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reportage

L'accès à la terre reste difficile pour les jeunes agriculteurs

Les terres agricoles disponibles sont rares en Wallonie, à peine 1% sont vendues chaque année.

La nouvelle Politique agricole commune veut soutenir un peu mieux les jeunes agriculteurs. Le hic, c'est que les terres agricoles disponibles se font rares en Belgique. Une tuile pour ceux qui veulent se tourner vers une agriculture plus durable et diversifiée.

Si nous avions été en plein hiver, elle nous aurait accueillis en chandail de laine, bottes en caoutchouc, les jambes bien campées dans la boue.

Nous sommes en été. Le soleil brûle déjà la terre, mais les laitues, les choux raves, le persil sont encore bien verts. Devant la ferme, garés en rang d’oignons, quatre vieux tracteurs semblent faire la sieste en attendant le fauchage du foin. Laura Delfosse nous attend dans une robe salopette en jean, le teeshirt un peu usé par le temps, une paire de bottines aux pieds. Pas de fichu sur la tête, la jeune femme a laissé libre sa crinière brune de battante.

Sur un des murs de l'ancienne exploitation laitière de son père, dans le village de Redu, un panneau annonce la couleur: "Ils ont voulu nous enterrer. Ils ne savaient pas que nous étions des graines."

Laura Delfosse se bat bec et ongles, depuis des années, pour continuer d'exploiter la terre dans un contexte où les surfaces agricoles disponibles se raréfient. 70% des terres sont louées aux agriculteurs. À l’inverse, moins de 1% d'entre elles sont mises en vente chaque année sur le marché, nous dit Corentin Moreau, juriste à la NTF (Association des propriétaires ruraux de Wallonie). Un réel problème pour les jeunes, alors que l'avenir de notre subsistance est entre leurs mains.

À l'entrée de la ferme de Laura, un panneau annonce la couleur, celle de son combat.

Mais pourquoi y-a-t-il si peu de terres disponibles à la vente? "Le propriétaire ne met pas sa terre en vente tant qu'elle n'est pas libre d'occupation, car il y a une décote dessus. Et avec le bail à ferme, qui permettait la transmission quasi perpétuelle du bail entre exploitants de père en fils, il y a peu de terres libres", explique le juriste. Cette situation ne facilite pas l'accès à la terre pour les jeunes désirant se lancer dans l'activité sans avoir hérité de la terre d'un ailleul, qu'il soit exploitant ou propriétaire.

Des rentrées difficiles

Même pour ceux nés dans une famille d'agriculteurs, comme Laura, le contexte rend les choses parfois difficiles. Des soixante hectares sur lesquels paissaient les 100 vaches laitières paternelles, il n'en reste à Laura qu'une trentaine. Juste de quoi survivre, avec un revenu d'à peine 800 euros par mois. "Heureusement, la nourriture, on l'a. On puise dans ce que l'on produit. Pour le reste, on ne fait pas de folie."

Au milieu du bric-à-brac des outils, une table en plastique blanche, deux chaises. Laura balaye de la main des restes de terre, s'assied, serre sa bouteille d'eau contre elle. Et nous déballe son histoire. Celle d'une jeune fille idéaliste qui a repris l'exploitation laitière de son père il y a dix ans pour la diversifier: maraîchage, élevage d'une douzaine de magnifiques vaches rustiques, des cochons rustiques. "On fait aussi du foin et de l'épeautre à l'ancienne, dont la farine sert au boulanger du village pour faire ses pains."

Son rêve est né après la crise du lait de 2009 qui a frappé les producteurs. Les prix avaient littéralement chuté, poussant les laitiers à balancer leur production aux égouts. Laura a découvert  la diversification dans une ferme en Finlande, lors d'un voyage en "woofing"*, après ses études en philo et en agronomie. Elle s'est lancée: culture diversifiée, vente en direct à la ferme. Aujourd'hui, elle fonctionne sur le principe du self-service. "Le hangar est ouvert, les clients se servent et paient par internet."

Laura Delfosse s'est tournée vers l'élevage de vaches rustiques, plus résistantes.

Laura n'a pas attendu les conseils donnés par les spécialistes aux jeunes débutants pour opter pour la diversification. "On ne fait plus l'agriculture d'antan, confirme David Remy, notaire à Fernelmont et pratiquant en milieu agricole. Une exploitation agricole est avant tout une entreprise qui doit être gérée comme telle. Le problème, c'est que lorsqu'on veut acheter la terre, on envisage souvent le prix que l'on est prêt à mettre en fonction de la rentabilité agricole. Or, cette rentabilité est déterminée notamment par des paramètres non maîtrisés par l'exploitant, comme le prix de vente des déterminés par les marchés (souvent internationaux)."

"Il est donc normal, si un exploitant persiste dans des cultures ou élevages traditionnels pour lesquels il ne maîtrise pas les prix (le froment par exemple), qu'il ne sache pas payer une terre à des prix élevés. Le meilleur conseil est donc de réfléchir à augmenter la rentabilité par des prix de vente maitrisés, des cultures de niches, de la coopération, etc. À titre d'exemple, dix hectares de légumes anciens permettent parfois de mieux vivre que cent hectares de culture traditionnelle", poursuit le notaire.

Des courriers menaçants

Du maraichage, mais sans excès, de la diversification, de la culture de niche, de la vente en direct, Laura coche toutes les cases. Et pourtant, chaque soir elle se demande combien de temps elle pourra poursuivre. Car si ses clients sont inondés de pubs pour l'une ou l'autre vente de produits à la ferme, Laura, elle, est submergée de courriers menaçants des propriétaires des terres qu'elle cultive. "Les propriétaires ne se réjouissent pas de m'avoir sur leur terrain, dit la jeune femme en haussant les épaules, dépitée. Ils veulent m'expulser. Pas nécessairement pour revendre les terres. Parfois, c'est juste pour mettre leurs poneys dessus."

Laura n'a quasiment pas de terres en propriété, à peine un hectare. Elle voudrait bien acheter, mais elle n'a pas le portefeuille bien garni des autres investisseurs. "Si j'avais pu garder les 60 hectares de mon père, j'aurais pu planter du miscanthus, une plante intéressante pour la permaculture, car elle enrichit les sols. J'aurais aussi pu créer de l'emploi. On m'a bien proposé d'autres terrains à exploiter, comme un hectare laissé en friche dans le village, rempli de chardons. Mais ça me demanderait plus de 5.000 euros d'investissements rien que pour remettre la terre en état, et clôturer. Sans garantie de pouvoir exploiter sur le long terme. Après, on s'étonne que les jeunes ne veuillent pas se lancer…" 

La vente directe à la ferme a permis à Laura de se constituer une petite clientèle, mais elle doit se battre pour la fidéliser.

Même quand on est fille d'agriculteur, des bâtons peuvent venir se mettre dans les roues des projets rêvés.  Laura nous explique en long et en large comment sa famille, au fil des ans, a perdu du terrain. "Pas mal des terres que l'on cultivait étaient des terrains à bâtir. Les propriétaires les ont récupérées et vendues. Car dans ce cas, le bail à ferme ne vaut plus rien. J'aurais bien voulu en racheter, j'avais un droit de préemption, mais je n'ai pas les moyens. À 20.000 euros l'hectare, c'était trop cher pour moi…"

La jeune femme évoque la pression immobilière, qui rend les prix inaccessibles pour les jeunes, et les fait fuir des villages. "Il n'y a même plus d'école à Redu. Il n'y a plus que des retraités ou des résidences secondaires." Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la nouvelle Politique agricole commune (PAC), négociée au niveau européen, a montré une certaine prise de conscience du problème de renouvellement des générations. Ce dont s'est réjouie la FWA (Fédération wallonne de l'agriculture). Mais les soutiens porteront surtout sur l'accès aux aides financières, et sur le soutien à l'agriculture bio et au respect de l'environnement. Ce qui ne résout pas forcément le problème d'accès à la terre...

Du côté des terres agricoles, les prix se sont pourtant stabilisés. Mais à un niveau élevé: 48.735 euros l'hectare en moyenne en 2020. Un prix que le notaire Remy relativise. "Les prix agricoles fluctuent de manière importante en fonction de la localisation, de la surface, de la qualité intrinsèque de la terre, mais aussi de l'occupant et de la durée de son occupation. On fluctue entre 10.000 et 100.000 euros l'hectare suivant ces paramètres. On ne vend pas le même prix une prairie en pente de 15 ares et une terre arable de Hesbaye de 5 hectares. Il est donc nécessaire d'examiner et d'envisager son achat en fonction de ses besoins. Rien de sert d'envisager une pâture pour brebis sur une terre arable acquise à près de 60.000 €/ha."

Un bail qui protège, pour autant qu'il existe…

Laura a aussi été confrontée au drame de l'accord commodo. Venu de cette époque où agriculteurs et propriétaires, copains comme cochons, se tapaient dans la main pour faire affaire.  Des accords qui, aujourd'hui, ont perdu leur seule valeur: la confiance créée par la proximité et la camaraderie. "Aujourd'hui, les héritiers des propriétaires terriens vivent généralement loin des terres reçues de parents ou de grands-parents. L'exploitation de ces terres a elle-même été cédée aux fils et petits-fils des fermiers, explique Corentin Moreau. Les liens n'existent plus." Sans compter que ces terres, pour les propriétaires qui les possèdent, ont non seulement perdu de leur valeur "sociale" ou "sentimentale", mais rapportent peu en droits de fermage. À peine 207 euros l'hectare par an, duquel il faut ôter le précompte immobilier. 

Laura Defosse évoque par ailleurs la totale opacité de certaines transactions, et nous raconte son désarroi lorsque la Fabrique d'Églises de son village a vendu un demi-hectare de terrain à bâtir qu'elle cultivait à un gros financier venu planter des vignes, se retrouvant mise dehors du jour au lendemain. Une drôle d'histoire. "La vente s'est faite pour une bouchée de pain, compte tenu des prix des terrains ici à Redu, un tiers de la valeur du terrain, sans placer aucune annonce, tout en huis clos. Moi, j'aurais trouvé les fonds pour l'acheter, cette terre. Ce genre de truc, c'est ce qu'on voit en Amérique latine. Eh bien, ici aussi…"

"La vente s'est faite pour une bouchée de pain, compte tenu des prix des terrains ici à Redu, un tiers de la valeur du terrain, sans placer aucune annonce, tout en huis clos."
Laura Delfosse
Agricultrice

"C'est tout le problème du système du bail à ferme qui était tellement bétonné à l'avantage de l'agriculteur que certains propriétaires s'en sont détournés et sont passés par des accords  d'occupation à titre précaire", dit Corentin Moreau. La jeune femme – une enfant du village - est amère. "Avec cette crise du Covid, on sait pourtant aujourd'hui que la Belgique n'est pas du tout autonome en nourriture. On peut à peine tenir trois jours." Et pourtant, dans son petit village, il ne reste plus que 2 agriculteurs, sur les 28 que comptait Redu dans son enfance. "De grosses entreprises dans le secteur de la construction achètent les terres et les font exploiter par des entrepreneurs. Après, ils envoient leurs céréales en Pologne. Ils n'ont pas de terre dans leurs ongles, mais ils touchent les primes de la PAC. Ces primes, elles ne sont pas données à la qualité, mais à la quantité."

Laura a repris en main l'exploitation de son père, abandonnant la production de lait pour se diversifier vers la culture et le maraîchage.

Des mastodontes de la distribution, comme Colruyt, se sont aussi lancés dans l'achat de terres, pour y faire produire par des sous-traitants les fruits et légumes bio qui seront vendus dans leurs enseignes. Une manière de favoriser le circuit court qui fait peut-être le bonheur des consommateurs, mais pas des agriculteurs qui se sentent asservis, comme au Moyen Âge. "Une atteinte à notre modèle agricole familial", avait fustigé alors la Fédération wallonne de l'agriculture, rappelant la liberté de culture qui reste aux mains des exploitants.

Protéger les investissements

"Si les terrains nous sont repris du jour au lendemain, que fait-on des prêts qu'on a engagés dans le matériel? Comment les paye-t-on, si on ne peut plus exploiter la terre et vendre les produits?"
Laura Delfosse
Agricultrice

Laura justifie, à travers une image simple, pourquoi les agriculteurs ont, aussi, besoin d'être protégés : "Je prends toujours l'exemple du restaurant. Tout comme le restaurateur, sans être propriétaire des lieux, investit dans sa cuisine, dans le mobilier, dans l'aménagement, et fait tourner son restaurant, l'agriculteur investit dans le matériel qui lui permettra d'exploiter la terre qu'il occupe. Si les terrains nous sont repris du jour au lendemain, que fait-on des prêts qu'on a engagés dans le matériel? Comment les paye-t-on, si on ne peut plus exploiter la terre et vendre les produits?"

Le bail à ferme a été révisé, en donnant des incitants fiscaux aux propriétaires qui héritent d'une terre et concluent des baux de longue durée avec des jeunes de moins de 35 ans.

Les propriétaires fonciers se sont battus pendant des années pour que le bail à ferme soit réformé, main dans la main avec les représentants des agriculteurs. Ce qui est chose faite, depuis l'an dernier. Le bail à ferme a été révisé, en donnant des incitants fiscaux aux propriétaires qui héritent d'une terre et concluent des baux de longue durée avec des jeunes de moins de 35 ans. Les baux oraux ont été bannis, et d'autres formules existent, comme le bail de carrière ou le bail de courte durée, qui permet au propriétaire de récupérer sa terre plus rapidement.  Mais cela ne résout pas tout, ni d'un côté ni de l'autre. "Cela n'empêche pas les  cessions privilégiées", signale Corentin Moreau à la NTF.

"Les gens nous voient comme des bouffons, ils veulent qu'on exploite leur terre comme eux l'ont décidé", témoigne Laura Delfosse.

Quand on évoque devant elle ces plaintes des propriétaires terriens et l'impression qu'ils ont de voir leur terre confisquée, Laura se tourne quelques instants vers ses salades, avant de braquer son regard dans le nôtre. Elle sourit. Elle sait que la situation est bien plus complexe que ne le laissent entendre les déclarations à l'emporte-pièce des uns ou des autres. Dans ce genre de rapport, tout n'est jamais blanc ou noir. Et tout est affaire de conscience… "Vous savez, certains propriétaires sont parfois aussi… capricieux", lâche-t-elle.

Laura se souvient de cette propriétaire qui avait vu le documentaire "Demain". "Elle voulait me confier l'exploitation d'un terrain, et que cela ressemble à la ferme du Bec-Hellouin. C'est trois millions d'investissements!", rit la jeune femme, qui nous rappelle au passage qu'elle ne gagne même pas 1.000 euros par mois. "Les gens nous voient comme des bouffons. Ils veulent qu'on exploite leur terre comme eux l'ont décidé. Ils veulent du bio, mais l'esprit n'y est pas. Ils veulent juste se donner bonne conscience, mais à côté de ça, ils sont prêts à reprendre une terre à un agriculteur qui ira peut-être se pendre. C'est de la néo-féodalité, c'est super dévalorisant."

La liberté de culture aux mains des exploitants a pourtant été défendue par la FWA dans la réforme du bail à ferme. Mais le fossé s'est creusé entre le monde des exploitants et des propriétaires terriens.

"Une propriétaire, qui avait vu le documentaire 'Demain', voulait me confier l'exploitation d'un terrain, et que cela ressemble à la ferme du Bec-Hellouin. C'est trois millions d'investissement!"
Laura Delfosse
Agricultrice

La solution miracle pour résoudre ces problèmes d'accès à la terre? Laura ne l'a pas. Elle évoque bien le système français de la Safer.  L'organisme récupère les terres des agriculteurs pensionnés et met en vente directe aux autres agriculteurs. Ce n'est qu'après trois ans que la terre, si elle n'est pas partie, peut aller à un particulier.

Plus près de chez nous, l'ASBL Terre-en-vue tente aussi d'aider les jeunes, en rachetant des terres agricoles par le biais du crowdfunding, pour les donner en exploitation à de jeunes agriculteurs porteurs de projets agro-écologiques, soustrayant au passage ces terres à la spéculation foncière. Terre-en-vue, qui rassemble près de 2.000 coopérateurs, a déjà acquis 94 hectares de terres agricoles et soutenu une trentaine de fermes. Le défi est en effet crucial, car la crise environnementale que l'on traverse nécessite de redonner une place de choix au secteur agricole.

Droit de réponse à l’article " L’accès à la terre pour les jeunes agriculteurs "

Indirectement mis en cause dans un article paru dans l’Echo du 3 juillet dernier sur le thème : « l’accès à la terre reste difficile pour les jeunes agriculteurs », M. Paul Delahaut a souhaité exercer le droit de réponse que lui reconnait la loi.

Mme Laura Delfosse à qui cet article était consacré, s’épanchait en particulier sur « la vente par la Fabrique d’Eglise de Redu d’un demi-ha de terres qu’elle cultivait à un gros financier pour y planter de la vigne dans une transaction opaque, pour une bouchée de pain, selon des procédés dignes de l’Amérique latine ».

Il s’avère que ces faits sont faux et soutiennent des propos calomnieux.

Le « gros financier » - en l’occurrence moi- est originaire du village de Redu où il a grandi et vécu. Mes grands-parents paternels et maternels y étaient agriculteurs et ma famille y est établie depuis plus de 7 générations.

Il y a 6 ans, j’ai fait offre à la Fabrique d’Eglise d’acquérir ces « terres », voisines des miennes, pour implanter un petit vignoble sur ce côteau, ce dont j’ai fait part au père de Mme Delfosse qui les exploitait.  Entretemps, j’ai suivi une formation de chef d’entreprise viti-viniculture durant deux ans à l’IFAPME, pour conduire ce projet avec sérieux.

J’ai fait trois propositions d’échange à la Fabrique d’Eglise qui a accepté la dernière, le comité d’acquisition du SPW - le gardien des intérêts des pouvoirs publics- étant spécialement mandaté, du commun accord des parties, pour évaluer les valeurs d’échange.  La Fabrique d’Eglise a, à la suite des conclusions du Comité d’acquisition, préféré conclure une vente contre paiement pour ne pas devoir acquitter une soulte, ce que j’ai accepté. Cette vente a été conclue, au terme d’une longue procédure, au vu et au su de tout le monde, avec l’approbation de la majorité des membres de la Fabrique d’Eglise et, comme requis par la loi, celle des autorités de tutelle (le collège de la commune de Libin, l’Evêché, le SPW, le Gouverneur de la province). 

Ces « terres », de faible valeur culturale en raison de la nature du sol et de leur exposition, n’étaient pas « cultivées », mais fauchées une fois par année pour ensuite servir de parking pour les voitures des visiteurs à la fête annuelle du livre à Redu. Elles représenteraient à peine 1% de la surface exploitée par Mme Delfosse et déclarée par elle pour émarger aux subsides PAC (FEADER, FEAGA…).  Mme Delfosse acquittait un fermage annuel de 137 EUR à la Fabrique d’Eglise.

Mme Delfosse a bien eu la possibilité d’exercer le droit de préemption qu’elle revendiquait, et ce pour la « bouchée de pain » dont elle parle. Assistée par un avocat spécialisé, elle a plutôt monnayé une « indemnité de sortie », représentant plus de 15 années de fermage et plus du triple de ce qui aurait été équitable en application de la loi sur le bail à ferme. J’ai payé cette indemnité de 2.250 EUR aux termes d’un arrangement constaté par le Juge de paix de Neufchâteau, le 10 juin 2020. Précisons aussi que Mme Delfosse (et avant elle son père) a exploité pendant plusieurs années les parcelles voisines m’appartenant (d’1 ha 30), sans que lui soit réclamé aucun fermage !

Ces parcelles (dont seule une petite partie était en zone bâtissable) ont été acquises pour un prix de plus de 130.000 EUR (acte en mains), déterminé sur base de l’évaluation du Comité d’acquisition du SPW, comme dit plus haut, assurant une belle plus-value à la Fabrique d’Eglise pour un bien d’un rapport dérisoire pour elle. 

L’aboutissement de ce projet a pu compter sur l’intérêt et le soutien de toutes les parties prenantes, malgré les entraves que quelques fâcheux et jaloux ont tenté d’y mettre, sans succès !

Ce vignoble est un projet familial, porté depuis plusieurs années, chez moi, sur mes terres natales qui représente un investissement à long terme d’une rentabilité limitée et incertaine, sans aucun subside, et qui je l’espère, apportera de la biodiversité au cœur du village et enrichira l’attrait de celui-ci, tout en limitant durablement l’emprise du bâti.

Six mille pieds de vigne ont été plantés en mai 2020 et, si la nature est clémente, nous pourrons trinquer à l’occasion d’une première petite vendage, à l’automne 2023 !

Paul Delahaut

*woofing: forme de tourisme alternatif, où l'on réalise du bénévolat dans une ferme agricole avec en retour le gite et le couvert, et la possibilité de faire des visites de la région pendant ses temps libres.

**Reportage photo réalisé avec le soutien du Fonds pour le journalisme de l'AJP.

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