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analyse

La succession d'Alain Mathot est ouverte

Alain Mathot ©BELGA

Et voilà à nouveau le petit monde socialiste liégeois sens dessus dessous.

Première secousse: vendredi, le tribunal correctionnel de Liège établit qu’Alain Mathot (PS) a bel et bien perçu la somme de 700.000 euros dans le dossier Intradel – une affaire de corruption ayant éclaté en 2007, portant le nom de l’intercommunale liégeoise de gestion des déchets et visant l’attribution du marché de construction d’un incinérateur. Un jugement en forme de pied de nez, en quelque sorte, puisque le député fédéral et bourgmestre de Seraing est "LE" grand absent du procès, la Chambre ayant refusé, en avril 2016, de lever son immunité parlementaire, par le biais d’une majorité inédite tournant autour du PS... et de la N-VA.

Le PS peut-il encore se permettre la moindre anicroche ressemblant, de près ou de loin, à une affaire en terres liégoises, alors que le séisme Publifin occupe encore les esprits?

Un sale coup, indéniablement, à l’approche des scrutins en série de 2018 et 2019: le PS peut-il encore se permettre la moindre anicroche ressemblant, de près ou de loin, à une affaire en terres liégoises, alors que le séisme Publifin occupe encore les esprits? La réponse laisse peu de place au doute et sans doute la décision d’Alain Mathot est-elle prise dès vendredi. Et rendue publique samedi, via Facebook. Le député-bourgmestre ne sera pas aux élections. Ni en 2018, ni en 2019.

Moralité? Les "affaires" n’ont pas fini de secouer la vie politique. "Et le microcosme liégeois reste en instabilité", glisse le politologue Pierre Verjans (ULg).

C’est la seconde secousse. Parce que ce départ – enfin, cette annonce plutôt – laisse un fameux vide à Seraing. "Où l’on ne peut pas vraiment dire qu’il y ait un leader incontesté pour prendre le relais d’Alain Mathot", souligne le politologue Pascal Delwit (ULB). Et rebat les cartes au sein de la Fédération liégeoise du PS, passée maîtresse en termes de luttes d’influence et de coups de théâtre.

Faisons le point.

A Seraing. Les jeux sont loin d’être faits, même s’il ne faudra guère attendre pour que les premières cartes tombent, parce que le temps presse. Qui pour mener le PS sérésien? Plusieurs noms circulent. Le plus évident... ne l’est peut-être pas. Il y Déborah Gérardon, députée wallonne, labellisée "jeune espoir" et deuxième sur la liste.

Sauf que la jeune femme est issue de la section de Jemeppe et que la tradition veut que la tête de liste revienne à celle de Seraing. Ce qui nous mène à une autre jeune femme, elle aussi rangée parmi la catégorie des jeunes pousses prometteuses: Laura Crapanzano, vice-présidente de la Fédération liégeoise du PS et administratrice Publifin. Il ne faudrait toutefois pas écarter prématurément Francis Bekaert, président du CPAS, ou Alain Onkelinx – frère de –, qui pousse la liste.

Une seule chose est sûre: la future tête de liste aura du pain sur la planche, si elle entend sauver les meubles de la majorité absolue socialiste. C’est que les derniers sondages placent le PTB en tête, autour des 32%, un fifrelin devant le PS.

A la Fédération. Attention, jeux d’influence. C’est que Seraing pèse, au sein de la "Fédé". L’Union socialiste communale (USC) sérésienne compte son lot d’adhérents et, dans l’arrondissement, Seraing est l’entité la plus importante, après la Cité ardente.

La chute d’Alain Mathot signe la fin du "Club des Cinq". Et ouvre la voie à Frédéric Daerden.

Dans ce contexte, la chute d’Alain Mathot est lourde de sens. Elle signe la fin du "Club des Cinq", constitué afin de constituer un contrepoids au pouvoir de feu Michel "Papa" Daerden. Sauf qu’il n’a plus fière allure: André Gilles a été exclu du PS; Stéphane Moreau a rendu sa carte du parti; Willy Demeyer a renoncé à la Chambre et à la Fédération; Jean-Claude Marcourt a perdu de son influence en même temps que son portefeuille de ministre wallon de l’Economie. Restait Alain Mathot. Ce faisant, l’axe "Liège-Seraing" en prend un coup. "C’est lui qui avait réussi à imposer Jean-Pierre Hupkens à la tête de la Fédération, rappelle Pascal Delwit, le reste de la Fédération soutenant le challenger Thibaud Smolders."

Evidemment, quand un axe se déforce, il y en a souvent un autre pour en tirer profit. En l’occurrence, les regards se tournent vers Frédéric Daerden, député et bourgmestre de Herstal, troisième ville de l’arrondissement de Liège. "Un espace s’ouvre devant lui", reconnaît Pascal Delwit. Un boulevard? "Les choses sont plus nuancées. Oui, il sera une des pièces de la recomposition de l’axe majeur au sein de la Fédération. Mais il faudra encore compter avec Willy Demeyer, qui n’a pas dit son dernier mot et dont il ne faudrait pas sous-estimer la capacité tactique." Et, sans doute, avec celui ou celle qui succédera à Alain Mathot sur le terrain de jeu sérésien.

Liège n’a pas fini de faire parler d’elle.

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