La future autoroute électrique d'Elia dans le Hainaut suscite des tensions

©Dries Luyten

Le ministre Crucke demande que Damien Ernst soit associé par Elia aux travaux d’étude sur la Boucle du Hainaut, la future autoroute électrique qui doit relier Avelgem à Courcelles.

Le ministre wallon de l’Energie Jean-Luc Crucke (MR) monte au créneau: s’il reconnaît que la création d’une ligne à très haute tension entre Avelgem et Courcelles paraît incontournable, il demande à Elia, le gestionnaire du réseau belge de transport d’électricité, d’associer Damien Ernst, professeur à l’ULiège et spécialiste des réseaux électriques, à la poursuite des travaux d’études de ce projet, baptisé Boucle du Hainaut.

Il demande aussi à Elia de développer des solutions alternatives à une ligne aérienne. "L’argument du coût ne peut aller à l’encontre de la recherche des solutions optimales pour assurer le bien-être des citoyens tout en limitant l’impact environnemental", déclare-t-il dans un communiqué.

Plus de 400 millions

Cette nouvelle autoroute électrique est un des gros chantiers d’Elia. Un projet évalué à plus de 400 millions d’euros, et que le gestionnaire affirme nécessaire pour intégrer les énergies renouvelables, assurer l’approvisionnement électrique des futurs zonings dans le Hainaut et disposer d’un réseau électrique fiable pour les entreprises et les citoyens.

"Un soutien technique est grandement nécessaire vu l’importance et la complexité du dossier."
Jean-Luc Crucke
Ministre wallon de l'Energie

Mais déjà, cette autoroute électrique de 380 kV suscite les crispations. Une première séance d’information à destination des communes potentiellement concernées a été organisée en mai. Cela a suscité des remous dans plusieurs conseils communaux — celui de Silly a même adopté à l’unanimité une motion contre le passage de la ligne sur son territoire. Et une pétition en ligne a été lancée, alors que le dossier n’est encore qu’à un stade très préliminaire — le tracé n’étant pas encore arrêté.

C’est qu’Elia a tenté de tirer les leçons de Stevin, maillon clé du réseau qui a failli ne pas être prêt à temps pour cause de retard dans les permis. Elle a donc changé de méthode et commencé le travail sur le terrain très en amont, pour la boucle du Hainaut comme pour Ventilus, l’autre autoroute électrique qu’elle veut construire entre Zeebruges et Avelgem, un projet qui est à un stade un peu plus avancé.

Damien Ernst ©Anthony Dehez

Mais dans les deux cas, la tension monte. Ventilus a déclenché des manifestations d’agriculteurs en Flandre occidentale, où six bourgmestres ont annoncé qu’ils rendraient un avis négatif sur le projet. Pour la boucle du Hainaut, c’est donc maintenant le ministre wallon de l’Energie, accessoirement bourgmestre empêché de Frasnes-les-Anvaing, une des communes concernées, qui s’en mêle, histoire de ne pas laisser les communes seules face à Elia. Et de leur permettre d’accéder à une expertise technique indépendante dans un dossier complexe.

Le gestionnaire de réseau Elia se veut positif. "Le ministre reconnaît l’importance de ce projet pour la Wallonie et son développement économique. Et c’est plutôt une bonne nouvelle qu’il nous demande d’associer Damien Ernst au projet: c’est pour nous l’opportunité de travailler avec un expert reconnu en Wallonie comme avec les communes, que nous avons convenu de revoir."

Les risques d’étincelles entre Elia et Damien Ernst sont toutefois très grands. Elia affirme, sur base de ses premières études qui ont fait l’objet d’un benchmark et d’une validation par des académiques, que 8 kilomètres maximum, sur 80 à 90 kilomètres, pourront être enterrés. Et ce n’est pas seulement une question de coûts, assure-t-elle. "C’est le maximum envisageable pour une ligne de 380 kV avec une capacité de transport de 6 GW pour des raisons de fiabilité et de disponibilité du réseau, notamment parce qu’il faut pouvoir permettre des interventions rapides", argumente Julien Madani, responsable de la communication projets chez Elia.

"C’est peut-être plus cher et plus difficile techniquement, mais pour moi, on peut enterrer 1.000 kilomètres de ligne!"
Damien Ernst

Damien Ernst, après une première analyse, ne se montre pas du tout convaincu. "Ces 8 kilomètres me semblent beaucoup trop pessimistes, affirme-t-il. C’est peut-être plus cher et plus difficile techniquement mais, pour moi, on peut enterrer 1.000 kilomètres de ligne!"

Une option à examiner également serait, selon lui, une ligne en courant continu (plutôt qu’en courant alternatif) enterrée sur toute sa longueur. Une possibilité qu’Elia rejette d’emblée. "Il ne s’agit pas seulement de faire une liaison point à point entre Avelgem et Courcelles, explique Julien Madani. Il faut aussi pouvoir réaliser des injections de courant dans différents endroits du Hainaut, ce qui nécessiterait d’énormes stations de conversion et tout de même, des morceaux aériens pour se connecter avec le réseau sous-jacent. Cette technologie n’a pas de sens par rapport aux besoins." La tension n’est vraisemblablement pas prête de retomber…

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