La réussite du pacte d'excellence entre les mains des enseignants

©belgaimage

Appelé à répondre aux lacunes des élèves dans l’enseignement de la Communauté française, le pacte devra être porté par les enseignants pour réussir sa mission.

Derrière le constat qui pointe une nouvelle baisse dans les niveaux des lectures des élèves de 15 ans en Communauté française, il y a cette question: le pacte d’excellence est-il la solution miracle pour renforcer le savoir des élèves?

"Dans de nombreux pays asiatiques, l’éducation des enfants est la priorité numéro 1, les enseignants suivent des formations de qualité et on décide d’investir dans les établissements en difficulté."
Eric Charbonnier
Spécialiste de l’éducation à l’OCDE

Avant d’aller plus loin dans la tuyauterie belge, une première question surgit à l’esprit dès le début de la lecture des résultats de la nouvelle enquête Pisa, tombés ce mardi matin. Pourquoi la Chine truste-t-elle la première place du classement? Plusieurs pays asiatiques figurent ainsi parmi les meilleurs élèves en lecture, en sciences et en mathématiques. Pour Eric Charbonnier, spécialiste de l’éducation à l’OCDE, il s’agit d’une question de priorité. "Dans de nombreux pays asiatiques, l’éducation des enfants est la priorité numéro 1, les enseignants suivent des formations de qualité et on décide d’investir dans les établissements en difficulté." Le spécialiste de l’OCDE pointe aussi le cas de la Corée du Sud où "les enseignants sont très valorisés dans la société et leurs salaires y sont très attractifs."

Intuitivement, ces cas asiatiques renvoient à la situation en Communauté française où le monde de l’enseignement est à la croisée des chemins avec le pacte d’excellence supposé replacer l’éducation au cœur des enjeux de demain.

Un produit miracle?

"Les concepteurs du pacte se sont notamment préoccupés de la position de l’enseignement francophone dans les classements Pisa pour élaborer des pistes de solutions notamment en lecture."
Bernard Delvaux
Sociologue à l’UCL

Une question reste pourtant sans réponse: ce fameux pacte sera-t-il le produit miracle? Pour Dominique Lafontaine, directrice du Service d’analyse des systèmes et des pratiques d’enseignement à l’université de Liège, "le pacte s’est construit sur base d’un état des lieux des forces et des faiblesses du système éducatif. Il y a vraiment eu un processus de réflexion pour corriger les défauts au niveau des performances négatives et remédier aux inégalités sociales de l’enseignement." Sociologue à l’UCL, Bernard Delvaux rappelle de son côté que "les concepteurs du pacte se sont notamment préoccupés de la position de l’enseignement francophone dans les classements Pisa pour élaborer des pistes de solutions notamment en lecture."

Parmi les mesures prises, on peut pointer les deux heures de remédiation par semaine pour les élèves, l’allongement du tronc commun à 15 ans, la réforme du référentiel avec une série d’objectifs à atteindre ou les investissements dans les maternelles afin de jeter les bases de la lecture et de l’écriture chez les plus jeunes.

Lutter contre le redoublement

Mais on en revient toujours à cette question: est-ce suffisant? "Nous avons en Communauté française un des taux de redoublement le plus élevé, or on sait aussi que ce n’est pas une mesure pédagogiquement efficace. Les différents leviers vont dans la bonne direction et le pacte prend en considération les mécanismes qui ont un effet sur la lecture par exemple", estime Dominique Lafontaine. "Ce qui compte, c’est de prévenir l’accumulation des difficultés et éviter le redoublement."

"Ce qui compte, c’est de prévenir l’accumulation des difficultés et éviter le redoublement."
Dominique Lafontaine
ULG

Il faut évidemment rester prudent sur la suite du pacte et sa deuxième phase qui consistera à rendre opérationnel les mesures dans les classes. Car si aujourd’hui, les moyens sont sur la table, il faudra voir comment ces leviers seront traduits sur le terrain par les professeurs. "Il ne suffit pas que le législateur mette en place une série de programmes pour que cela produise des effets escomptés dans les écoles. Il y a eu des décisions politiques comme celle de renforcer les savoirs. Les pistes ont été identifiées et les choix opérés. Il faudra maintenant que ces pistes se traduisent dans les écoles", souligne Bernard Delvaux. L’avis est partagé par Dominique Lafontaine. "Les acteurs doivent s’emparer du processus. La réussite du Pacte dépend aussi des acteurs. Il y a forcément une incertitude de ce côté car cet aspect est imprévisible."

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect