La Fédération Wallonie- Bruxelles veut canaliser la pression publicitaire

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles - ici, le ministre-président Pierre-Yves Jeholet (MR) et la ministre des médias Bénédicte Linard (Ecolo) - veut limiter l'impact de la pub sur les médias audiovisuels. ©BELGA

Le gouvernement wallon a approuvé un avant-projet de décret sur les Services Médias Audiovisuels. Les nouvelles dispositions en matière publicitaire seront plus sévères.

Hasard ou non du calendrier, deux jours après le " deal " faisant rentrer RTL Belgium dans son giron en échange de subsides publics octroyés en raison de la crise du coronavirus au nom du maintien du pluralisme, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) a pris jeudi deux mesures phares. D’une part, l’adoption en première lecture de l’avant-projet de décret transposant trois directives européennes dont celle sur les Services Médias Audiovisuels (SMA). D’autre part, des mesures réduisant la publicité à la RTBF.

Une des dispositions phares du futur décret concerne les critères de rattachement des services médias audiovisuels. C’est le lieu où se prennent concrètement les décisions éditoriales qui déterminent à quel pays un tel service est rattaché. Pour justifier son statut luxembourgeois, RTL avait toujours plaidé que ces décisions étaient prises à Luxembourg. Mais le futur décret stipule, entre autres – on schématise -, qu’est réputé être établi en Fédération Wallonie-Bruxelles l’éditeur de services qui y a son siège social (c’est le cas de RTL), qui y prend les décisions éditoriales relatives à ses services et dont une partie importante des effectifs employés y opère. Bref, grand troc ou pas, RTL serait sans doute rentrée tôt ou tard dans son périmètre ainsi que sous l’autorité du CSA.

Les plateformes à contribution

Autre nouveauté majeure : les plateformes de partage de vidéos, comme YouTube, seront dorénavant régulées en FWB. Elles devront respecter ses règles en matière de protection des mineurs et du grand public notamment vis-à-vis des contenus incitant à la haine, à la violence et au terrorisme

Netflix, Amazon Prime, Disney+ et consorts devront contribuer au financement de la production audiovisuelle en Fédération Wallonie- Bruxelles

Le texte étend aussi l’obligation de contribution à la production audiovisuelle aux opérateurs étrangers (linéaires ou non) qui ciblent le territoire belge francophone comme Netflix, Amazon Prime, Disney+ ou TF1 (via ses décrochages pub), soit maximum 2,2% d’un chiffre d’affaires de plus de 20 millions d’euros. Par ailleurs, les services télévisuels non linéaires devront dans les cinq ans  proposer 40% d’œuvres européennes, contre 30% auparavant. Après quoi, le gouvernement pourra fixer des proportions supérieures.

Et puis surtout, le décret canalise la pression publicitaire. Très libéral en la matière, le texte initial de la directive offre plus de flexibilité aux chaînes de télé en calculant le plafond maximum de 20 % de publicités non plus par heure, comme actuellement, mais par tranche horaire, ce qui leur permet de concentrer plus de pub lors des pics d’audience. Le gouvernement a, au contraire, décidé de ne rien changer à la réglementation actuelle.

Moins de pub à la RTBF

Dans le même ordre d’idée, et conformément à ce qui est prévu dans la déclaration de politique communautaire, le gouvernement s’est attaqué au problème de la pression publicitaire sur la RTBF. Dès la rentrée, la matinale de La Première radio (6h-8h) sera amputée de la moitié de ses espaces pub, soit un manque à gagner estimé par la RTBF à 400.000 euros en 2020. A partir de l’été 2021, cette tranche sera vierge de pub, soit une perte de 2,8 millions par an. Selon l’Inspection des finances, citée par la RTBF, cette décision affectera le budget global de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

2,8
millions d'euros
Selon la RTBF, la suppression totale de la pub dans la tranche matinale de La Première d'ici un an entraînera une perte de recettes de 2,8 millions par an.

Une évaluation sera faite fin 2021 tandis que d'autres interdictions sont envisagées (alcools, médicaments, jeux et paris) dans le cadre du prochain contrat de gestion. Tout ceci irrite fortement le boulevard Reyers puisque ses recettes pub sont en net recul en raison de la crise (15 à 20 millions perdus) et de l’aide apportée à RTL par le gouvernement. On notera cependant que l'actuel contrat de gestion a anticipé ces mesures puisqu’il prévoyait une hausse de 1,25% de sa dotation en 2019 et en 2020, notamment pour compenser ces restrictions.  

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