La dette wallonne plébiscitée par les investisseurs

Le ministre du Budget s'est dit satisfait de la levée historique de la Wallonie. ©Photo News

La Wallonie est parvenue à lever deux milliards sur les marchés il y a une semaine. L'opération a même été sursouscrite jusqu'à 3,7 milliards par les investisseurs. Il s'agit d'un record pour la Région.

Jeudi 28 mai, 11h43. La tension retombe d’un cran dans les bureaux de l’agence wallonne de la dette. Le consortium bancaire Natixis, KBC, LBBW, HSBC et Morgan Stanley mandaté par la Région wallonne vient d’arrêter les conditions définitives des deux emprunts lancés par la Wallonie en début de matinée. Pour l’emprunt à 5 ans, le spread est fixé à +0,40% par rapport à l’Olo belge ; pour le 20 ans, ce sera + 0,55%. En l’espace de trois heures, les 5 banques viennent de lever 2 milliards d’euros sur les marchés. Une émission d’un milliard avec un taux d’intérêt de 0,06% sur 5 ans et un social bond d’un milliard avec un taux d’intérêt de 1,12% sur 20 ans. 

Un record pour la Wallonie

Le pari est gagné. La Wallonie vient de boucler la plus grosse opération financière de son histoire. Un record avec des conditions de marché qui ont permis à la Région d’aller chercher 500 millions de plus sur le 1,5 milliard initialement programmé en début de matinée. "Le livre d’ordre a même été jusqu’à 3,7 milliards", sourit un des conseillers financiers de Jean-Luc Crucke (MR), le ministre du Budget. Cette sursouscription a d’ailleurs permis à la Wallonie de resserrer les conditions en diminuant de 0,05% le spread sur l’emprunt de 5 ans. "Sur un milliard, cela représente 5 millions d’économie par an", pointe un des experts de la Région.

3,7 milliards
de sursouscription
La Wallonie souhaitait lever 1,5 milliard. Elle a finalement emprunter 2 milliards. Les investisseurs en voulaient eux pour 3,7 milliards.

Rien n'était pourtant programmé il y a encore deux mois. "Mais la crise du Covid-19 a augmenté les besoins d’emprunt avec des dépenses en hausse de 900 millions et des recettes en chute de 600 millions." Si bien que ce n’est plus 2,3 milliards mais 4 milliards que la Wallonie devait emprunter en 2020. Une tuile qu’il faut gérer. Heureusement, le calendrier des amortissements de la Wallonie offrait une fenêtre de tir. "Nous avions de la place en 2025 pour intégrer une échéance de 1 milliard. On s’oblige à ne pas dépasser ce montant d’amortissement sur une année. Deux milliards à amortir la même année, ce n’est pas possible pour la Wallonie."

170 investisseurs dont un Coréen

Une opération d’envergure est donc décidée en mars. Elle se met rapidement en place. Elle rassemblera au final 170 investisseurs dont un de Corée du sud. C’est une réussite qui est vraisemblablement le fruit d'un long  travail. "Il y a eu un travail de marketing avec des road-shows tout au long de l’année. On doit vendre la Wallonie. On rencontre des fonds souverains, des banques centrales, des fonds de pension, des assureurs. On leur vend des chiffres budgétaires, on leur présente la stratégie de la Région comme celle du budget base zéro. Faire des émissions de grosse taille, c’est un vrai challenge. Il y a d’ailleurs des gros assureurs français chez qui nous devons encore un peu nous présenter", explique un des émissaires.

Ce n’est finalement qu’une semaine avant l’opération que tout s'accélère. Le choix des banques est confirmé avec par exemple la désignation de l’Allemand LBBW dans le consortium. "Il y a un investisseur allemand que nous voulions avoir sur le 20 ans. Le choix de la banque a donc été important". Le résultat est d'ailleurs frappant avec par exemple 57% de l’emprunt à 20 ans qui est aujourd’hui détenu par des investisseurs allemands, suisses et autrichiens.   

Coup de pouce

Par chance, l’opération a aussi bénéficié d’un petit coup de pouce de la France qui a joué les éclaireurs sur le marché. "C’est vrai qu’on a eu de la chance d’avoir la France qui a sorti avant nous le premier 20 ans sur le marché après l’arrivée de la crise du Covid-19. Cette opération française a montré que les investisseurs étaient de retour. C’était un signal positif pour notre opération." 

"On reste par contre plus prudent avec les hedge funds car on redoute les mouvements spéculatifs. Un hedge fund en voulait pour 400 millions. Au final, il en a reçu pour 40 millions."

Le 27 à 14h16, les investisseurs sont avertis que la Wallonie arrive sur le marché le lendemain. Le 28 à 9h08, l'opération est lancée. Trois heures plus tard, la Wallonie ramassera 2 milliards. Il reste à finaliser l'allocation. Ici, le profil des acheteurs est minutieusement étudié. "Un fonds danois spécialisé dans le social bond a reçu 100% de sa demande. On reste par contre plus prudent avec les hedge funds car on redoute les mouvements spéculatifs. Un hedge fund en voulait pour 400 millions. Au final, il en a reçu pour 40 millions."

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