Il faut trouver 65 millions pour les bâtiments scolaires

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Pour répondre aux besoins réels des écoles bruxelloises, il va falloir encore créer, au minimum, 8.600 places d'ici 2020. Combien cela coûtera-t-il? D'après nos calculs, 65 millions d'euros. Il manque juste le financement…

Cette semaine, les trois partis siégeant au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (PS, cdH et Ecolo) ont conclu un accord politique afin de donner un coup d'accélérateur au plan de création de nouvelles places dans les écoles. Il s'agit en effet de pallier au plus pressé. Car, malgré les efforts déjà réalisés (près de 20.000 places sont en cours de création), la croissance démographique est telle que le manque de places continuera à se faire sentir à Bruxelles.

Dans un premier temps, soit pour les années 2014-2015, période la plus critique, on parle donc de la création de 3.500 places supplémentaires dans tous les réseaux, y compris le réseau libre. Une grosse nouveauté… Les écoles libres, dont les bâtiments sont privés, ne reçoivent habituellement jamais de "cash" pour financer leurs bâtiments, mais uniquement une subvention pour les intérêts et la garantie. Soit à peine 24,5% de ce que reçoivent les écoles de la Fédération.

Ces 3.500 places ne seront néanmoins pas suffisantes. Elles devront être complétées, dans un second temps, par 5.100 places supplémentaires d'ici 2020, d'après les calculs réalisés par le cabinet de Jean-Marc Nollet sur base des prévisions démographiques du Bureau du Plan. Les premières places seront attribuées en priorité au maternel, là où les besoins sont les plus urgents.

De quel montant parle-t-on? Aucun chiffre officiel n'est donné. Mais compte tenu du nombre de places prévues, et du coût évoqué par place (environ 4.000 euros), on parle ici, dans un premier temps, d'un budget de 14 à 15 millions d'euros, qui servira à financer des infrastructures modulaires, plus rapides à construire (il faut entre 3 à 6 mois pour les ériger, suivant le nombre de classes nécessaires), et environ deux fois moins chères par rapport à la construction classique.

A savoir

Des classes-légo pour agrandir les écoles

Des classes modulaires pour pallier le manque de places dans les écoles, la solution miracle? Ces classes sont souvent surnommées "classes containers". À tort. Car si, dans l'esprit, c'est bien de cela que l'on parle, on est aujourd'hui loin des lugubres bâtiments de chantiers préfabriqués qui ont fleuri dans les écoles des années 60', lorsque le boom démographique s'était aussi fait sentir. Ces classes modulaires ne doivent pas non plus être confondues avec les préfabriqués installés à la hâte le temps d'un chantier de quelques mois…

Les "préfab'" de l'Athénée royal Gatti de Gamont, en Région bruxelloise, en sont un bel exemple. Sur le site anderlechtois de l'école, 6 classes sont venues se greffer à l'internat début janvier. L'endroit était idéal. Il y reste beaucoup d'espaces verts, un critère indispensable pour pouvoir agrandir. "Cela n'aurait pas été possible dans notre antenne de Rogier", explique Laurent Van Dijck, le directeur de l'école. Les préfabriqués, ses enseignants et les parents en sont ravis. Il préfère d'ailleurs parler de "classes-Légo". Leur structure est faite de bois et de métal. L'isolation est parfaite, aussi bien en termes de température que de bruit. La modularité offerte par ce type de construction est aussi très intéressante pour les maternelles. "Cela donne une ambiance très familiale et facilite le travail en commun des institutrices", dit notre directeur. Ces dernières aussi sont ravies. Le côté neuf, aéré, lumineux a évidemment tout pour plaire. Mais Florence pointe aussi d'autres avantages: "on s'y sent plus en sécurité, on n'a pas peur de perdre un enfant dans des couloirs interminables, et on peut plus facilement organiser des activités ensemble", témoigne-t-elle. C'est beaucoup plus motivant, cela donne envie de s'investir."

Ces pavillons modulaires, on va donc en voir de plus en plus à Bruxelles. Mais leur durée de vie reste limitée. Cela ne peut pas remplacer, à long terme, un bâtiment en dur. À Gatti de Gamont, elles ont d'ailleurs été posées en attendant la construction d'un bâtiment flambant neuf de 18 classes (6 maternelles, 12 primaires) prévu d'ici 2017 au plus tard.

Au cabinet de Jean-Marc Nollet, on voit aussi plus loin. Un projet-pilote a ainsi été lancé pour construire un prototype des classes modulaires passives. Des structures qui, elles aussi, seront construites en un tour de main, en respectant les contraintes énergétiques et environnementales. De véritables "écoles du futur" qui aideront aussi la Fédération à réduire sa facture énergétique. Mais cela, ce sera pour 2015, pas avant…

Isolation, modularité et un sentiment de sécurité pour les classes maternelles.

5.100 places "en dur"

Sera-ce suffisant pour couvrir les besoins financiers? Non, évidemment. Pour les 5.100 places supplémentaires qui, elles, seront construites "en dur", on parlerait d'un budget de 50 millions d'euros.

Des sommes importantes donc, alors que le budget du gouvernement de la FWB est à sec. Les ministres du Budget, André Antoine, et des Bâtiments scolaires, Jean-Marc Nollet, ont donc été chargés de proposer au plus vite une solution. Pas question de pomper dans le plan prioritaire des travaux, comme le suggérait la députée cdH Julie De Groote, car en plus de la création de places dans les écoles, il faut répondre aux besoins en rénovation parfois criants de certains établissements. Pas question, non plus, de faire du coup par coup. Il faut trouver une formule qui permette de relever l'ensemble du défi.

On envisage donc un mécanisme de financement alternatif sous forme d'emprunt à long terme, sur 25 ans. Lequel? Le ministre du Budget aurait déjà sa petite idée, mais elle doit encore être validée. L'idée est que le plan permette de couvrir tous les besoins pour les quatre années scolaires prochaines. Précisons encore que ce plan de financement servira aussi à créer des places supplémentaires en Région wallonne.

Un défi sous-estimé?

Ces 8.500 places seront-elles suffisantes pour couvrir les besoins? Certains en doutent. Au cdH, on parle d'un défi à relever de 15.000 places, en ce compris les besoins de la Wallonie. Le Segec (enseignement catholique) évoquait lui, en début de semaine, la nécessité de créer 18.000 places supplémentaires.

Un chiffre nettement surestimé, dit-on au cabinet de Jean-Marc Nollet. "Le Segec est en effet parti des chiffres de besoins initiaux de 2010, or depuis, la situation a bien changé", explique-t-on, signalant qu'il reste aussi des places libres dans des écoles. Le Segec le reconnaît, mais avance malgré tout un taux de saturation des écoles fondamentales à Bruxelles de 98 à 99%…

Cette guerre des chiffres n'est en tout cas pas près de se terminer. Pour y mettre fin, il faudrait un vrai cadastre des places disponibles. Ce qui, actuellement, n'existe pas. Il faudrait pour cela que l'administration de l'enseignement se penche dessus, ce qui, avec la coexistence des trois réseaux, n'est pas chose aisée…

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