interview

Jean-Luc Crucke: "C'est au management de l’aéroport de Charleroi de fournir des solutions concrètes"

Jean-Luc Crucke, le ministre wallon (notamment) des Aéroports, ne mâche pas ses mots. ©BELGA

Le ministre Crucke attend de pied ferme des propositions du CEO Philippe Verdonck. Face à la crise du coronavirus, l’ancien business plan ne peut plus tenir. "Il faut en profiter pour se poser les bonnes questions", insiste-t-il.

Nous l’écrivions début août, la Wallonie planche sur une recapitalisation de l’aéroport de Charleroi. Le ministre Jean-Luc Crucke (MR), qui a notamment les aéroports dans son portefeuille de compétences, n’avait pas voulu réagir directement.

Il sort du bois dans nos colonnes. Il a deux ou trois choses à nous dire. "Aujourd’hui, le dossier de la recapitalisation n’est pas à l’ordre du jour. C’est une piste mais pas la seule", tempère-t-il.

Mais le ministre wallon des Finances, du Budget, des Aéroports et des Infrastructures sportives enchaîne directement : "Chacun son métier, j’attends des réponses du management pour septembre."

Avec environ 250.000 passagers en juillet contre 800.000 lors du même mois en 2019, "Brussels South" souffre. "Les experts du métier disent que le retour à la normale pour l’aviation est pour 2024, c’est long. Maintenant ce qui doit se passer, c’est qu’il faut profiter de la crise pour se poser les bonnes questions", insiste le ministre.

Nouveau business plan

De manière évidente le business plan d’avant la crise du coronavirus n’est plus tenable, il faut donc le revoir de fond en comble, estime-t-il. Jean-Luc Crucke attend du management carolo et donc de son CEO Philippe Verdonck de venir avec des "propositions concrètes".

Car il l’avoue, pour l’instant, il reste un peu sur sa faim. L’actionnaire majoritaire de l’aéroport, la Wallonie, estime en effet qu’il est essentiel de voir clair pour l’avenir de l’aéroport, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

"Je n'ai pas pour habitude de faire le métier des autres. J’attends des solutions du management de l'aéroport ."
Jean-Luc Crucke
Ministre wallon des Aéroports

Ce n’est pas que le ministre craint pour la trésorerie de Charleroi, mais plutôt qu’il demande que des solutions "conjoncturelles et structurelles" soient trouvées pour celui-ci.

Quand on lui dit que l’on voit mal ce qu’un aéroport peut faire quand les avions ne volent plus, il répond: "Je n'ai pas l'habitude de faire le métier d'un autre, j’attends des solutions."

Jonction ferroviaire sur la table du Fédéral

Cela ne veut pas dire que Jean-Luc Crucke n’a pas d’idées. Lui-même est favorable à un projet pour l’aéroport carolo qui allie des "éléments économiques, budgétaires, sociaux et climatiques".

Dans le cadre du green deal, il s’agit en effet de s’attaquer à l’empreinte des aéroports. Cela peut passer pour le ministre "par moins de trafic", mais il insiste surtout sur la nécessité de relier les aéroports wallons au réseau ferré. "Le lien entre ferroviaire et aérien doit exister !", insiste-t-il.

Une bataille qu’il mène depuis un certain temps déjà. "Mon président de parti et les autres partis sont au courant de nos demandes. Il ne vous aura pas échappé que l’on est en train de négocier la formation d’un nouveau gouvernement fédéral", pointe-t-il.

Le dossier de ces gros travaux serait donc sur la table des négociateurs. Car en Wallonie, les aides à Brussels Airlines et à Aviapartner (et donc en filigrane à Brussels Airport) ne sont pas passées inaperçues.

"Je constate qu’on a pu sortir beaucoup d’argent pour aider un aéroport situé en Flandre..."
Jean-Luc Crucke

"Je constate qu’on a pu sortir beaucoup d’argent pour aider un aéroport situé en Flandre...", répond ainsi Jean-Luc Crucke, laissant entendre qu’il ne faudra pas oublier le secteur aéroportuaire wallon.

Relier au chemin de fer, "c’est une nécessité pour Charleroi et Liège, les aéroports seraient beaucoup plus forts avec une ligne ferroviaire", insiste-t-il.

Les aéroports wallons ont déjà pu bénéficier d’un report de paiement des redevances de 16 millions d’euros, qui ont été transformées en prêt à faible taux d’intérêt avec un horizon à 6 ans. "C’était le premier dossier d’aide à l’aviation avalisé par la Commission européenne", pointe d’ailleurs le ministre.

Et si l’aéroport a besoin de plus d’argent pour faire le gros dos dans les années à venir ? "Quand on est actionnaire, on prend ses responsabilités. Il est hors de question de laisser tomber l’aéroport de Charleroi. Je rencontrerai tout le monde en septembre, actionnaires, syndicats et gestionnaires. Il ne faut rien faire dans la précipitation, mais nous avons besoin de propositions concrètes."

Il faudra voir quelle sera la réaction d’Infravia, qui a racheté les Italiens de SAVE et donc leurs parts dans l'aéroport carolo.

Jean-Luc Crucke n’estime pas qu’il faille nommer un nouveau président du conseil d’administration pour passer cette crise. Le président faisant fonction devrait donc rester en place jusqu’à la fin du mandat des administrateurs de l’aéroport vers juin 2021.

Quant à la trésorerie, "on travaille avec la Sogepa et Willy Borsus  pour s’assurer que tout reste en ordre", rassure Crucke. Il confirme d’ailleurs que "le souci n’est pas pour cette année-ci. Il n’y a pas le feu à la boutique".

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