interview

Frédéric Daerden, président du PS liégeois: "C'est le moment de rassembler les forces vives de la région liégeoise"

"Je vais prendre l’initiative pour qu’on puisse recréer à Liège une plate-forme stratégique des forces vives politiques en y intégrant des acteurs du développement économique et les partenaires sociaux", annonce le nouveau président de la fédération liégeoise du PS. ©Valentin Bianchi

Le nouveau président de la Fédération liégeoise du PS, Frédéric Daerden, veut tourner la page des affaires et "redonner confiance à la population et à l’investisseur".

Vendredi, au milieu de la buvette du siège de la fédération liégeoise du PS, place Sainte-Véronique, trônait encore une urne pleine des bulletins de vote qui viennent d'introniser Frédéric Daerden. Le bourgmestre de Herstal, ministre du Budget à la Fédération Wallonie-Bruxelles, était seul candidat à la présidence des socialistes liégeois et prend les commandes fort d'un score de plus de 92%. "Près de 3.500 militants sur 11.000 ont voté dans le contexte que l’on connaît, ce n’était pas gagné d’avance", se réjouit-il. Il expose à L'Écho sa vision du développement de la région.

Qu'attendent les militants de votre présidence?

Plus de transparence, une autre gouvernance, une autre proximité vis-à-vis des militants. Que les mandataires rendent mieux compte de leurs activités.

Comment allez-vous organiser cette transparence?

En revoyant la communication envers les militants et en l’intensifiant. Il y aura plus de réunions des organes et plus de rapports. C’est une culture qui existe – on ne part pas de zéro – mais elle doit se généraliser via les échevins, les députés, les ministres et les personnes désignées par les intercommunales.

"Il est normal que le politique définisse la stratégie de ces outils publics, mais il ne doit pas être partie prenante dans la gestion."

C’est légitime avec les scandales qui ont touché Liège à travers Nethys ou l’aéroport de Liège.

C’est légitime tout court! Ces scandales ne sont pas uniquement dus à des mandataires socialistes. Et ce n’est pas un thème uniquement liégeois même si l’actualité a mis le focus sur Nethys et l’aéroport de Liège. Il y a eu des errements de quelques-uns et cela inquiète tous les autres. Il faut qu’on puisse tourner la page. Il est normal que le politique définisse la stratégie de ces outils publics, mais il ne doit pas être partie prenante dans la gestion.

Dans le cas de Nethys, le politique intervenait-il au quotidien? On parle des fameuses mains invisibles. Qu’en pensez-vous?

Je considère que c’est une notion inadaptée. Mais est-ce qu’il y avait des hommes et des femmes politiques au courant que des réorganisations se faisaient à l’intérieur de l’une ou l’autre structure? Peut-être. Est-ce qu’il y avait une confiance vis-à-vis des personnes qui géraient cela au quotidien? Sûrement! Est-ce qu’on a communiqué le détail de tout ce qui allait être fait au politique? Cela m’étonnerait. On doit sortir de l’entre-soi. Les décisions stratégiques doivent être prises au niveau des instances. 

Cet entre-soi a éventuellement été motivé par des accords politiques à Liège. Où en sont ces accords historiques entre le PS, le MR et le cdH?

Il ne faut pas se tromper. Il est important que les partis se parlent, que les ministres liégeois puissent échanger sur les enjeux qui se posent et qui peuvent avoir un effet sur Liège dans leurs gouvernements respectifs. Tout cela est sain. Je vais prendre l’initiative pour qu’on puisse recréer à Liège une plate-forme stratégique des forces vives politiques en y intégrant des acteurs du développement économique et les partenaires sociaux. C’est le moment. Liège a subi un effet d’image lié à ces affaires et il faut redonner confiance à la population et à l’investisseur.

"Il faut peut-être supprimer l’échelon Nethys et loger les participations dans Enodia."

Et l’avenir de Nethys?

Il faut se demander si Nethys va rester Nethys. Cela deviendra une structure qui a des participations dans des secteurs stratégiques. Il faut peut-être supprimer l’échelon Nethys et loger les participations dans Enodia.

Le temps devient un peu long dans la relance de la Wallonie. Que préconisez-vous?

Il faut une optimisation de nos moyens. Rationaliser. Il ne faut pas se disperser et je sais que le gouvernement wallon a cette préoccupation avec son plan Get Up Wallonia. C’était l’objectif du plan Marshall qui a porté ses fruits mais pas suffisamment. La réactivation de la plate-forme d’orientation stratégique liégeoise doit contribuer au développement de notre Wallonie. À Liège, on a peut-être trop été replié sur soi!

"À Liège, on a peut-être trop été replié sur soi."

Quelle est votre stratégie pour endiguer la progression du PTB?

L'écoute, la proximité et l'action qui répond aux attentes et aux besoins des gens. Il y a une grande différence entre eux et nous: contestation d'un côté, action de l'autre. Et le constat commun qu'un certain nombre de situations injustes nécessitent une réponse sociale, politique, une plus grande redistribution et un renforcement de la sécurité sociale.

La radicalité du PTB fait son succès.

Une radicalité dans l'expression mais une absence d'action.

"Le PTB n'a pas inventé les maisons médicales. J'aimerais d'ailleurs savoir ce qu'il a inventé."

Ils font de la médecine de proximité, sont dans les piquets de grève, etc.

J'y suis aussi. Dans ma commune, la clinique André Renard est portée par la mutualité socialiste, le syndicat socialiste et offre une médecine de proximité. Leurs maisons médicales ont une utilité, mais il n'y a pas que des maisons médicales PTB. Parfois j'ai le sentiment qu'il y a confusion de genre entre maison médicale et quartier général du parti. Ils n'ont pas inventé les maisons médicales. J'aimerais d'ailleurs savoir ce qu'ils ont inventé.

Le fait que votre député Marc Goblet cosigne une proposition sur la norme salariale avec le PTB, ça vous dérange?

C'est la reprise d'une proposition que j'avais déposée quand j'étais député fédéral et que l'on avait portée avec Marc Goblet pendant la campagne. Sa vie a été avant tout syndicale mais ouvertement et sincèrement socialiste. Ses combats antérieurs sont ancrés en lui et il a des difficultés à accepter toutes les facettes d'un accord gouvernemental qui n'est pas marqué que par l'encre socialiste. Il veut que la norme soit indicative sans que la loi de 96 soit supprimée, ce qui était la volonté du PTB. Il trouve que c'est un bon compromis, mais ce n'est pas tout à fait ce qu'il y a dans l'accord gouvernemental. Il est un peu écartelé entre la discipline de groupe et cet aspect. Parler au PTB n'est pas grossier. Je respecte ses électeurs et j'espère les convaincre que c'est encore mieux de voter pour nous. Mais signer des propositions de loi avec des membres de l'opposition est en soi déstabilisant et ne peut devenir la règle. J'en ai parlé avec Marc, je lui ai dit qu'il devait comprendre Ahmed Laaouej (le chef de groupe PS à la Chambre).

Vu cette concurrence à gauche, est-il opportun stratégiquement de faire alliance avec les libéraux?

Dans notre système, si on ne fait aucune alliance, on ne fait plus grand-chose. Mais il faut des garde-fous et avoir un rapport de force suffisant pour que les valeurs que l'on porte soient le guide principal de l'action.

Sur la norme salariale de 0,4%, le PS peut-il lâcher quelque chose?

Je mesure la difficulté de Pierre-Yves Dermagne. Cette norme salariale ne doit pas être totalement mise dans un carcan et devenir une norme anecdotique qui ne répond pas aux besoins de certains travailleurs dont les revenus sont trop bas. On n’a pas besoin d'une crise politique en ce moment, mais ce n'est pas pour cela qu'on doit accepter n'importe quoi.

Vous annoncez un travail de nuance sur la clé de répartition du subside européen pour la relance qui sera consacrée à la rénovation des bâtiments scolaires. C'est-à-dire?

Je suis à l'écoute et surtout préoccupé par l'état des bâtiments. Chaque enfant doit pouvoir étudier dans des bâtiments de qualité. Je suis surpris quand on remet en question son implication dans le Pacte d'excellence parce qu'on n'a pas les millions qu'on demande (il vise le Segec, NDLR). On va arriver à 240 millions, il fallait qu'on propose une répartition à l'Europe entre les bâtiments dont on est propriétaire, soit du réseau organisé, et les bâtiments de tiers que l'on va subventionner. On s'est référé à la clé des budgets des 5 dernières années: 58,5 et 48,5%. Tollé. J'ai reçu M. Segec et les autres. Ils m'ont dit qu'il y avait quelques incohérences dans mon tableau. Je reviendrai la semaine prochaine avec un tableau nuancé.

"On n'est pas là pour donner de l'argent au prorata d'élèves mais pour répondre à des besoins."

Ce qui veut dire?

La clé va peut-être changer. On n'est pas là pour donner de l'argent au prorata d'élèves mais pour répondre à des besoins. Il faut des projets de qualité qui répondent aux critères de l'Europe. Perdre cet argent pour une bataille de chiffres n'aurait pas de sens. Restons calmes. On va moduler. Il pourra y avoir des vases communicants entre les réseaux en fonction des projets proposés. Ce coup de pression me paraît un peu excessif. Je ne veux pas une réouverture d'une pseudo guerre scolaire alors que j'amène des dizaines de millions. Je préfère une logique de rapprochement des réseaux pour optimaliser la gestion des deniers publics.

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