"Il faut une vigilance accrue pour les ventes d'armes à l'Arabie saoudite"

©AFP

Le président de la sous-commission armement du Parlement wallon, le député libéral Nicolas Tzanetatos, admet qu’il existe des failles au niveau du contrôle de la destination finale de certaines armes vendues à l’Arabie saoudite par la FN Herstal, une entreprise à 100% détenue par la Région wallonne.

Alors que l’Arabie saoudite est au cœur des secousses actuelles au Moyen-Orient, entre autres depuis l’exécution d’un opposant politique chiite, il apparaît que le flot des exportations d’armes wallonnes à destination de ce pays – singulièrement les exportations indirectes – n’est pas contrôlé de manière optimale. C’est ce que confirme le président de la sous-commission parlementaire en charge de veiller sur les licences d’exportation. "Au niveau des utilisateurs finaux de l’armement, on est assez dépourvu", déplore le député Nicolas Tzanetatos (MR).

Pour rappel, en 2014, les ventes d’armes de la FN Herstal (détenue à 100% par la Région wallonne) à Riyad ont explosé pour atteindre 400 millions d’euros. Et il apparaît aujourd’hui que la tendance commerciale reste la même pour le premier semestre 2015, selon le rapport intermédiaire d’évaluation rédigé tous les six mois. à ces ventes directes, il faut encore ajouter les indirectes.

Ainsi, d’importants contrats ont été conclus entre la FN et des acheteurs canadiens (3 milliards d’euros en 2014). Or il est avéré, selon plusieurs experts, que certaines pièces wallonnes vendues au Canada sont ensuite revendues comme produits d’armement finis à l’Arabie saoudite.

"Je ne plaide pas pour un embargo mais pour une vigilance accrue."
nicolas tzanetatos
président de la sous-commission armement du parlement wallon

"Très franchement, on ne sait pas très bien où tout ça se retrouve et il est illusoire de penser qu’on peut avoir un système qui serait à 100% sûr, on ne vit pas au pays des bisounours, pointe Nicolas Tzanetatos. En attendant, il faut renforcer les contrôles qu’on peut opérer sur les utilisateurs finaux, il faut notamment que les échanges d’informations entre pays soient effectués beaucoup plus rapidement."

Ainsi, alors qu’en théorie, l’Europe est censée veiller à une harmonisation des règles sur les exportations d’armes, dans les faits, c’est le désordre le plus complet. Tant l’Allemagne que la Suède ont stoppé leurs livraisons d’armes à l’Arabie saoudite il y a déjà deux mois, alors que la Belgique continue, pointe le président de la sous-commission parlementaire. "On aboutit à des situations où certains pays européens vendent à certains pays, d’autres pas, c’est désorganisé. Je ne plaide pas pour un embargo de l’armement à destination de l’Arabie saoudite car ce pays est notre allié, mais une vigilance accrue et un examen minutieux de chaque demande de licence seraient toutefois souhaitables", conclut Nicolas Tzanetatos.

"Un petit vendeur"

Lundi, le ministre-président wallon Paul Magnette, détenteur de la signature pour l’octroi de ces licences d’exportation d’armes, a indiqué qu’il ne les signait jamais de "gaieté de cœur", mais que la Région wallonne n’est qu’un "petit vendeur par rapport à d’autres pays comme la France, par exemple".

Signe des tensions communautaires sous-jacentes à ce dossier qui a souvent empoisonné la vie des gouvernements par le passé, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) a adressé aux autorités régionales un vade-mecum leur rappelant leurs obligations et responsabilités en matière d’exportation d’armes.

La FGTB Metal Liège-Luxembourg a salué la sortie de Paul Magnette sur les ventes d'armes de FN Herstal à l'Arabie saoudite et fustige le MR et Ecolo.

"Ces discours ne sont pas neufs (...) Le problème, c'est qu'à chaque couplet, c'est plus de 1.400 familles et un savoir-faire séculaire qui sont menacés", pointe le syndicat.

Une missive à laquelle Paul Magnette s’est empressé de répondre, indiquant entre autres que les règles générales étaient édictées à l’échelon européen. "Le problème n’est pas de faire primer le business sur les droits de l’homme, ce n’est pas cela la question, le problème, c’est de bien contrôler nos exportations d’armes et c’est ce que nous faisons scrupuleusement", a encore martelé le ministre-président lundi.

De son côté, Ecolo a répété qu’il était en faveur d’un embargo sur les ventes d’armes à destination de l’Arabie saoudite. "L’instabilité dans la région réclame la plus grande prudence, surtout depuis que l’armée et la police saoudiennes procèdent à des exécutions massives d’opposants chiites. Ce contexte dramatique oblige la Wallonie à suspendre ses livraisons d’armes vers l’Arabie saoudite", estime Hélène Ryckmans, députée wallonne Ecolo.

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