analyse

L'agrément de Veviba ne tient qu'à un fil suite au coup de sang de Verbist

©Food and Beverage Asia

La lettre envoyée lundi soir par le patron du groupe Verbist n’est pas passée inaperçue. Contrairement à ce que dit Verbist, il y avait des repreneurs pour l’abattoir de Bastogne. Si la Sogepa se retire, Veviba pourrait bien perdre son agrément.

Coup de sang à l’abattoir. Lundi soir, Louis Verbist, patron du groupe qui exploite Veviba, balance un communiqué rageur de six pages. Contre l’avis général. L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) et le ministre de l’Agriculture, Daniel Ducarme, en prennent pour leur grade.

Le dernier point du communiqué porte sur l’avenir de Veviba. On y lit notamment que "les demandes répétées de veiller au transfert des entreprises wallonnes du groupe Verbist aussi à des acteurs économiques wallons n’ont finalement pas pu être réalisées, au-delà de la volonté du groupe Verbist", avant d’apprendre que le groupe, qui possède différents sites en Belgique, compte continuer à exploiter Veviba en propre.

Cette version de l’histoire n’est pas partagée par tout le monde. Et il y avait bel et bien des repreneurs pour les sites wallons de Verbist, ce qui est confirmé à différentes sources. Le ministre wallon de l’Économie, Pierre-Yves Jeholet, l’a dit dans un communiqué. Le "processus de reprise avait conduit à recevoir des offres fermes de plusieurs candidats et des négociations avec les principaux acteurs avaient permis d’aboutir à un projet d’accord global qui permettait d’envisager un avenir pour l’ensemble des sites". Et en off, on l’affirme avec encore plus de vigueur. Sept candidats avaient été retenus et avaient remis des offres jugées sérieuses. In fine, les négociations étaient quasi bouclées avec deux repreneurs potentiels. Un proche du dossier confirme: "Il y avait une offre globale avec un vrai ancrage régional wallon et une volonté d’associer les producteurs wallons. La Sogepa aurait été l’actionnaire public de cette structure." Dire qu’il n’y avait pas de repreneur semble donc contraire à la vérité.

Prise de distance

Évidemment, on ne peut pas forcer Louis Verbist à vendre ses sites wallons, mais le communiqué envoyé lundi soir s’apparente plus à un coup de colère. Mardi matin, en se rendant sur le site, l’un des managers désignés par la Sogepa (à la demande de Verbist) nous expliquait avoir tenté de s’opposer à la publication dudit communiqué. Sans succès. Il se dit même que Diederik Verbist, fils de Louis et administrateur délégué de Veviba, n’était pas très chaud à l’idée de l’envoi de ce communiqué au picrate. Toujours sans succès.

Mardi, dans le courant de l’après-midi, Veviba et ses deux managers de crise prenaient leurs distances par rapport au communiqué envoyé par Louis Verbist. Au passage, ils précisent que la lettre a été rédigée par Louis Verbist et au nom du groupe Verbist "contrairement à ce que l’utilisation inappropriée et délétère du logo Veviba pourrait laisser supposer". Ambiance au rayon boucherie.

Certains se disent que Louis Verbist a dégainé un peu vite et que cette lettre ouverte envoyée urbi et orbi pourrait lui coûter bien cher. "Veviba a récupéré à juste titre ses agréments: ils n’auraient jamais dû être retirés", lit-on sous la plume de Louis Verbist. Là, il a peut-être parlé un peu vite. Dans la foulée de sa descente chez Veviba, l’Afsca avait retiré à Veviba ses agréments pour l’atelier de découpe et pour l’activité de congélation. Une des missions des deux managers ad interim visait à récupérer les agréments. Ce fut chose faite le 31 mai, mais seulement pour l’activité de découpe et à une condition: que les managers de la Sogepa restent à la barre de Veviba. En un mot comme en cent: si la Sogepa retire ses steaks (lisez billes), Veviba perd son agrément. C’est aussi simple que cela.

3,7 millions €
Une partie des prêts accordés par la Région wallonne au groupe Verbist. Le ministre wallon de l’Économie a prévenu: la Sogepa va récupérer ce montant.

Selon les accords passés dès le début de la crise, la mission de la Sogepa prendra fin le 15 juin prochain. Il ne serait pas étonnant que le bras financier de la Région wallonne reparte alors avec ses agréments sous le bras.

Notons enfin que l’agrément portant sur la congélation au sein de Veviba n’a pas été rendu. Du côté de l’Afsca, on confirme que les congélateurs sous toujours sous le coup d’une saisie judiciaire.

Créance de 3,7 millions

Tant qu’à rappeler que la Sogepa est le bras financier de la Région wallonne, autant parler gros sous. Et là non plus, le ministre wallon de l’Économie ne s’y est pas trompé. La Sogepa "poursuivra par contre ses efforts afin de permettre le retrait de la Région des engagements contractés il y a plusieurs années dans le groupe", dit Pierre-Yves Jeholet. Récemment, ce dernier rappelait que le groupe Verbist avait reçu, depuis 2013, 5,5 millions d’euros de prêts dont il doit encore rembourser 3,7 millions d’euros.

Denis Ducarme, le ministre fédéral de l’Agriculture, tenant à rappeler les faits reprochés à Veviba, a, lui, rappelé que le scandale n’était pas un mirage et que Verbist n’était pas Blanche Neige. Le ministre, rappelant que l’État est partie civile dans le volet pénal de ce dossier, a assuré que l’avocat de l’État "agira de manière très ferme".

"Le groupe Verbist attend un retour à la raison", peut-on lire à la fin de la lettre ouverte de Louis Verbist. À ce jour, elle semble un peu s’être perdue en chemin, quelque part entre Bastogne et Bruxelles.

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