"La Wallonie a encore besoin de 20 ans pour revenir dans la moyenne belge"

©BELGA

Où en est le redressement de la Wallonie? Bilan à l'aube du lancement d'un nouveau plan Marshall.

À la veille du lancement d’un nouveau plan Marshall, quel bilan dresser de cette décennie Marshall? Pour l’IWEPS, l’institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, il faut d’abord ramener les choses à leur juste proportion. "Le budget du plan Marshall 2.vert n’a représenté que 4,7% du budget total de la Wallonie. C’est un poids relatif par rapport à la masse globale", estime Martine Lefèvre, responsable du programme d’évaluation du Plan Marshall 2.Vert.

Plus de moyens pour le plan Marshall?

©uMons

Le gouvernement wallon doit-il dès lors augmenter les moyens du plan Marshall? "Oui, estime Giuseppe Pagano, docteur en sciences économiques à l’Université de Mons. Les montants mobilisés sont insuffisantsL’objectif initial du premier plan Marshall était de faire progresser le PIB wallon. Les montants sont trop faibles pour avoir un véritable impact sur le PIB. Le budget Marshall représente entre 0,5 et 0,8% du PIB wallon par an. L’impact est donc de quelques fractions du PIB. Nous restons dans un ordre de grandeur inférieur à 1% du PIBUne recommandation que j’ai à faire au gouvernement est d’augmenter les budgets du plan Marshall. C’est évidemment impossible vu le contexte budgétaire mais si on veut provoquer un impact de 1% sur le PIB, il faudrait doubler le budget Marshall."

"Les montants du plan Marshall sont trop faibles pour avoir un impact sur le PIB wallon."
Giuseppe Pagano
Professeur à l’Umons

Du côté de l’Union wallonne des entreprises, on voit les choses autrement. "Le problème n’est pas lié au budget. Il y a un souci d’efficacité en Wallonie", dit Didier Paquot, directeur du département économique. Il prend l’exemple du Forem et de son armée d’employés. "Le nombre d’employés au Forem a augmenté de 30% en huit ans et il y a toujours autant d’entreprises qui recherchent des personnes formées. Pour la simplification et l’efficacité, il n’y a pas besoin d’argent mais le gouvernement ne se rend pas bien compte de l’importance de cette efficacité."

5.500
C'est le nombre d'emplois qui ont été créés grâce au plan Marshall.

Au-delà de cette question d’argent, Didier Paquot met en avant la rupture provoquée par Marshall par rapport aux politiques du passé. "C’était la première fois que la Wallonie mettait en place une politique orientée sur l’économie." Martine Lefèvre de l’IWEPS salue de son côté la "continuité de cette politique lancée en 2005". Giuseppe Pagano rappelle, lui, les 5.500 emplois créés par les pôles.

La Wallonie ne parvient pas à réduire l'écart avec la Flandre

Derrière ces appréciations, le constat est sévère! "Certains indicateurs vont mieux, comme les exportations, mais si on prend les trois indicateurs principaux — PIB par habitant, taux d’emploi et taux de chômage — on ne voit pas de progression sur ces dix dernières années", estime Didier Paquot.

La critique est partagée par Giuseppe Pagano. "Ce n’est pas suffisant. Depuis 2005, la Wallonie est parvenue à stabiliser sa part de PIB au niveau national mais l’écart n’a pas été réduit. Cet écart reste bloqué à 25% entre la Flandre et la Wallonie. Encore heureux qu’il se soit stabilisé! On ne peut donc pas dire que le résultat soit satisfaisant." L’un et l’autre soulignent cependant que le ralentissement de la conjoncture n’a pas aidé la Wallonie.

Giuseppe Pagano ne veut pas se limiter au seul PIB pour juger l’état du sud du pays. "Un indicateur comme l’impôt des personnes physiques (IPP) est plus favorable que le PIB pour la Wallonie. L’écart au niveau de l’IPP entre la Wallonie et la moyenne nationale est ainsi passé de -15 à -12% ces dix dernières années. C’est un signal positif mais c’est trop lent. La Wallonie va mieux mais elle ne va toujours pas bien."

À l’IWEPS, Martine Lefèvre reste, elle, prudente quand il s’agit de faire le bilan de l’ensemble du plan Marshall. "Nous avons fait différentes évaluations thématiques qui ont débouché sur des recommandations mais mesurer l’impact macroéconomique de l’ensemble du plan sur le développement d’une région, c’est impossible."

Encore 4 plans Marshall

"Quatre plans Marshall sont encore nécessaires pour que la Wallonie revienne dans la moyenne belge en terme de PIB et de capacité fiscale."
Giuseppe Pagano
Professeur à l'UMons

L’objectif final est, lui, encore loin. "Le redressement va encore prendre 20 ans. On n’est pas suffisamment avancé pour stopper les efforts. Quatre plans Marshall sont encore nécessaires pour que la Wallonie revienne dans la moyenne belge en terme de PIB et de capacité fiscale", estime Giuseppe Pagano.

Au niveau des entreprises, on partage cette position. "Il faudra bien encore attendre 10 ans, même 20 ans pour reconstruire la Wallonie et retrouver une économie solide", juge Didier Paquot.

Depuis plus de dix ans, les différents gouvernements wallons axent la politique de relance économique du sud du pays sur un plan baptisé Marshall.

• En 2005, le premier plan Marshall s’accompagnait d’une enveloppe de 1,8 milliard d’euros.

• Dès 2009, sous la précédente législature, le plan Marshall 2.vert était doté d’un financement de 2,9 milliards.

• Le Marshall 4.0, dont les derniers détails seront dévoilés la semaine prochaine par le gouvernement PS-cdH, mobilise 2,5 milliards d’euros sur l’ensemble de la législature.

Quelle stratégie?

L’essentiel des moyens est affecté à la relance industrielle. Les 6 pôles de compétitivité ont par exemple ciblé des secteurs clés comme l’aéronautique où la Wallonie peut faire la différence par rapport à la concurrence internationale.

 

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