interview start-ups

Jean-Pierre Di Bartolomeo: "Sowalfin va aider les PME wallonnes à sortir plus fortes de la crise"

Pour Jean-Pierre Di Bartolomeo, Sowalfin doit passer d'une phase d'aide directe à la trésorerie des entreprises à une phase "solvabilité", puis à une phase plus offensive, qu'on baptisera "investissement".

Sowalfin, l'outil wallon d'aide au financement des PME, a déjà soutenu plus de 3.000 entreprises pour 421 millions depuis janvier. Il va viser plus large, dit son président.

Après avoir aidé en trésorerie plus de 3.000 PME au cœur de la crise, Sowalfin, l'outil public wallon dédié au financement des PME, va concentrer ses efforts sur le renforcement des fonds propres des entreprises wallonnes. Avant de soutenir en investissement celles au plus gros potentiel. Jean-Pierre Di Bartolomeo, le président du comité de direction de Sowalfin, nous détaille ce plan de campagne en trois volets.

Combien d’entreprises Sowalfin a-t-elle aidées depuis le début de la crise?

Au 30 septembre, 3.071 dossiers ont été enregistrés, pour un montant total de 421 millions d’euros. Par comparaison, en 2019, qui avait été une année record, on avait totalisé 3.000 dossiers sur 12 mois, pour 500 millions. Il y a un réel impact Covid-19 sur les entreprises, et dans ce cadre nous sommes intervenus massivement, aux côtés des banques et en direct à travers les neuf invests wallons. On atteindra 600 millions d’euros d’ici la fin de l’année. On a fait beaucoup de plus petits dossiers, en termes de montants : des indépendants, des artisans, de petits entrepreneurs. Et on a eu une approche centrée sur la trésorerie. L’entrepreneur wallon a d’abord cherché à réduire ses coûts au maximum, en recourant aux primes régionales si nécessaire et aux dispositifs fédéraux (chômage temporaire ou droit passerelle), avant de s’endetter.

421 millions d'euros
aides aux PME wallonnes
Depuis janvier, Sowalfin a aidé plus de 3.000 PME pour 421 millions d'euros; à ce rythme, elle atteindra les 600 millions sur l'ensemble de 2020.

Cela explique le grand nombre d’interventions pour de petits montants : les entrepreneurs préfèrent s’endetter le moins possible, car ils savent qu’il faudra rembourser. Nos prêts en trésorerie sont donc sollicités comme dernier rempart par l’entrepreneur. Et c’est comme cela que cela doit se passer. On a reçu dernièrement des signaux indiquant que cette période est désormais derrière nous et qu’on entre aujourd’hui dans une deuxième période, qui concerne la solvabilité. Les fonds propres des entreprises sont en effet rabotés par les pertes dues à la crise pandémique. On peut aussi projeter les pertes Covid sur 2021 et même sur le premier trimestre 2022, car il y aura un effet retard pour nombre de sociétés. Nous anticipons ces projections et nous regardons dans quelle mesure on peut consolider les fonds propres des entreprises par l’octroi d’un prêt subordonné par Sowalfin et les banques, pour des montants allant jusqu’à 250.000 ou 500.000 euros (avec les invests au-delà de 250.000).

Pourquoi la forme du prêt?

Pour ne pas profiter de la crise pour diluer le capital de l’entrepreneur. Ce type de prêt est du quasi equity (actions), mais sans immixtion dans la gestion et sans dilution hostile.

Sowalfin a-t-elle les ressources suffisantes?

Nous avons aujourd’hui les ressources disponibles pour une première enveloppe de 150 millions. Nous avons identifié un besoin pour 150 millions et cela rejoint assez bien les estimations du bureau Graydon sur les besoins de renforcement de solvabilité de certains types d’entreprises en Région wallonne. Sachant que nous intervenons aux côtés de banquiers, à raison d’un tiers-deux tiers ou de 50-50 selon les cas.

"Pourquoi ne pas saisir l’occasion pour réajuster les fonds propres des entreprises sous-capitalisées ayant du potentiel?"
Jean-Pierre Di Bartolomeo
président du comité de direction de Sowalfin

On a un produit très sympa, et surtout un produit standard, avec une analyse standard pour accélérer le dispositif (à majorer de l’intervention des banques). Avec le concours aussi des invests et de Sofinex pour les entreprises tournées vers l’international. On arrive, pour l’aide à la solvabilité, à un plafond d’un million d’euros, avec possibilité d’aller chercher jusqu’à 3 millions. Avec cela, je pense qu’on peut stabiliser les fonds propres de nombreuses entreprises.

Quelles entreprises peuvent-elles se qualifier pour en bénéficier?

On travaillera sur un prêt subordonné conjoint, remboursable trimestriellement, pour les PME dont le siège est en Région wallonne, de moins de trois ans ou qui ne sont pas en difficulté. Et on garantit 50% du crédit bancaire. C’est un produit standard, qui porte 2,5% d’intérêt à taux fixe, et d’une durée jusqu’à dix ans. Nous ouvrons par ailleurs un troisième volet (après le volet défensif et celui sur la solvabilité): ne pourrait-on pas saisir l’occasion pour réajuster les fonds propres des entreprises sous-capitalisées ayant du potentiel? Et ne pourrait-on en profiter pour renforcer encore celles au potentiel de croissance le plus important et qui pourraient sortir gagnantes de la crise? Les aider à aller chercher des parts de marché, des marges et des volumes supplémentaires?

"Durant les six derniers mois, 23 millions d’euros ont été injectés dans 53 spin-off à potentiel dans la Région."
Jean-Pierre Di Bartolomeo
président du comité de direction de Sowalfin

Bref, permettre aux entreprises susceptibles de sortir plus fortes de la crise d’y parvenir, et d’éviter qu’elles ne deviennent, du fait de leur attrait ou, pour certaines, de leur fragilité, les cibles d’entreprises non wallonnes… Une fois le volet solvabilité assuré, Sowalfin veut conserver une capacité de financement des investissements futurs dans la Région, dans le cadre du plan de relance wallon Get Up Wallonia, de la nouvelle programmation des Fonds Feder (européens) et du Green Deal. Tout est lié…

Savez-vous combien de start-ups, de scale-ups et de spin-offs ont été aidées par Sowalfin durant la crise?

Notre force est de disposer d’un réseau d’invests très bien investi dans ces trois types de sociétés. On a des écosystèmes qui interagissent avec les invests pour leur accompagnement. Et qui, grâce aux pôles de compétences et au plan Marshall, ont permis de développer des entreprises à fort potentiel un peu partout en Wallonie: des start-ups ou des spin-offs. À ce propos, durant les six derniers mois, 23 millions d’euros ont été injectés dans 53 spin-offs à potentiel dans la Région, soit près de 500.000 euros par spin-off en moyenne. Cela veut dire que les invests ont fait leur travail. À côté de cela, nous avons mis en place, nous, des garanties de crédits bancaires dans une série d’entreprises technologiques, pour des montants significatifs, mais sans que je puisse vous dire combien de start-ups, de scale-ups, etc.

Ces 53 spin-offs étaient-elles venues demander de l’aide d’urgence?

Oui, ces aides en cash ont été injectées dans les entreprises suite à des demandes de leur part.

Il s’agit donc d’actes exceptionnels, sans comparaison avec les années précédentes?

Oui, c’est venu en supplément en raison de la crise. Mais il y a eu là une politique volontariste: il s’agit là de pépites et on doit les protéger.

Quel est le bilan des prêts coups de pouce à ce jour?

On a octroyé 228 prêts coups de pouce sur 9 mois avec l’ancien système, ce n’est pas mal. Le processus décrétal en vue de modifier le système est en cours, ce sera prêt dans les prochaines semaines. Le nouveau modèle permettra d’attirer davantage de financements alternatifs privés dans les petits dossiers, avec des durées plus longues et des plafonds plus élevés. On pourra faire quelque chose de bien. Et cela permettra à Sowalfin de cofinancer le coup de pouce, à 50-50 avec l’investisseur privé.

Et qu'en est-il des prêts ricochets?

On a commencé ceci à la mi-mai. On a entré 427 dossiers au 30 septembre (450 aujourd’hui). Ce n’est pas mal non plus. On pensait en avoir un peu plus encore, mais beaucoup d’entrepreneurs nous ont confié qu’ils préfèrent ne pas s’endetter même s’ils jugent la formule intéressante. L’endettement est perçu comme la dernière solution, à laquelle on recourt après la réduction des coûts et d’autres mesures (reports d’échéance…). Le système est simple, facile d’accès et fonctionne bien. À propos, on a fait presque autant de produits mixtes automatiques que de prêts ricochets: les premiers sont comparables aux ricochets, mais servent à financer des investissements. On en a enregistré quelque 350 sur la période. Cela signifie que 350 entrepreneurs se sont financés chez nous pour développer des investissements en pleine période Covid! Ils s’endettent pour investir. En cette période de crise, où il est plus difficile d'entreprendre, il faut les encourager!

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés