La Caisse wallonne a déjà perdu 8 millions en cinq ans

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Avec une perte de 1 million en 2014 et de 8 millions depuis 5 ans, la Caisse risque de perdre la moitié de son capital d’ici la fin 2015.

Nouvelles pertes en vue pour la Caisse d’investissement de Wallonie. Après un exercice 2013 dans le vert avec un léger boni de 50.000 euros, les comptes 2014 de la Caisse wallonne plongent à nouveau dans le rouge. Lors de l’assemblée du 5 mai prochain, la Région wallonne, actionnaire de l’outil financier depuis sa création en 2009, ainsi que les 12.500 investisseurs privés qui ont souscrit à la levée de fonds de 80 millions à l’époque, sont invités à voter en faveur d’un report de 1,168 million d’euros de pertes en 2014.

Pour Sébastien Durieux, le président du comité de direction de la Caisse, cette perte se justifie par plusieurs réductions de valeurs au niveau des prêts qui ont été accordés aux PME. "Nous estimons que certains prêts ne seront pas recouverts. Nous devons donc réduire notre créance pour un million d’euros. Sans quoi, nous serions à l’équilibre", assure-t-il. D’après lui, ces réductions sont liées à la nature des crédits accordés aux entreprises. "Nous prenons plus de risques que les banques en ce qui concerne les prêts aux PME. Cette perte n’est donc pas une surprise. Elle n’est d’ailleurs pas non plus une certitude."

Ligne rouge fin 2015

À écouter le patron de la Caisse wallonne, rien de vraiment dramatique. Il n’est d’ailleurs plus question de nouvelles tuiles financières liées à des investissements hasardeux dans de la dette grecque qui se sont soldés par une perte de 3,5 millions d’euros il y a quelques années. Cela dit, depuis sa création en 2009, la Caisse reste sur un résultat négatif avec une perte de 8 millions d’euros en 5 ans. "J’espère que les mauvaises années sont derrières nous". À voir…

10 millions €
Avec une perte de 1 million en 2014, la Caisse d’investissement de Wallonie a déjà perdu 8 millions depuis 2009. Fin de l’année, elle pourrait avoir grignoté la moitié de son capital, soit 10 millions d’euros.

La situation risque d’être particulièrement délicate à la fin de cette année. Dotée d’un capital de 20 millions d’euros via un apport de la Région wallonne, la Caisse pourrait en avoir grignoté la moitié à la fin 2015, soit 10 millions d’euros. "Il est vrai que nous avons 8 millions d’euros de pertes reportées et il est effectivement possible que nous ayons consommé la moitié de notre capital d’ici l’année prochaine", reconnaît Sébastien Durieux. Cette ligne rouge franchie obligerait de facto la convocation des actionnaires pour une assemblée générale extraordinaire avec à la clé une question cruciale: faut-il poursuivre les activités? Cette étape serait purement formelle. Si la Région Wallonne semble résignée à accepter ces pertes au niveau du capital — certains imaginent une perte de 20 millions d’ici l’échéance des emprunts —, les autorités publiques ne remettent pas en cause les garanties accordées aux obligataires, ni la continuité des activités jusqu’en 2019. Sébastien Durieux est catégorique: pas question d’inquiéter les investisseurs qui se sont laissé séduire en 2009 par des obligations au taux alléchant de 4,6% ainsi que par certains avantages fiscaux permettant de déduire une partie de l’investissement. "La Caisse remboursera ses emprunts. Cela ne fait aucun doute", promet-il.

Les limites d’un modèle

Reste une question latente: la Région wallonne doit-elle conserver cet outil après 2019? Pour répondre à cette question, il faut revenir sur l’objectif premier de la Caisse. Constatant une crainte des particuliers vis-à-vis du modèle bancaire au moment de la crise financière et une frilosité des banques à prêter de l’argent aux PME, l’autorité publique wallonne décida de lancer sa Caisse. L’objectif est d’assurer des prêts aux entreprises via l’apport financier des particuliers. La Région lèvera au final 80 millions d’euros. Si les débuts ont été difficiles, la Caisse a accordé à ce jour 60 millions de prêts à un peu plus de 80 PME.

3 questions à Giuseppe Pagano

Professeur d'économie politique à l'UMons

1) Était-ce une bonne idée de créer une Caisse d’investissement en Wallonie?

Je crois. C’est une façon de dire aux Wallons qu’il faut investir dans une Caisse pour l’expansion économique de la Wallonie. Le problème aujourd’hui est lié au fonctionnement. L’idée de base est bonne. Il y a une épargne importante en Belgique mais on ne parvient pas à la faire glisser des banques vers les entreprises. Ces dernières ont pourtant besoin de capitaux pour créer de l’activité. La Wallonie a un besoin crucial d’activités sur son territoire pour se redresser. Le Plan Marshall par exemple est très positif mais il reste cette incapacité à générer des entreprises dont la taille est suffisamment importante pour créer de l’emploi. Il faut donc trouver les moyens pour capter l’épargne.

2) Vous ne remettez donc pas en question l’avenir de cet outil financier wallon?

Cette Caisse doit certainement être réaménagée. Elle pourrait servir à alimenter financièrement les invests qui ont une meilleure connaissance du terrain et qui sont déjà très actifs auprès des PME. Il est nécessaire de continuer à irriguer ce tissu de PME en fonds propres et pas seulement en prêts. Nos PME manquent de fonds propres. Nous avons en Wallonie un réel problème. Le taux de disparition des PME est trop élevé. Nos PME n’arrivent pas non plus à croître suffisamment.

3) N’y a-t-il pas trop d’outils financiers en Wallonie?

Il n’y a pas trop d’instruments financiers publics. J’en compte deux, la Sowalfin et la SRIW. Par contre, il y a beaucoup trop d’opérateurs non financiers comme les intercommunales de développement.

Reste un problème lié à l’architecture du modèle. Ses prêts financiers sont notamment assurés par le revenu des intérêts qu’elle retire dans le placement de l’épargne publique. De l’autre côté, la Caisse rétribue cette épargne publique à du 4,60% sur 10 ans. "Vu le niveau des taux aujourd’hui, il n’est pas compliqué de comprendre qu’il est difficile d’équilibrer les comptes. Nous y arrivons tout doucement depuis deux ans mais le modèle économique reste très compliqué", admet Sébastien Durieux.

Une réforme est donc inévitable… "Les interventions de la Caisse ont eu un effet positif. Les prêts accordés aux PME ont eu un effet de levier de 155 millions mais le modèle montre ses limites. Le coût de financement est trop important. Il y a eu aussi des contraintes imposées par la Commission européenne au niveau de notre fonctionnement. Pour éviter d’être accusés de pratiquer des aides d’État, nous devons suivre une grille de taux pour les prêts. La gestion est très compliquée pour une masse financière limitée à 100 millions d’euros. Il faut revoir le modèle", estime-il.

Conscient du problème, le ministre de l’Économie Jean-Claude Marcourt (PS) a lancé une réflexion sur l’avenir de la Caisse. Si toutes les pistes sont explorées comme une mobilisation de l’épargne pour financer des investissements publics, le ministre n’écarte pas un abandon pur et simple de l’outil au profit d’une autre formule qui permettrait d’atteindre l’objectif de soutenir l’économie réelle.

Une question se posera alors au moment de l’extinction des feux: que va-t-il se passer pour les prêts accordés aux entreprises qui sont d’une durée allant au-delà de 2019?

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