L'épargne wallonne pour soutenir l'innovation et le digital

Le centre spatial de Liège pourra peut-être profiter de l'épargne des citoyens pour se développer. ©Belgaimage

Dans le cadre de son plan de relance, la Wallonie réfléchit à mobiliser l'épargne des citoyens pour financer une série de projets dans l'innovation et la digitalisation.

Comment soutenir la relance? Alors que cette question turlupine le niveau fédéral sans qu’une réponse pointe le bout de son nez, la Région wallonne dispose aujourd’hui d’une série d’options pour soutenir les différents secteurs touchés par la crise. À côté du plan Get up Wallonia dont les premières mesures ne sont cependant pas attendues avant 2021, le gouvernement wallon PS-MR-Ecolo a mobilisé 380 millions sur le budget 2020. Cette première enveloppe doit cibler rapidement une série de mesures auprès de secteurs ou d’entreprises via des aides à la recherche ou à l’investissement, ou par des programmes destinés à soutenir la digitalisation auprès des entreprises.

"Ces pistes ne poursuivent pas un but purement financier au vu des taux d’intérêt extrêmement bas sur le marché mais visent à donner du sens à la finance pour les citoyens qui souhaitent investir de façon solidaire au redressement de la Wallonie."

Pour décupler les effets de ce plan de 380 millions, ou ceux de Get Up Wallonia, la Région pourrait appeler les citoyens à participer au programme de relance en les invitant à mobiliser leur épargne.  

Différentes options sont à l’analyse: retail bond, combobonds, fonds d’investissement ou crowdlending. "Ces pistes ne poursuivent pas un but purement financier au vu des taux d’intérêt extrêmement bas sur le marché mais visent à donner du sens à la finance pour les citoyens qui souhaitent investir de façon solidaire au redressement de la Wallonie", précise le cabinet du ministre du Budget Jean-Luc Crucke (MR).

4 pistes à l’examen

La piste la plus classique consiste à lancer un emprunt public (retail bond) via l’émission de titres de la dette publique wallonne à l’attention des ménages. Elle permettrait de lever entre 100 et 150 millions grâce à un rendement brut supérieur à celui offert par les comptes épargnes. Pour les spécialistes, ce type d’opération doit "permettre au citoyen d’être acteur de l’opération en contribuant à la réalisation de projets précis". Mais vu son coût pour le pouvoir public, l’argent servirait à soutenir des projets précis gérés par la Région et impactés par la crise.

Une variante à l’emprunt public est le combobonds. Il pourrait mobiliser 130 millions. "Il s’agit d’une version citoyenne des green/social/sustainable bonds." Ici, l’émetteur garantit l’utilisation du capital pour une liste de projets spécifiques. L’originalité vient du taux d’intérêt qui est mixte avec une partie fixe comme dans chaque emprunt obligataire classique, et une partie variable qui pourrait être influencée à la hausse par la réalisation d’indices socio-économiques durables comme l’augmentation de l’emploi ou du revenu moyen par habitant. "Chaque citoyen pourrait donc agir à son niveau pour espérer augmenter son rendement en soutenant des commerces wallons, isolation des maisons, mobilité douce…"

La troisième piste est le lancement d’un fonds d’investissement "Covid-19" en cogestion avec du privé.

Enfin, le gouvernement examine une quatrième voie: un crowdlending, variante du crowdfunding. Ici, un porteur de projet soumet sa demande de financement à un large public via une plateforme de crowdlending. "En échange de ce financement, les prêteurs seront remboursés et rémunérés grâce aux versements d’intérêts." Ce levier permettrait de "soutenir des projets locaux ou des projets spécifiques liés à la politique régionale".

Un besoin de 200 millions dans l’innovation et le digital

En annexe à cette boîte à outils, le gouvernement a déjà pointé à titre provisoire une série de chantiers à financer. Via un retail bonds ou de combo bonds, le gouvernement chercherait par exemple à financer de grands projets dédiés à l’innovation et au digital sur la période 2021-2024. On évoque un besoin de 200 millions sur la période. On pointe un projet de construction d’un bâtiment pour recevoir les équipements mis au point dans le cadre du projet des pôles de compétitivité "Reverse Metallurgy". Un budget d’environ 3 millions est ainsi recherché. Différents projets européens (dans la microélectronique, les batteries, les véhicules connectés…) sont également cités pour un budget global de 25 millions. Le financement du télescope Einstein est aussi inclus dans la liste tout comme le développement du centre spatial de Liège. À niveau digital, il s’agirait d’accompagner les entreprises dans la transformation numérique de leurs processus de fabrication en finançant des projets au sein des PME pour 25 millions. Le renforcement de la formation au codage via BeCode est aussi à l’examen.

Pour autant que le fédéral marque son accord, la Wallonie réfléchit aussi à accorder des incitants fiscaux dans le secteur du logement afin de pousser les promoteurs immobiliers à construire des logements qui seront ensuite placés en gestion sociale via les agences immobilières sociales.

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