le non-marchand, boost pour le secteur de la construction dans le privé,…). Le gouvernement peut s’inspirer de ces propositions pour avancer et éviter la panne d’idées!"

 

"D’ici la mi-juillet, nous allons déposer une douzaine de propositions de décret pour encadrer la relance. Le gouvernement peut s’inspirer de ces propositions pour avancer et éviter la panne d’idées ! "
François Desquesnes

Des propos jugés réducteurs par Di Rupo

Interpellé au parlement ce lundi, le ministre-président wallon Elio Di Rupo n'attendra pas les débats sur la crise du Covid mercredi pour recadrer les propos du député cdH et la mission du consultant international. "Il est réducteur de présenter l’étude de départ comme une simple analyse qui existe déjà. Beaucoup d’éléments existent. Ils seront rassemblés. Il faudra aussi, par exemple, déterminer les chainons manquants dans les chaines de valeur. Mon gouvernement ne souhaite pas se lancer dans la précipitation. Quand les choses sont urgentes, il faut toujours prendre le temps de la réflexion avant de se lancer dans l’action. C’est la raison pour laquelle le gouvernement s’entoure d’experts et d’outils qui l’aideront dans sa mission."

D'après Elio Di Rupo, recourir à un consultant externe aurait même divers avantages. "Tout d’abord, disposer d’un regard extérieur, indépendant, utile pour examiner les forces, les faiblesses, les menaces, les opportunités qui se présentent à la Wallonie. Ensuite, pouvoir comparer notre région avec d’autres régions d’Europe qui ont connu la désindustrialisation massive. Nous tenterons de hisser la Wallonie au niveau de ces régions les plus prospères. Enfin, ne pas surcharger nos administrations, qui auront fort à faire en période d’urgence puis de relance."

 

 

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