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La formation, pierre angulaire du renouveau de Charleroi

Parmi les nombreux chantiers emblématiques de Charleroi, le futur centre universitaire Zénobe Gramme et ses 20.000 étudiants. ©Kristof Vadino

À mi-mandat, l'exécutif autour de Paul Magnette (PS) continue sur sa lancée entamée depuis 2007 avec la métamorphose de la métropole carolo. À l'avenir, Charleroi mise sur la formation pour faire revenir les jeunes dans ses quartiers.

Le chantier d’une vie. Lancée sous l’ère de Jean-Jacques Viseur, alors bourgmestre cdH en 2007 après les "affaires" qui ont plongé le PS carolo dans la tourmente politico-judiciaire, la reconstruction de la métropole carolorégienne reste au cœur des différentes mandatures depuis l'arrivée du socialiste Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi depuis 2012. Et forcément, vu l'ampleur des chantiers, un brin de patience est plus que nécessaire!

Corriger un handicap

Après le centre commercial Rive gauche, devenu d’une certaine manière le porte-étendard de tout ce renouveau carolo, les autorités communales empilent les projets et suivent les lignes directrices tracées par la cellule Catch au lendemain de la fermeture du site de Caterpillar. De ce vaste chantier qui met la ville sans dessus-dessous, un axe joue les ensembliers, c’est celui de la formation. "Charleroi ne pourra se redresser qu’en investissant dans la formation, et en permettant aux jeunes à aller chercher un emploi. Cette vision fait consensus dans toutes les familles politiques", résume le cabinet du bourgmestre Paul Magnette.

"Charleroi ne pourra se redresser qu’en investissant dans la formation, et en permettant aux jeunes à aller chercher un emploi."
Cabinet du Bourgmestre

Les projets sont nombreux. On pourrait citer le redéploiement de la porte ouest où la Défense installera son quartier du futur axé sur la formation des nouvelles recrues. À une encablure de là, c’est le quartier de la gare qui va renaître avec la montée en puissance du centre A6K E6K et la création d’un hub consolidé de plusieurs milliers de m² dédié à la technologie et au digital. Le haut de la ville est quant à lui en pleine mutation avec le chantier universitaire et la future Cité des métiers. Plus loin, à la sortie de Charleroi, vers Bruxelles, c’est le biopark de Gosselies qui fourmille de projets avec notamment l’arrivée prochaine d’une biotech school. "Ce sont des projets de très longue haleine et qui dépassent une mandature. Cela implique beaucoup de complexité sur le plan des infrastructures et de la coordination. Mais cette mandature est celle de la concrétisation avec certains projets qui vont se finaliser", estime le cabinet du bourgmestre.

Charleroi ne sera évidemment jamais une ville-campus comme Louvain-la-Neuve, mais le déploiement de l’offre universitaire et de la formation professionnelle pourraient bouleverser positivement les équilibres d’une ville qui, en plus des maux classiques comme un chômage important chez les jeunes, souffre de ne pas avoir d’université. "C’est un enjeu essentiel si on ne veut pas perdre les cerveaux qui partent étudier ailleurs et qui ne reviennent pas habiter à Charleroi", martèle-t-on. Le cabinet du bourgmestre prend l'exemple du récent projet de la biotech school sur le plateau du biopark. "Actuellement, il y a peu de carolos qui vont chercher les postes qui se créent dans le biopark. À travers la biotech school, l’objectif est de consolider toute une filière. C’est un défi pour Charleroi d’avoir des gens formés."

20.000 étudiants

Direction le haut de la ville, à quelques encablures de la maison communale. C’est ici, entre la future Cité des métiers et les 18.392 m² du bâtiment Zénobe Gramme que se déploiera le futur pôle des savoirs en 2023. Véritable ville dans la ville avec ses 15 à 20.000 étudiants, le campus participera à la redynamisation du quartier avec ses kots, ses magasins et sa vie nocturne.

115
CHAMBRES
Preuve d'un dynamisme revenu, mais peut-être aussi par l'absence de logements de qualité en nombre suffisant, la société Ikohab a commercialisé 115 chambres dans 11 habitations au centre-ville de Charleroi.

Derrière le projet de CampusUCharleroi, on retrouve principalement des universités comme l’UMons, l’ULB ou l’UCLouvain qui dispensent des cursus notamment dans les sciences de l’ingénieur et qui entendent renforcer leur offre au fil des rentées académiques comme avec dernièrement le lancement d’un bac en informatique. De l’autre côté de la place, la Cité des métiers réunira sous un même toit les compétences de l’université du Travail, de l’école des Aumôniers du Travail et de Wallonie Bruxelles Enseignement à celles des centres de formation du Forem et de l’IFAPME dans le but de créer un centre d’excellence dans la formation, l’orientation et la découverte des métiers de l'industrie et de la construction. "Il y a une véritable volonté politique de donner une griffe à la relance de Charleroi via la formation. Des transitions vont devoir s’opérer dans le marché du travail et des gens vont devoir se former. Réunir ces acteurs sous un même toit augmente l’impact des pouvoirs publics", assure Olivier Marchal, le directeur de la Cité des Métiers.

Au fil de la Sambre

Dans le bas de la ville, de l’autre côté de la Sambre, l’ancien centre du tri postal a laissé place au hub de formation E6K A6K. Le pôle entend répondre aux défis digitaux et à la transformation de l’industrie en consolidant l’offre d’une dizaine d’opérateurs comme Technofutur tic, IFAPME, Becode. "Nous sommes dans une région où le taux de chômage est important alors même que des entreprises comme Alstom recherchent de nombreux travailleurs. L’ambition ici est d’accélérer la remise en l’emploi et faire diminuer le taux de Neet. Après un an et demi de fonctionnement, nous avons formé 1.000 étudiants. À terme, nous devrions former 10.000 personnes par an, notamment grâce aux effets du plan de relance", précise Abd-Samad Habbachi, le directeur d’A6K-E6K.

"Après un an et demi de fonctionnement, nous avons formé 1.000 étudiants. À terme, nous devrions former 10.000 personnes par an, notamment grâce aux effets du plan de relance."
Abd-Samad Habbachi
Directeur d'A6K-E6K

Un peu plus loin, toujours le long de la Sambre, le projet de la Défense et de son quartier du futur tissera des liens avec les différents pôles de formation de la ville. À la Cité des métiers, par exemple, "l’école de l’industrie déploiera une section spéciale autour des véhicules militaires. Nos élèves pourront donc se former pour rejoindre ensuite le quartier du futur", explique Olivier Marchal. A6K sera également mobilisée. "Le quartier militaire sera à 3 kilomètres d’ici. Notre centre de formation sera ainsi mobilisé pour la formation des militaires autour des thématiques du numérique",  constate Abd-Samad Habbachi.

Effet boule de neige

Les autorités de la ville espèrent maintenant que tout ce (re)déploiement aura un effet d’entraînement sur le reste de la métropole. "Il y a un contexte favorable pour rapatrier les jeunes actifs dans le centre-ville. Le rôle des autorités communales est de créer une qualité de vie sur Charleroi qui est comparable à ce qu’on trouve dans les villes attractives."

"Le challenge est de rapatrier la diaspora carolo et attirer de nouveaux ménages à Charleroi. Et avec eux des investisseurs."
Eric Goffart (C+)
Echevin des Travaux publics

La suite? Derrière le pouvoir de la force publique et les centaines de millions d’euros injectés dans tous ces chantiers grâce aux fonds européens (Feder, plan de relance,…) ou aux subsides de la Région wallonne, le pari de la ville est d’arriver à convaincre les investisseurs privés de la pertinence de leur projet. "Le challenge est de rapatrier la diaspora carolo et attirer de nouveaux ménages à Charleroi. Et avec eux des investisseurs", résume l’échevin des Travaux publics Eric Goffart (C+). Pour y parvenir, "un des défis, souligne un observateur, sera de développer une offre de logements de qualité à tous les chercheurs ou expatriés".

Certains investisseurs semblent déjà séduits et parient sur Charleroi. C’est le cas de la société de co-living Ikoab qui possède déjà 11 bâtiments et plus d’une centaine de chambres dans le centre-ville. "Il faut participer à la redynamisation de certains quartiers. Nous sommes arrivés sur Charleroi il y a trois ans et demi. Cela a été très vite un succès. C’est notamment dû au fait que la production de logements de qualités est restreinte. Nous touchons un public jeune (entre 25 et 35 ans) composé d’expatriés qui travaillent chez Alstom ou Thalès, de jeunes universitaires qui reviennent vivre sur Charleroi ou des chercheurs du biopark", explique Amaury Michiels, le directeur d’Ikoab.

Convaincu des atouts de la ville, Ikoab s’apprête à lancer un immense chantier. En partenariat avec l’entreprise de BTP Koekelberg, les deux investisseurs vont réhabiliter l'ancien hôtel des chemins de fer. Situé à quelques mètres du centre-ville et à proximité d’A6K-E6K, le bâtiment qui date des années 30 abritera un des plus grands co-living de Belgique avec 76 chambres sur plus de 5.000 m². "Des navettes seront prévues depuis la ville basse jusqu’au biopark situé à l'Aéropôle", précise Amaury Michiels. À un jet de pierre, c’est le groupe Eiffage qui planche sur le développement d’un quartier autour de la marina promise par Paul Magnette.

On se donne rendez-vous dans trois ans pour refaire le point!

Série | Villes et communes à mi-mandat

Le 14 octobre 2018 avaient lieu les élections communales. C'est le niveau de pouvoir le plus proche du citoyen, celui qui influence très concrètement la vie quotidienne des Belges.

Trois ans plus tard, alors que la législature est à mi-mandat (le prochain scrutin aura lieu le 13 octobre 2024), L'Echo a décidé de dresser le bilan de l'action politique dans quatre villes ou communes emblématiques:

Le résumé

  • En pleine reconstruction, Charleroi mise sur la formation pour rebondir et attirer de nouveaux habitants.
  • La majorité PS-Ecolo-C+ garde ainsi le cap lancé il y a quelques années et pousse le développement de certains centres comme le campus universitaire, la Cité des métiers, le quartier du futur ou A6K.
  • Les investisseurs privés semblent également répondre à l'appel face à une offre de logements de qualité insuffisante dans le centre-ville.

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