La stagnation de la population favorable au taux d'emploi

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Pour l'économiste Philippe Defeyt, la stagnation de la population profite aux chiffres de l'emploi en Wallonie. S’il reconnait la croissance de l’emploi, il plaide pour davantage de mise en perspective dans l’analyse des statistiques, répondant ainsi aux chiffres avancés par Willy Borsus ce week-end.

Dans une interview donnée au journal Le Soir ce week-end, le ministre-président wallon Willy Borsus se targuait de la croissance de l’emploi en Wallonie pour les 20-64 ans, augmentant de 0,5% pour arriver à 63,7%. L’occasion surtout de lancer une attaque contre les majorités précédentes: "Le taux n’avait progressé que de 0,4% pour les dix années précédentes gérées par la majorité socialiste".

"Dans les chiffres qu’il évoque, Willy Borsus ne parle pas d’une donnée extérieure à la politique économique, à savoir la stagnation de la population des 20-64 ans".
Philippe Defeyt
Economiste à l’UNamur

De quoi faire réagir Philippe Defeyt, économiste à l’UNamur et directeur de l’Institut pour un Développement Durable. "Il faut faire preuve d’honnêteté intellectuelle. Sur aussi peu de temps, il est très compliqué de déterminer le rôle joué par les décisions politiques prises" explique-t-il. "D’autant plus que, dans les chiffres qu’il évoque, Willy Borsus ne parle pas d’une donnée extérieure à la politique économique, à savoir la stagnation de la population des 20-64 ans". Explications.

L’évolution du taux d’emploi se base sur le rapport entre le nombre d’emplois créés et la croissance de la population. Si la population augmente davantage que l’emploi, la croissance sera négative. A l’inverse, si le nombre d’emplois augmente (même faiblement), mais que la population stagne, le pourcentage final paraîtra beaucoup plus élevé. C’est ce qu’il se passe depuis 2015.

Les emplois augmentent de façon croissante depuis 2015, année qui voit le retour de la croissance. En revanche, la population de 20-64 ans stagne. Entre 2014 et 2018, le total des 20-64 ans n’a augmenté que de 0,14%. À titre d’exemple, entre 2004 et 2008, sa croissance était de 3,46%.

L’impact de 2008

L’autre approximation intervient dans la période socialiste évoquée. Willy Borsus évoque une croissance de 0,4% sur dix ans de gestion socialiste. Cette évolution concerne la période 2008-2017, avec des taux passant de 62,8% à 63,2%. "La période de 10 ans reprend la crise de 2008 et ses conséquences", souligne l’économiste, qui refuse donc la comparaison au vu de l’importance des facteurs conjoncturels.

Il ne faut pas remonter au dernier gouvernement libéral wallon pour trouver une croissance de 0,5%. Entre 2006 et 2016, le taux d’emploi des 20-64 ans a crû de 1%, passant de 61,6% à 62,6%. "Les ordres de grandeur des créations nettes d’emploi à partir de 2015 sont du même ordre de grandeur que celles d’avant la crise de 2008" pointe Philippe Defeyt. Si le taux d’emploi montre une hausse effective pour les années 2017-2018, il ne fait que suivre une tendance amorcée plus tôt, où les chiffres de l’EFT montrent une croissance de 1,1% entre 2015 et 2016.

Le gouvernement libéral a multiplié les initiatives pour dynamiser l’emploi en Wallonie. Mais certaines des mesures avaient été décidées plus tôt, sous la gouvernance du PS et du CDH. L’économiste tempère la fierté du ministre-président wallon: "Il y a certainement un impact du politique, mais on ne peut pas affirmer que le gouvernement précédent n'a pas joué de rôle là-dedans" pointe-t-il.

Et l’économiste de conclure par un appel: "Il faut mettre les choses à plat et proposer des interprétations rigoureuses, même en campagne".

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