Jeholet suspecte les Pays-Bas de fausser le jeu de la concurrence

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L’Awex et le ministre Jeholet suspectent les Pays-Bas de recourir à de plus en plus de travailleurs détachés.

Au lendemain de l’échec du dossier Zalando et ses 1.500 emplois qui passent sous le nez de la Wallonie, l’heure est déjà à l’analyse au sein de l’Agence wallonne à l’exportation (Awex), qui tenait ce mercredi sa conférence de presse annuelle sur le bilan des investissements étrangers en Wallonie.

Si personne en interne n’entend remettre en cause le travail "professionnel" des équipes, l’administratrice générale de l’Awex Pascale Delcomminette tire les premières leçons de ce cruel échec. Sur le fond, elle répète que tout a été mis en œuvre pour faire aboutir ce dossier. "Nous n’avons rien à nous reprocher".

Un point que confirme son ministre de tutelle Pierre-Yves Jeholet (MR). Les raisons expliquant le choix des Allemands seraient donc à aller chercher dans des facteurs externes. "Les interlocuteurs chez Zalando ont changé. C’est un manager néerlandais qui a repris le dossier", explique-t-elle. Pascale Delcomminette évoque aussi le Brexit, qui aurait réorienté la stratégie du groupe.

Concurrence déloyale des Néerlandais?

Quant aux coûts salariaux pointés par le géant de l’e-commerce, l’Awex y voit un mauvais procès. "Nous avons démontré que par rapport aux Pays-Bas, on est à égalité." Pierre-Yves Jeholet estime de son côté que le différentiel de 17% défavorable à la Wallonie pointé par Comeos est faux! "Ce n’est pas exact. C’est trop facile de reporter la faute sur les autres", estime-t-il, tout en reconnaissant l’importance de diminuer encore le coût du travail.

"Il y a de plus en plus de travailleurs détachés, des Polonais, qui sont moins chers que l’emploi local."
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Cette question du coût du travail n’enterre pas tout à fait le problème posé par les négociateurs de Zalando. Tant à l’Awex que chez le ministre, on pointe la problématique des travailleurs détachés, qui a peut-être faussé les comparaisons salariales entre la Belgique et les Pays-Bas. "Les salaires sont identiques si on parle de personnel local. On s’interroge car par rapport à ce qu’on a transmis à Zalando, la Wallonie est compétitive", estime Pascale Delcomminette.

Le ministre Jeholet va un pas plus loin et soulève ouvertement la question des travailleurs détachés. "Il faut pousser la flexibilité du travail dans l’e-commerce mais cela doit se faire avec de l’emploi local. Je ne suis pas certain que l’on retrouve aux Pays-Bas que des travailleurs néerlandais. Il y a de plus en plus de travailleurs détachés, des Polonais, qui sont moins chers que de l’emploi local, et qui sont de plus en plus utilisés. Si c’est pour cela, je ne me battrai pas pour attirer ce type d’emplois." L’Awex évoque même le cas d’agences de recrutement aux Pays-Bas spécialisées pour ces emplois.

Investissements 35 nouvelles implantations en 2017

En 2017, la Wallonie a attiré 89 dossiers d’investissement étranger (35 nouvelles implantations et 54 extensions d’activités déjà présentes au sud du pays). Il s’agit d’un recul de 14% sur un an.

Les montants investis sont eux en hausse de 26,5% et totalisent près de 683 millions d’euros. En termes de créations d’emplois, ces 89 dossiers représentent un potentiel de 2.009 emplois directs, soit une hausse de 42% par rapport à 2016.

Un appel lancé à la FGTB

Remonté également contre les "grèves politiques organisées par la FGTB" ces derniers mois, Pierre-Yves Jeholet lance un appel au syndicat socialiste. "Je lance un appel à la FGTB. On a besoin d’une paix sociale. Combien de fois n’ai-je pas entendu des investisseurs reporter leurs projets en Wallonie à cause du climat social! Mais quelle image désastreuse donne la FGTB de la Wallonie!" La patronne de l’Awex pointe de son côté la surmédiatisation des grèves en Wallonie par rapport à la Flandre et aux Pays-Bas.

"Il faudrait peut-être mobiliser en amont nos autorités de tutelle, même si dans le cas de Zalando on leur avait proposé des contacts politiques. Ils ont refusé."
Awex

Enfin, derrière ces constats, l’Awex pense déjà à quelques changements sur la façon de vendre la Wallonie. "Il faudrait peut-être mobiliser en amont nos autorités de tutelle, même si dans le cas de Zalando on leur avait proposé des contacts politiques. Ils ont refusé."

Le message véhiculé par l’agence va aussi faire l’objet d’une analyse. "On pourrait s’inspirer de nos voisins, qui adoptent une attitude plus agressive au niveau du marketing. On doit s’interroger sur nos propos. Ne doivent-ils pas être simplifiés?"

Coolblue: "Nous payons des impôts et allons créer 200 emplois en Belgique cette année" 

Coolblue, un webshop néerlandais très populaire en Flandre, paie des impôts en Belgique et a créé plusieurs centaines d'emplois dans le pays, a souligné Matthias De Clercq, manager de Coolblue Belgique.

Il répond ainsi aux critiques selon lesquelles l'entreprise ne contribue pas à l'économie belge. "Je peux vous dire que nous payons toutes nos taxes belges. En 2016, 130 personnes travaillaient avec nous en Belgique. L'an dernier, ce chiffre a augmenté à 300 et cette année nous allons créer 200 jobs. Sans compte les emplois indirects, par exemple chez bpost."

L'entreprise a été critiquée en raison de la baisse de vigueur du commerce belge au profit de boutiques en ligne étrangères, notamment les géants Amazon et Bol.com.

Coolblue a généré en 2017 quelque 1,2 milliard d'euros (+38%) aux Pays-Bas et en Belgique. Elle ne donne pas de chiffres sur la Belgique, mais le patron local évoque "des parts de marché croissantes". Coolblue souhaite aussi s'attaquer réellement au marché belge francophone. 

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