L'exécutif wallon veut la paix dans l'éolien

©BELGA

Le gouvernement wallon annonce 15 mesures pour apaiser le secteur de l’éolien, en clarifiant les normes et en renforçant l’acceptabilité de la filière éolienne auprès des riverains et des pouvoirs publics.

Le gouvernement wallon a adopté ce jeudi, sur proposition des ministres Crucke (MR) et Di Antonio (cdH), un paquet de 15 mesures, baptisé 'pax eolienica', pour soutenir le développement de l’éolien. Des mesures qu’il compte traduire en textes concrets dans les trois mois.

"Pour 2020, vu le nombre de projets autorisés et en construction, il n’y aura pas de problème."
Jean-Luc Crucke
ministre wallon de l’Energie

C’est que le temps presse si la Wallonie veut atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés pour rester dans les clous européens. En 2017, 37 éoliennes ont été installées, pour un total de 86 MW, davantage que les années précédentes, portant la capacité wallonne à 835 MW. Mais pour atteindre les 1.150 MW visés en 2020 et les 1.950 MW prévus en 2030, il faudra mettre en service près de 100 MW chaque année. "Pour 2020, vu le nombre de projets autorisés et en construction, il n’y aura pas de problème, affirme le ministre de l’énergie Jean-Luc Crucke. Mais quand on sait qu’un projet sur dix seulement aboutit, il fallait agir en vue de 2030. Ce taux de mortalité est beaucoup trop important, et le consommateur le paie: le soutien pourra diminuer quand le cadre sera simplifié".

Le gouvernement wallon prévoit notamment d’adopter un nouvel arrêté sur les conditions sectorielles pour les parcs éoliens – le précédent a été annulé par le Conseil d’État –, de faciliter la prolongation des parcs existants ou d’alléger les contraintes concernant l’implantation d’éoliennes à proximité des zones militaires.

Fonds biodiversité

Il va aussi créer un fonds biodiversité, qui sera alimenté par les compensations environnementales versées par les promoteurs éoliens, des compensations qui devront répondre à une grille d’analyse rédigée par le département de la nature et des forêts. "Aujourd’hui, c’est le fonctionnaire local qui fixe ces compensations, ce qui entraîne des discussions, explique le ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire Carlo Di Antonio. Avoir des critères clairs et objectivés harmonisera ces compensations, et évitera surtout les contestations devant le Conseil d’État."

"Nous voulons créer un green deal pour permettre un meilleur dialogue avec les riverains et les communes."
Carlo Di Antonio
ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire

"Autres mesures importantes: permettre le déploiement de lignes directes entre les éoliennes et les entreprises installées dans les zones d’activités économiques, ou s’assurer que la règle qui prévoit depuis le 1er juin 2017 que les éoliennes sont admises sans dérogation dans ces zonings soit appliquée, même s’il y a par exemple une conciergerie à proximité", pointe Jean-Luc Crucke.

Pour faciliter l’acceptation par les riverains et les communes, le gouvernement va aussi encourager la participation des citoyens au travers de coopératives ou de projets communaux.

Une participation dont les intercommunales de distribution d’énergie seront par contre exclues, prévoit le décret GRD actuellement soumis au parlement wallon. "Nous voulons créer un green deal, avec un engagement de l’ensemble des promoteurs éoliens pour permettre un meilleur dialogue avec les riverains et les communes", souligne Carlo Di Antonio.

835 MW
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La capacité wallonne dans l'éolien est aujourd'hui à 835 MW. Mais il faudra atteindre 1.950 MW d'ici 2030.

La réaction du secteur est globalement favorable. "Le gouvernement a identifié les principales contraintes du secteur, réagit Fawaz al Bitar, conseiller chez Edora, la fédération des entreprises actives dans les énergies renouvelables. Nous avons par contre des questions sur la sécurité juridique. Nous ne sommes pas certains que le gouvernement va arriver à temps avec le nouvel arrêté sur les conditions sectorielles. Il ne répond pas aux attaques judiciaires sur le CoDT. Et même si cela demande une discussion avec le Fédéral, nous aurions aimé qu’il prévoie l’imposition d’un délai de rigueur au Conseil d’État dans les recours en annulation pour les travaux d’intérêt public, ce qui n’est pas le cas."

L’ASBL Vent de Raison, à l’origine de nombreux recours contre des projets éoliens, ne voit elle rien de positif dans ces mesures. "Ce n’est pas une ‘pax’. Le gouvernement se contente de faire plaisir aux opérateurs, sans remettre en cause le programme de développement éolien et contrôler son impact sur la réduction du CO2 et sur notre indépendance énergétique", réagit Patrice d’Oultremont, président de Vent de Raison.

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