La 5G risque de semer la zizanie en Wallonie

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En attendant de trouver un accord politique sur le déploiement complet de la 5G sur son territoire, la Wallonie va tenter une version light dans certaines zones.

On l’écrivait dans le journal ce mardi. En échange de 1,5 milliard d’euros que l’Europe va octroyer à la Wallonie dans le cadre de son plan de relance, le gouvernement wallon s’est engagé à mener à bien une série de réformes structurelles dont le déploiement de la 5G dans le sud du pays. L’arrivée de cette technologie, soulignait le ministre-président Elio Di Rupo (PS) lundi, doit se faire "à travers une adaptation du cadre législatif au plus tard au 3e quadrimestre 2022". Le but est évidemment de permettre aux opérateurs de déployer la technologique grâce à une modification des normes d’émission des ondes.

Ne pas céder aux sirènes européennes

Attention cependant. Le développement de la 5G en Wallonie ne sera pas un long fleuve tranquille. À l’inverse de la Flandre qui vient d’adopter de nouvelles normes afin d’accélérer le déploiement, la Wallonie n’entend pas si facilement céder aux exigences de l’Europe qui presse pourtant le gouvernement d'avancer sur ce dossier. "La santé des Wallons n’est pas à vendre et nous n’accepterons aucun chantage économique sans garantie de sécurité sur la santé de nos citoyens", a rappelé Céline Tellier (Ecolo), la ministre en charge de l’Environnement, au parlement ce mardi. La ministre n’a ainsi pas caché son étonnement face à l’insistance européenne "avec une approche que je trouve très questionnable dès lors qu’ils demandaient un engagement ferme à une adaptation des normes, qui sont pourtant des normes de protection de la santé et de l’environnement, basées sur le principe de précaution mentionné dans l’article 191 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne".

"La santé des Wallons n’est pas à vendre et nous n’accepterons aucun chantage économique sans garantie de sécurité sur la santé de nos citoyens."
Céline Tellier (Ecolo)
Ministre de l'Environnement

Le dossier est évidemment délicat au point de devenir un sujet sensible au sein du gouvernement wallon entre pro et anti-5G. "Si on ne modifie pas le décret, on ne pourra pas mettre en place la 5G car elle ne portera que sur 2 à 5 m du pylone. On ne va pas faire la fine bouche et prendre le risque de blacklister la Wallonie. Il y a une opposition d'Ecolo qui estime que la 5G va rôtir les Wallons et pas les Flamands. C'est particulier", analyse un acteur dans le cercle gouvernemental.

Le problème, c’est que même entre experts de tous bords mandatés par le gouvernement afin d’évaluer le déploiement sur les plans environnemental, de la santé, de l’efficacité économique, de la sécurité des données et du respect de la vie privée, le sujet est loin de faire consensus. "Les 30 recommandations rédigées à l’intention du gouvernement ont été approuvées par deux tiers des membres du groupe d’experts", explique sur son blog Philippe Destatte, qui a présidé ce groupe. Un proche du dossier conclut de la sorte: "Les activistes contre sont restés contre et les activistes pour sont toujours pour!"

"On ne va pas faire la fine bouche et prendre le risque de blacklister la Wallonie. Il y a une opposition d'Ecolo qui estime que la 5G va rôtir les Wallons et pas les Flamands."
Un acteur du dossier préférant rester anonyme

La suite? Eh bien, le gouvernement marche sur des œufs. Il a promis de se positionner sur la base des recommandations des experts. Un nouveau groupe d’experts sera aussi chargé de se saisir de la question des normes. Le ministre de l’Economie Willy Borsus (MR) résume la situation de cette manière : "Mon objectif est d’avancer de manière transparente, concrète et phasée dans la mise en œuvre des expériences pilotes (POC) mais aussi de soutenir le processus de révision des normes actuelles."

"Mon objectif est de soutenir le processus de révision des normes actuelles."
Willy Borsus (MR)
Ministre de l'Economie

Ces expériences pilotes seront possibles moyennant une modification technique permettant de mettre en œuvre une 5G light dans certaines zones d’activités économiques, les aéroports et auprès de grandes entreprises et PME. Reste à savoir si Ecolo acceptera le principe de ces tests. "La 5G va peut-être produire des effets indésirables mais aussi donner des opportunités de business à énormément de gens", conclut un proche du gouvernement.

15
mILLIONS
Dans le cadre du plan de relance européen, la Wallonie va mobiliser 15 millions d'euros afin de financer des zones de test de la 5G autour des aéroports et des entreprises.

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