interview

"Il n'y a aucune volonté de pactiser avec la droite extrême" (Jean-Luc Crucke)

Jean-Luc Crucke ©EPA

Fort remonté contre les deux transfuges du MR partis rejoindre les Listes Destexhe laissant le gouvernement wallon sans majorité, Jean-Luc Crucke tente de trouver un espace de travail avec les partis démocratiques du Parlement.

En première ligne depuis quelques jours pour négocier avec le Parlement la façon dont l’exécutif wallon MR-cdH va poursuivre ses travaux d’ici la fin de la législature, Jean-Luc Crucke, le ministre libéral, l’assure: "On ne négociera pas avec Destexhe."

Votre gouvernement est-il aujourd’hui paralysé?

Paralysé n’est pas un terme conforme. Le gouvernement doit tenir compte d’une situation. Il n’est plus en nombre majoritaire. On pourrait faire appel à la droite extrême (les deux députés apparentés aux Listes Destexhe, NDLR) pour faire passer des réformes mais il n’y a aucune volonté de négocier, pactiser avec la droite extrême sous peine de mettre en cause nos valeurs.

Toute cette situation vient de la défection d’une députée, Patricia Potigny, de votre famille politique. Cela vous blesse-t-il?

Chacun a le droit d’exister mais lorsqu’une personne met à mal une majorité parce qu’elle n’a pas l’assurance de se retrouver sur une bonne place sur les listes électorales et du même coup faire basculer l’ensemble de l’échafaudage et le travail des collaborateurs, cela me heurte. C’est n’avoir aucun respect vis-à-vis de la démocratie. Elle s’est retrouvée au Parlement parce qu’une députée (Véronique Cornet, NDLR) est décédée et lorsqu’elle a voulu aller chercher une légitimité démocratique aux élections, elle a obtenu 150 votes. Nous allons maintenant tenter de trouver un espace de travail avec les partis démocratiques du Parlement.

Qu’est-ce qui va arriver pour la suite des réformes comme l’assurance-autonomie ou les aides à la promotion de l’emploi (APE)?

"On fait le choix de renoncer à faire passer certaines propositions."

Le temps est compté pour le gouvernement avant la fin de la législature. On sait bien que le Parlement ne travaillera plus après les vacances de Pâques. C’est difficile de déjà tirer des conclusions mais je vous le redis: nous ne souhaitons pas une réforme qui passe avec l’appui de la droite extrême. En étant très ferme à l’égard de ces deux énergumènes (les députés Potigny et Puget, NDLR), on fait le choix de renoncer à faire passer certaines propositions. Mais on ne va pas dévaloriser ce qu’est notre libéralisme. Il y aura encore une majorité sous la prochaine législature et l’électeur sait ce qu’on a dans notre cartable. On reviendra avec les textes qui ne seront pas passés.

Comment va se passer le travail avec le PS et Ecolo au Parlement?

Les ordres du jour ne seront établis qu’après contact avec les partis démocratiques. Il faut une concertation avant de dire si on soumet au vote un décret. C’est ce que va faire Willy Borsus. Le gouvernement recherchera le consensus. Mais ce n’est pas pour cela que toutes les réformes sont mortes.

Suspendre les travaux du Parlement, ce mercredi, parce que Maxime Prévot ne pouvait pas être présent au moment du vote, n’est-ce pas donner un mauvais signal aux citoyens?

À aucun moment quand nous en avons discuté au gouvernement mardi soir, il a été question de Maxime Prévot. Il fallait éviter que le Parlement se déchire. Il faut un momentum pour faire diminuer la température et terminer la législature. Il faut terminer ce qu’on peut terminer. Je suis évidemment triste de ne peut-être pas pouvoir concrétiser certains projets mais après le 26 mai, il y a le 27 mai et il faudra refaire un gouvernement. Rien ne tombe à la trappe!

Les dernières semaines sont difficiles pour votre parti. Aujourd’hui, les jeunes qui manifestent en faveur du climat ne comprennent pas que le MR ne soutienne pas la loi climat au Fédéral. Est-ce une erreur du MR?

À titre personnel, il est clair que j’aurais préféré qu’il y ait une loi climat. Mais je ne veux pas qu’on tombe dans une forme d’hypocrisie. Il y a des différences substantielles entre le nord et le sud dans ce pays et le rapport de force entre le nord et le sud aurait fait couler la loi climat! Je comprends donc la position du MR qui ne veut pas ouvrir la boîte de Pandore en révisant la Constitution. Avant de réformer la Constitution, je pense que les francophones doivent s’organiser entre eux. Je rappelle par ailleurs qu’il existe une loi climat en Wallonie et 90% des compétences sont wallonnes. La Wallonie sera au rendez-vous pour 2020, avant la Flandre et Bruxelles. On vend une loi climat qui ne sera pas votée mais le décret sur les compteurs intelligents que j’ai déposé au Parlement wallon, c’est bien dommage que l’opposition n’ait pas donné son appui au texte. C’est pourtant une mesure concrète qui apporte une solution intelligente. Et ce sont aussi les Wallons qui viennent au comité de concertation avec la banque climat. On aveugle les jeunes avec certains discours!

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