L'idée de la FGTB face au défi du vieillissement

Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB ©TDBO

Thierry Bodson, le patron de la FGTB wallonne, suggère au gouvernement MR-cdH de créer un pôle "social". L’objectif de ce 7e pôle de compétitivité est de répondre aux enjeux du vieillissement et d’en capter les retombées économiques. Il estime également que la Wallonie doit se doter d’un Bureau du plan. "Il n’y a pas assez d’anticipation dans la politique économique de la Wallonie." Constatant une certaine distance entre le gouvernement et les syndicats à l’inverse des liens qui existent entre la coalition MR-cdH et l’UWE, Thierry Bodson espère maintenant qu’il sera reçu par le gouvernement.

Thierry Bodson ne désespère pas. À l’inverse des représentants de l’Union wallonne des entreprises (UWE) qui ont leurs entrées dans le saint des saints du gouvernement wallon, le patron de la FGTB wallonne se sent isolé depuis le changement de coalition politique en Wallonie et l’éjection des socialistes au profit des libéraux. "On entend Olivier de Wasseige (le patron de l’UWE) dire qu’il rencontre le gouvernement une à deux fois par semaine. Nous, à la FGTB, nous n’avons jamais été invités à rencontrer le gouvernement. J’ai bien eu un rendez-vous informel avec le ministre de l’Economie Pierre-Yves Jeholet, mais rien d’officiel. C’est complètement déséquilibré."

De là à accuser la nouvelle coalition MR-cdH de rouler sa bosse pour le patronat, il n’y a qu’un pas. "Prenez l’exemple de Vincent Reuter, l’ancien patron de l’UWE. Il travaille au gouvernement au sein du cabinet du ministre-président Willy Borsus et vient d’être désigné par l’UWE comme représentant au comité stratégique de l’UWE. C’est difficile de dire que ce n’est pas un gouvernement des patrons."

"Nous ne pouvons pas passer à côté des enjeux du vieillissement en Wallonie."
Thierry Bodson
FGTB

Sur le fond, même s’il ne l’approuve pas, il comprend que le MR veuille imprimer un virage à droite. "C’est logique et ils sont dans leur rôle mais sur des dossiers comme la fiscalité immobilière, il n’y a pas moyen de faire passer l’idée qu’il est important d’orienter les mesures vers les revenus les plus modestes."

Thierry Bodson n’attend pas pour autant de voir le MR avancer dans des dossiers comme la réduction collective du temps de travail ou une réforme fiscale "plus juste." Il laisse ce combat à la gauche. La FGTB devrait d’ailleurs prochainement remettre au PS, à Ecolo et au PTB des propositions sur lesquelles le syndicat attend des trois partis qu’ils se positionnent en vue des élections. "Pour les travailleurs, il est clair que si c’est possible arithmétiquement, les trois partis doivent tenter de faire un gouvernement ensemble."

Deux propositions et une demande de rendez-vous

D’ici la campagne et son souhait de voir les gauches s’unir en Wallonie, Thierry Bodson joue la carte du pragmatisme. à l’image des 20 mesures remises par l’UWE au gouvernement wallon il y a quelques semaines et sur lesquelles le syndicaliste ne trouve quasiment rien à redire, Thierry Bodson avance deux propositions concrètes qui peuvent facilement se mettre en place avec l’actuelle coalition.

La première proposition consiste à lancer en Wallonie un septième pôle de compétitivité nommé "pôle social". Contrairement à son nom, la finalité du pôle n’est pas de s’occuper des métiers liés à la politique sociale mais de tous ceux liés aux enjeux et aux défis du vieillissement. "Il y a une opportunité économique importante. Nous ne pouvons pas passer à côté de cela en Wallonie. Avec l’arrivée de l’assurance-autonomie, le vieillissement et la durée des hospitalisations qui est de plus en plus courte, des milliers de métiers vont être impactés et vont se créer. Je pense à la télévigilance, à la domotique. Il y aura forcément une évolution afin de permettre aux personnes âgées de rester plus longtemps chez elles. Ces enjeux vont également toucher le secteur du bâtiment et des infrastructures, celui de l’alimentation collective et de l’industrie du loisir et des vacances pour les personnes âgées. Les métiers de l’aide familiale vont aussi devoir s’adapter et peut-être évoluer vers l’administration de médicaments. Cela nécessite des formations et une évolution du cursus scolaire. Ces enjeux sont des opportunités économiques que la Wallonie doit saisir."

L’autre mesure réclamée consiste à mettre en place un Bureau du plan en Wallonie. "Il n’y a pas assez d’anticipation dans la politique économique de la Wallonie. L’idée n’est pas de créer un nouveau bidule lourd et coûteux mais de mettre sur pied une cellule qui puisse anticiper les changements et préparer l’avenir en Wallonie."

Pour justifier son approche, il prend le cas de l’entreprise Ogeda rachetée par un acteur japonais. "C’est incroyable. Nous avons en Wallonie une entreprise qui fait un médicament qui va pouvoir aider toutes les femmes et il n’y a pas moyen d’avoir un mécanisme, ni une réflexion, pour tenter de garder cette entreprise chez nous!" Un autre exemple touche les milliers de travailleurs de plus de 55 ans qui vont partir à la retraite. "Il faut faire un cadastre et anticiper leur départ. Aujourd’hui, il n’y a personne pour les remplacer."

Cette cellule d’anticipation doit inclure, selon lui, les responsables des outils économiques, ceux du Forem et de la DGO6 et de l’Awex.

Il lui reste maintenant à attendre le carton d’invitation du gouvernement…

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés