La fermeture de Tihange, défi majeur pour Huy et l’emploi liégeois

Le budget de la ville de Huy dépend pour un quart de la manne nucléaire. ©Photo News

La fermeture de la centrale nucléaire de Tihange va coûter des millions d'euros à la ville Huy et menace des milliers d'emplois en province de Liège.

Huy, son mur, et sa centrale nucléaire. En bord de Meuse, la vie s’apparente à un long fleuve tranquille depuis des décennies et la ville vit au son des recettes fiscales perçues sur l’exploitant des trois réacteurs nucléaires d’Engie-Electrabel.

À la grosse louche, chaque tour de la centrale représente une rentrée annuelle de 4 millions d’euros pour les finances communales. L’énergéticien est également un gros pourvoyeur d’emplois auprès des sous-traitants directs et indirects de la région. C’est dire la place qu’il prend!

12 à 13
millions d'euros
Selon le bourgmestre empêché de Huy, Christophe Collignon, "le budget communal tourne autour de 47-48 millions d’euros, dont 12 à 13 millions viennent de la manne nucléaire".

Un quart du budget communal

Pourtant, depuis quelques années, en fait depuis 2003 si on se réfère à la loi de sortie du nucléaire en Belgique, la ville et les sous-traitants d’Electrabel se savent en sursis. Un jour viendra où la centrale de Tihange fermera ses portes. "C’est clairement une source d’inquiétude", reconnaît le socialiste Christophe Collignon, bourgmestre empêché de la ville de Huy et ministre des Pouvoirs locaux. "Aujourd’hui, le budget communal tourne autour de 47-48 millions d’euros, dont 12 à 13 millions viennent de la manne nucléaire. Sans parler de l’emploi lié à la centrale."

Cette rentrée fiscale, issue de la taxe sur la force motrice, du revenu cadastral ou de la paix fiscale signée avec Electrabel jusqu’en décembre 2023, en échange d’un chèque annuel de 3 millions, a forcément permis à la ville de mener à bien de nombreux projets.

Mais voilà, la fin est proche et l’accord politique de la Vivaldi au Fédéral a confirmé une sortie du nucléaire en 2025, même si un calendrier de sortie est réaménageable pour un des trois réacteurs de Tihange en cas d’impact sur la sécurité d’approvisionnement en électricité du pays.

5.500 emplois liés à Tihange

Face à cette échéance, Huy se constitue depuis quelques années un bas de laine pour affronter la fermeture. La cassette de 15 millions d'euros doit aider son bourgmestre à redessiner un master plan et lancer la reconversion de la ville et de l’emploi.

"On note toutefois une aggravation plus forte sur Liège à mesure que la perte de cash-flow augmente."
Etude de la SPI

Une task force composée d’outils économiques liégeois comme la SPI (agence de développement économique pour la province de Liège) ou le GRE-Liège (groupement d'opérateurs privés et publics) vient, elle, de terminer une étude qui a notamment passé au crible le cash-flow des 31 sous-traitants de Tihange basés en province de Liège. Objectif: exprimer en équivalents temps-plein le nombre d'emplois menacés par la perte de 5, 10, 20, 25, 33 ou 50% de cash-flow.

"On constate que ce sont dans les arrondissements de Liège et de Huy que la perte de cash-flow a le plus d’impact, ce qui est logique puisque c’est là que se situe l’essentiel des sous-traitants et de l’emploi. On note toutefois une aggravation plus forte sur Liège à mesure que la perte de cash-flow augmente, ce qui pourrait indiquer une plus grande sensibilité de celle-ci à la réduction des activités induite par la fermeture de la centrale. Bien entendu, c’est à relativiser en fonction de leur dépendance à ce client", conclut l’analyse de la SPI.

Cette fragilité se prédit également au niveau de l’emploi dans les entreprises liégeoises avec 1.581 emplois liés aux 31 entreprises sous-traitantes directes de Tihange, et 4.024 emplois liés à des sous-traitants indirects, tous basées en province de Liège. "L’arrondissement de Huy serait ici celui qui génère le plus d’emplois indirects et, ceci, avec un nombre quasi équivalent de sous-traitants avec l’arrondissement de Liège."

"Nous avons des pistes pour nous réorienter. Nous voulons donner une vocation touristique à la ville. Le patrimoine est quelque chose qui ne se délocalise pas."
Christophe Collignon (PS)
Bourgmestre empêché de la ville de Huy

Reconversion touristique et appel à l'aide

Pour le bourgmestre empêché Christophe Collignon, les conclusions de cette étude sont importantes: "L’étude met en avant le problème pour la ville de Huy mais elle montre que l’impact va bien au-delà de Huy et concerne toute une sous-région. La ville de Huy ne pourra pas s’en sortir seule. Elle va avoir besoin d’aides de la Région. Il faudra associer toutes les forces possibles pour remplacer un gros pourvoyeur d’emplois dans une sous-région. Le ministre de l’Économie Willy Borsus a déjà marqué son accord pour créer une cellule à l’image de la cellule Catch installée au lendemain de la fermeture de Caterpillar à Charleroi. Cette cellule accompagnera cette fermeture et créera les conditions pour l’arrivée d’un nouveau tissu économique."

"Il faudra adapter notre train de vie et réduire notre voilure."
Christophe Collignon

En attendant les premières recommandations de la cellule, Huy n’est pas restée les bras ballants. "Nous avons des pistes pour nous réorienter. Nous voulons donner une vocation touristique à la ville. Le patrimoine est quelque chose qui ne se délocalise pas.  Nous voulons aussi créer un tissu entrepreneurial et misons sur la silver economy grâce à notre hôpital et nos maisons de repos", explique ainsi Christophe Collignon.

"Évidemment, cela ne va pas compenser les pertes et il faudra adapter notre train de vie et réduire notre voilure. Il faut être honnête, on n’intègre pas une chute de recettes de cette ampleur sans intégrer des pistes", ajoute-t-il. Et des mesures d'économies sont déjà définies. "À la Ville, on a par exemple décidé de ne plus remplacer les personnes qui partent à la pension. Il y a aussi un projet de cité administrative qui doit permettre des économies d’énergie en regroupant les services communaux. On arrête aussi de tout financer sur fonds propres en faisant appel aux subsides. Mais il est impossible que Huy s’en sorte toute seule", déplore Christophe Collignon.

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