carte blanche

L’après-crise devra valoriser l’autonomie régionale

Président de la Chambre wallonne de commerce et d'industrie

L’épidémie de coronavirus a amené la Belgique à se souder face à cet ennemi en mettant d’une certaine manière de côté les questions d’ego partisan ou institutionnel. On pourrait donc se dire que l’"après" maintiendra cet état d’esprit et d’action en y conformant l’organisation de notre démocratie et de ses composantes.

Ce serait fortement souhaitable car de grands risques existent pour la démocratie et l’existence même de notre pays. De deux manières au moins:

Si l’équipage doit comprendre des personnes dont la raison d’être est de saborder le bateau – pays pour en récupérer ce qu’ils considèrent comme les plus beaux restes, il est impérieux de ne pas l’accepter et d’en confier dès lors la gestion et le pilotage à d’autres, en l’occurrence à d’autres personnes qui, elles, respectent le bâtiment. Et ce a fortiori si les séparatistes ont déjà eu plusieurs années de séjour en ce bateau pour bien le connaître... Pour dépasser la parabole, la Belgique n’a pas besoin de personnes doutant d’elle pour se rendre attractive dans le monde et s’y faire aimer.

Il est donc urgent de sauver la Belgique et, avec elle, la plus-value de la diversité, de la tolérance et du savoir faire dans le renforcement collectif sur base des différences et vers le bien commun.

Dans la précédente séquence des 541 jours dits «sans gouvernement», le syllogisme vicieux suivant circulait dans le monde: la Belgique n’a pas de gouvernement —> or, l’économie belge va mieux —> donc, dit de manière générale, sans gouvernement, l’économie va mieux.

Dans la précédente séquence des 541 jours dits 'sans gouvernement', le syllogisme vicieux suivant circulait: la Belgique n’a pas de gouvernement, or l’économie belge va mieux, donc sans gouvernement, l’économie va mieux.

La base du raisonnement était viciée puisqu’il y avait toujours un gouvernement fédéral en affaires courantes, disposant d’une majorité parlementaire. L’essentiel est néanmoins d’éviter le renouvellement de ce type de raisonnement antidémocratique. Il est donc urgent de préserver et d’oser, en stoppant cette spirale dangereuse.

Sur le plan interne, la construction fédérale belge, dotée d’une pesanteur de plus en plus fédérée, donne aux Régions les moyens, à tout le moins juridiques, mais aussi pour une certaine part financiers, de prendre en mains leur propre développement, ce qui implique émancipation, inclusion, libération, renoncements et priorisations.

Alors que la Flandre sort un accord tripartite «Missie 120.000 jobs», la Wallonie n’a aucun intérêt à attendre. Elle ne l’a d’ailleurs pas fait, notamment dans le soutien urgent aux entreprises ainsi que dans l’active complémentarité avec l’État fédéral face au coronavirus.

Opération de réappropriation

Mais l’après-crise sera aussi le moment de lancer une vaste opération de réappropriation pour que la Wallonie voie plus loin que le court-termisme de législature et inclue chaque partie prenante dans un processus de conquête du futur. Un tel processus de prospective démocratique doit induire et d’une certaine manière, faciliter la conclusion par les acteurs wallons d’un Pacte sociétal portant sur les conditions de leur vivre ensemble et les comportements à prendre par eux pour chacun contribuer au mieux au développement de la Wallonie et améliorer son attractivité et son harmonie. L’opération décidée et lancée par le gouvernement wallon, Get up Wallonia!, va clairement dans ce sens et répond à une bonne partie des attentes.

La Wallonie a ainsi commencé à rassembler ses forces vives (entreprises, opérateurs de la recherche, universités et hautes écoles, opérateurs d’éducation, services publics, société civile...). À ce titre, on ne peut qu’espérer que les organisations syndicales passent du statut de chaînon malheureusement manquant à celui de contributeur actif et prospectif, élément essentiel à l’harmonie sociale et donc à l’attractivité de la Wallonie.

En termes d’autonomie régionale, n’oublions pas non plus la possibilité laissée par la Constitution de renforcer les compétences régionales sans dépendre du niveau fédéral ou de la Région flamande. Il s’agit, conformément à l’article 138, de reprendre des compétences communautaires et de les exercer au niveau de la Région wallonne. Tel devrait être le cas pour tout ce qui concerne la formation, dans la logique des blocs homogènes de compétences. Cette même logique peut être mise en relation avec l’architecture d’une Belgique à quatre Régions.

S’agissant, enfin, des entreprises wallonnes, leur préoccupation est de pouvoir se développer en interaction avec leur Région, dans une relation équilibrée entreprise/collectivité, où chacun apporte et reçoit au plus grand bénéfice de l’attractivité de la Wallonie et de son développement durable et inclusif. Un des principaux rôles de la puissance publique est donc d’être partenaire et émancipatrice.

Philippe Suinen
Président de la CCI Wallonie et de l’Institut Destrée 

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