analyse

Georges-Louis Bouchez, objet de zizanie entre francophones

©BELGA

Les sorties du président du MR agacent PS et Ecolo. Elio Di Rupo a même été jusqu'à évoquer un changement de majorité en Wallonie. Une boutade qui sonne comme un avertissement!

La Wallonie va-t-elle revivre le coup, jadis opéré par le cdH de Benoît Lutgen il y a deux ans, de changer d'exécutif en cours de législature en voyant voler en éclats une majorité politique PS-MR-Ecolo après seulement 8 mois de travail? Non! Mais certains signaux sont à prendre au sérieux...

La pique de Di Rupo

"Certains en ont vraiment marre d’entendre Georges-Louis Bouchez casser du socialiste à longueur de journée."
Un socialiste

Tout part d’une petite phrase, que certains voient comme une boutade, lâchée par Elio Di Rupo, le ministre-président du gouvernement wallon, lors du bureau de parti du PS lundi. "Si le parti me donne le mandat de changer de majorité en Wallonie, je le ferai". Rapportée par La Libre et confirmée par d’autres sources, la pique de l’homme fort en Wallonie résume en soi les tensions qui opposent depuis quelques semaines les socialistes au Mouvement Réformateur. Une tension que cristallise un homme: Georges-Louis Bouchez, le président du MR, avec qui tout rapport de confiance semble bien difficile.

"Certains en ont vraiment marre d’entendre Georges-Louis Bouchez casser du socialiste à longueur de journée alors que sa formation est dans une majorité avec le PS en Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles", nous explique un socialiste. Dans L’Echo ce week-end, le député socialiste Patrick Prévot se plaignait aussi du climat créé par l’hyperprésident Bouchez. "C’est surtout très compliqué de travailler avec le MR depuis l’arrivée de Georges-Louis Bouchez à la présidence, car la parole donnée par un député libéral pour faire avancer un texte n’est souvent pas tenue par son président. Cela pèse sur la confiance."

Sa surcommunication énerve

"On n’a pas apprécié son attitude de communiquer avant même les ministres sur un accord qui devait encore passer en gouvernement."
Un Ecolo

Bouchez par ici, Bouchez par là… Du côté d’Ecolo aussi, on commence à en avoir soupé. Il y a évidemment eu l’épisode Zakia Khattabi et le refus du MR de soutenir la candidature de l’ancienne coprésidente des verts à la Cour constitutionnelle, mais d’autres pointent le dossier prosumer et la surcommunication du président Bouchez. "On n’a pas apprécié son attitude de communiquer avant même les ministres sur un accord qui devait encore passer en gouvernement", pointe un vert pour qui cette sortie d’Elio Di Rupo semble presque le soulager. "Le fait que Bouchez soit mis sous pression par le PS va relâcher la pression du MR envers Ecolo".

Même au MR, certains fatiguent. "Il ne suit pas les dossiers de la Région wallonne sauf en y arrivant tout à la fin et en surcommuniquant. Le dossier prosumer est un bel exemple. Cela rend les choses plus compliquées avec nos partenaires." Une accusation que récuse le cercle du président qui explique que Georges-Louis Bouchez est arrivé dans le dossier prosumer à la demande de Willy Borsus, car tout était bloqué depuis des semaines. "Il fallait anticiper un problème de majorité en Wallonie", insiste-t-on tout en rappelant que la communication a été faite après la publication de l'arrêté. 

"Il fallait anticiper un problème de majorité en Wallonie."
Un libéral

Voilà la situation... Pour l'instant, ce climat tendu ne semble pas impacter le travail de l’exécutif wallon où l’ambiance serait même cordiale. "Il y a une très bonne entente entre les ministres Crucke, Dermagne et Henry", assure-t-on côté Ecolo. "C’était très tendu le week-end où il a fallu négocier l’accord politique autour du tarif prosumer mais cette tension venait de l’arrivée de Georges-Louis Bouchez dans le dossier. Pour le reste, le travail entre partenaires se passe bien", estime un socialiste. Le président du PS, Paul Magnette, a d’ailleurs exclu sur les ondes de la RTBF mardi la remise en cause des majorités en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles en raison du comportement du président du MR. "Je n'ai pas envie de personnaliser les choses. Les débats de bureaux de partis sont des débats de bureaux de partis, cela permet à chacun d'exprimer son agacement, ses opinions. Je ne remets absolument pas en cause les majorités."

Mais alors, à défaut de tuer les entités, ces tensions ne risquent-elles pas de rendre impossible toute cohésion entre présidents de parti francophones le jour où il faudra parler d’une nouvelle réforme de l’État avec la Flandre?

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