La peste porcine a déjà coûté 1,7 million à la Région wallonne

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Le gouvernement wallon prévoit un budget de 8 millions pour combattre la peste porcine en 2019, dont la moitié pourrait venir de l’Union européenne.

Trois mois jour pour jour après l’apparition de la peste porcine africaine (PPA) dans le sud de la Wallonie, le ministre de l’Agriculture René Collin remet ce vendredi un nouveau rapport intermédiaire à la Commission européenne pour faire l’état de la question de l’éradication de ce fléau et, surtout, obtenir un précieux soutien financier. L’occasion de faire le point sur la propagation de l’épizootie et sur ses conséquences.

Les prélèvements

À la date du 11 décembre, 639 sangliers ont été prélevés et analysés, dont 538 dans la zone contaminée de 63.000 hectares. Parmi ceux-ci, 231 ont été déclarés positifs à la PPA. Tous l’ont été dans la zone noyau et dans la zone tampon. Le foyer de l’infection a donc tendance à s’étendre vers l’Ouest. "C’était prévu, précise René Collin. La maladie se propage généralement à la vitesse de 2 kilomètres par mois. Pour l’instant la zone noyau mange la zone tampon qui joue donc son rôle."

Les quatre zones de surveillance restent d’application, même si les périmètres internes peuvent évoluer. La zone tampon a été largement clôturée. "Non pas pour y enfermer le gibier, ce qui serait impossible, poursuit Collin, mais pour limiter ses déplacements". Dans les deux premières zones, la priorité reste la recherche et l’élimination des carcasses à l’exclusion de toute autre activité. Dans la zone d’observation renforcée, l’objectif est de tirer 660 sangliers, soit 150% du tableau de chasse habituel.

Depuis le 23 novembre dernier, l’Union européenne a imposé une nouvelle zone de vigilance de 23.000 hectares au nord d’Habay, avec la volonté d’y accroître les prélèvements.

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L’enquête

Sur les causes de la maladie, l’enquête suit son cours hermétiquement cloisonné dans le bureau du juge d’instruction. On sait que le génome du virus est le même que celui qui touche la Tchéquie, l’Ukraine et les Pays baltes. Mais rien ne fuite sur la manière dont il est arrivé dans notre pays.

De sources informées, la piste de l’apport humain via des camionneurs ou des militaires venus de l’est européen reste plus probable que l’importation illégale de sangliers. "Toutes les pistes sont analysées", se borne à répéter le ministre de l’Agriculture. "Mais plus vite on connaîtra la source, mieux on pourra la combattre".

Les mesures prises

On le sait, l’Union européenne observe la crise de la PPA en Belgique comme le lait sur le feu. Jusqu’ici les mesures de confinement prises semblent permettre de limiter la propagation de la maladie. Les zones noyau et tampon sont totalement interdites hormis pour la recherche de carcasses avec le concours des chasseurs et moyennant des mesures de biosécurité draconiennes. Dans la zone d’observation, la circulation et l’exploitation forestière sont autorisées de même que la chasse de destruction.

Parallèlement à la crise de la PPA, Collin a d’ailleurs pris d’autres mesures pour réduire la densité de suidés partout en Wallonie. "La peste porcine n’est pas arrivée à cause de la surdensité, mais c’est un facteur de transmission", rappelle-t-il. Objectif à atteindre: une baisse de la population de 50% sur l’ensemble du territoire et tendre vers sa disparition au nord du sillon Sambre et Meuse. Un but plutôt partagé par le monde de la chasse, par la voix du Saint-Hubert club, l’association des chasseurs belges.

Pour y arriver chaque détenteur de droit de chasse est tenu d’organiser une à trois chasses collectives en janvier et février en fonction de la présence de sangliers. "C’est une mesure générale pour marquer le coup. Il faut se donner le maximum de chance de prélever des sangliers. C’est déterminant et urgent", martèle Collin.

Le budget

Pour l’année en cours, le cabinet Collin a réalloué ses budgets pour parer au plus pressé. Actuellement, près de 1,7 million a déjà été consacré à la PPA, pour les clôtures (450.000 euros), pour les éleveurs porcins (une première tranche de 177.000 euros), 250.000 euros pour le ramassage des carcasses et 115.000 pour dédommager les frais logistiques des chasseurs dans les zones de vigilance et d’observation, où l’on ne peut pas valoriser le gibier sur le marché. Enfin, 700.000 euros sont prévus pour inciter les grossistes à prendre tous les sangliers provenant des autres régions, à raison de 70 euros par bête quel qu’en soit le poids.

Pour l’instant le secteur du bois ne bénéficie pas encore d’aides directes, mais d’aides indirectes comme des reports de payement la restitution de garantie ou l’octroi de prêts via les organismes financiers wallons.

Rien n’est prévu pour les chasseurs. "Ce n’est pas la priorité", affirme Collin qui renvoie les locataires de droit de chasse aux clauses de leur bail.

6 millions €
Compte tenu des frais déjà engagés et des prévisions 2019, la crise de la PPA pourrait coûter plus de 6 millions d’euros à la Région wallonne.

Enfin, le gouvernement wallon a débloqué hier des fonds, disponibles sous la forme de prêts à taux zéro, pour compenser les pertes dans les budgets des 13 communes directement touchées par les mesures d’interdiction d’exploitation forestière.

Pour 2019, la Région wallonne a budgété 8 millions d’euros pour la gestion de la crise. "Mais ce ne sont que des prévisions, qui dépendent de l’évolution de l’épizootie et de sa durée", avertit Collin. Dans ce budget, la Région wallonne compte sur un soutien européen de 50%.

Si l’on fait le calcul, compte tenu des fonds déjà engagé en 2018 (1,7 million) et des prévisions pour 2019, la crise de la peste porcine africaine pourrait coûter plus de 6 millions d’euros à la Région wallonne.

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