Publicité
interview

Jean-François Tamellini (FGTB): "Je me pose des questions sur les aspects démocratiques du PTB"

Pour Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne, "les interlocuteurs sociaux ont été dépossédés de toute concertation". ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Alors qu'il foulera les pavés ce vendredi en protestation contre la loi de 1996, le leader de la FGTB wallonne fustige le PTB et ses attaques envers les courants régionalistes.

Jean-François Tamellini annonce la couleur. Alors qu’il défilera avec ses camarades de la FGTB dans les rues de Liège ou Bruxelles pour dénoncer la loi de 1996 sur les normes salariales, le secrétaire général de la FGTB wallonne appelle au retour du syndicalisme de combat.

Qu’entendez-vous par syndicalisme de combat?

Au niveau de la FGTB, on se considère comme un contre-pouvoir. On doit pouvoir proposer des choses qui sont dans l’intérêt des travailleurs. Il y a aujourd'hui une volonté de museler, de casser le modèle syndical que représente la FGTB pour l’amener d’un syndicalisme de combat vers un syndicalisme de service. Il faut maintenir cette vision combative, qui négocie quand c’est possible, et qui se bat quand c’est nécessaire.

Votre syndicat est souvent pointé du doigt comme étant hors des réalités économiques. Et l’UWE répète que sans entreprises, il n’y a pas d’emploi…

Il faut une base économique et je continuerai toujours à défendre une base économique pour développer le social et l'écologie. D’où notre position en faveur de la prolongation du nucléaire. Il faut diminuer les coûts énergétiques pour attirer les investisseurs. Vous citez l’UWE, mais il faudrait aussi citer les PME.

"Cette manifestation a pour but de retrouver des équilibres qui ont été perturbés et remis en cause en 2017 avec ce carcan qui interdit de négocier les salaires et les conditions de travail."
Jean-François Tamellini
Secrétaire général de la FGTB wallonne

J’ai l’impression qu’on laisse trop de côté les PME en faveur des grandes entreprises. Dans les incitants à l’emploi, on se focalise trop sur les grandes entreprises. Or, ce sont les grandes entreprises qui mettent la pression pour continuer le détachement des travailleurs et tirer vers le bas les conditions de travail.

Comment vous sentez-vous muselé?

Le procès des 17 (des affiliés à la FGTB poursuivis pour entrave méchante à la circulation) illustre la volonté de nous museler. Les fédérations patronales s’opposent au droit de grève démocratique et veulent empêcher les syndicats d’exercer ce modèle de syndicalisme de combat. La manifestation de vendredi est un exemple de syndicalisme de combat. Nous contestons la loi de 1996 (sur les normes salariales), revue en 2017, et qui est devenue une version ultra-libérale. Les interlocuteurs sociaux ont été dépossédés de toute concertation.

Nous sommes mis dans un carcan. Il n’y a plus de marges salariales à négocier. Nous continuerons à manifester jusqu’aux prochaines discussions de l’AIP dans deux ans. Et la FGTB ne s’assiéra pas devant les employeurs si le cap n’a pas changé. Le gouvernement va-t-il prendre le risque de faire exploser la concertation sociale dans ce pays?

"N’est-ce pas un investissement pour une entreprise d’attirer les gens et de les fidéliser en gardant de bonnes conditions de travail?"

Qu’attendez-vous des employeurs?

Une meilleure redistribution de la richesse. Le patronat doit redistribuer la part au capital mais aussi la part au travail. Nous sommes prêts à discuter de problèmes comme les pénuries mais il faut un simple rééquilibrage des choses.

Est-ce le bon moment pour en parler alors que la relance économique reste fragile?

Je vois les cours de bourse, je vois la hausse des profits dans plusieurs secteurs. Il y a une reprise. N’est-ce pas un investissement pour une entreprise d’attirer les gens et de les fidéliser en gardant de bonnes conditions de travail?

Prenons le secteur de la construction en manque de main-d’œuvre? Pourquoi n’arrive-t-on pas à matcher les 200.000 chômeurs avec les 60.000 offres d’emploi du Forem?

Le taux d’insertion moyen six mois après une formation réussie dans 33 métiers de la construction n’est que de 50%. Cela veut dire qu’il y a un blocage. On devrait être à 100% dans une période de pénurie! Je pointe les conditions de travail et l’attractivité!

Pierre Mottet, le nouveau président de l’UWE, soulignait que le temps de la lutte des classes est terminé. Etes-vous d'accord?

Le creusement des inégalités ne s’arrête pas. Est-ce parler de lutte des classes quand je dis cela? Je le crois. Il y a des gens qui profitent du travail fait en dessous d’eux, et puis il y a ceux qui galèrent. La lutte des classes continue à exister. La FGTB appelle à se mettre à table pour rééquilibrer les choses ensemble.

Que pensez-vous du plan de relance wallon?

J’attends toujours les détails…

Le PS fait-il la course derrière le PTB?

Je laisse au PS sa stratégique. Les syndicats doivent jouer leur rôle de contre-pouvoir et les partis doivent prendre leurs responsabilités. Je pointe surtout les déclarations anti-régionalistes faites par le PTB (à travers son manifeste "We are one"). Cela me heurte.

"Je me pose des questions sur les aspects démocratiques du PTB."

Les raccourcis du PTB, qui voit derrière les régionalistes et les renardistes des nationalistes, me vont très loin… Il ne cite pas la FGTB mais les choses nous semblent claires! On a passé notre temps à dire que l’extrême droite n’est pas l’extrême gauche. On a expliqué que l’extrême droite est raciste et a un modèle économique qui défend les plus puissants alors que la gauche radicale ne le fait pas… Et aujourd’hui, on a un parti d’extrême gauche qui dit que régionaliste = nationaliste, que régionaliste = l’anti-thèse de l’internationalisme. C’est absolument faux. Le régionalisme colle à des réalités de terrain dans un cadre de solidarité fédérale.

Quand le PTB attaque le courant régionaliste de la FGTB et attaque André Renard - qui est celui qui a amené les réformes de structures anti-capitalistes à la FGTB avant 1960 - il s’en prend au syndicalisme de combat. Ce syndicalisme de combat pose-t-il un problème au PTB? C’est une question démocratique essentielle que je me pose.

Le PTB serait anti-démocratique?

Autant je répète que l’extrême gauche n’a rien à voir avec l’extrême droite, autant je me pose des questions sur les aspects démocratiques du PTB. Si la vision de certains est de dire qu’on n’a pas besoin de syndicat à moins que cela soit le syndicat du parti, cela me pose un problème démocratique fondamental. Mais vous savez, on n’a pas besoin du PTB pour nous dire que la loi de 1996 est mauvaise.

Par contre, on aura besoin de partis pour aller changer les choses. Or, pour cela, il faut prendre ses responsabilités et aller au pouvoir! Si certains au PTB avaient pris leurs responsabilités au moment de la formation du gouvernement wallon, on n’aurait pas eu le MR dans le gouvernement régional et le programme de société de la FGTB wallonne aurait été mis en œuvre à plus de 90%.

Les phrases clés

  • "Les fédérations patronales s’opposent au droit de grève démocratique et veulent empêcher les syndicats d’exercer ce modèle de syndicalisme de combat."
  • "N’est-ce pas un investissement pour une entreprise d’attirer les gens et de les fidéliser en gardant de bonnes conditions de travail?"
  • "Si certains au PTB avaient pris leurs responsabilités au moment de la formation du gouvernement wallon, on n’aurait pas eu le MR dans le gouvernement régional et le programme de société de la FGTB wallonne aurait été mis en œuvre à plus de 90%."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés