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La Wallonie choisit le chemin de la dette. Danger au Fédéral?

©BELGA

Pour financer ses 4 milliards d’euros d’investissement, l’exécutif wallon à naître a décidé d’un report à 2024 de l’équilibre budgétaire. Ce qui ne sera pas sans conséquence.

PS, MR et Ecolo ont tranché: l’équilibre budgétaire, ce sera finalement pour 2024 en Wallonie – à la veille de l’arrêt des transferts nord-sud –, contre 2019 au départ. De quoi permettre de se donner un peu d’air (et d’absorber un déficit estimé à quasi-350 millions d’euros en 2020). Mais aussi de financer de nouvelles mesures. En effet, dans la foulée, un programme d’investissement de 4 milliards d’euros a été présenté. Objectif? Booster l’emploi, dynamiser les PME et répondre aux enjeux climatiques et de mobilité.

Sans vraiment plus d’élément, à ce stade, quant à la manière dont la future majorité arc-en-ciel entend rentrer dans les clous. Et ce, alors même qu’un groupe de travail a été expressément chargé par les informateurs d’évaluer la situation budgétaire régionale en amont. Un exercice d’autant plus obligatoire que, faute de la réalisation d’un ajustement budgétaire qui aurait en principe dû se tenir avant les élections, il était impossible, au lendemain du 26 mai, d’obtenir une photographie récente de la situation des finances publiques pour l’année 2019 en Wallonie, ni même de savoir si le retour à l’équilibre était toujours possible d’ici la fin d’année. Rien n’en a filtré.

Résultat, à juger sur pièce, "l’on constate un réel contraste entre l’ambition, marquée, sur le plan environnemental par exemple, de ce futur exécutif et le flou budgétaire qui règne tout autour", analyse l’économiste Étienne de Callataÿ (Orcadia Asset Management). Plus encore, "il faudra désormais matérialiser la volonté", nous confiait lundi déjà Olivier de Wasseige, CEO de l’Union wallonne des entreprises (UWE), après première lecture.

"Le flou budgétaire contraste avec l’ambition marquée du futur exécutif."

D’autant qu’il faut le souligner, la marge de manœuvre n’est pas grande, avec une dette brute consolidée de l’ordre de 22,7 milliards, qui pourrait grimper – de par une faible croissance et une hausse du coût des dépenses sociales – de près de 5 milliards d’ici 2024 à politique inchangée, calculait en mai dernier le Centre de recherches en économie régionale et politique économique (CERPE). Un fardeau au poids réel quand on sait que la charge d’intérêt se chiffre en centaines de millions chaque année pour la Wallonie.

Surtout que d’un autre côté, les promesses sont de taille: augmentation du taux d’emploi de 5% sur l’ensemble de la législature, réduction du précompte immobilier, gratuité des transports en commun pour certaines catégories de personne… Une donne d’autant plus à surveiller du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ne disposant d’aucune recette propre, où les chantiers sont là aussi importants: pacte d’excellence, réforme de la formation des enseignants (qui sera postposée d’un an), refinancement du supérieur…

Côté économies, quelques pistes se dégagent tout de même, entend-on à bonne source. Un accord aurait été trouvé entre partenaires du futur gouvernement. On évoque une baisse des dotations des organismes publics et des frais de fonctionnement des administrations notamment. Sans donner de précisions aujourd’hui sur la hauteur de ce qui sera à faire ces prochaines années. Mais la Wallonie peut être inventive quand il s’agit de trouver de l’argent. Le nouvel exécutif pourrait aussi être tenté d’aller puiser dans les trésoreries d’organismes publics tels le Forem ou l’IFAPME, circule-t-il. Une dernière estimation menée par le précédent gouvernement évalue à 3 milliards le trésor de guerre des unités d’organismes publics. Un autre levier tiendrait au lissage dans l’exécution de certains chantiers.

Arbitre manquant?

Du reste, pour ce qui est de la question du report de l’équilibre budgétaire et de ses conséquences, la décision du futur gouvernement pourrait avoir du bon. En effet, "il ne faut pas être dogmatique, avance Étienne de Callataÿ. Il vaut parfois mieux un déficit avec de bonnes politiques, plutôt que pas de déficit et de mauvaises politiques". S’endetter, si c’est pour soutenir des projets créateurs de valeur, cela peut avoir du sens… mais peut aussi, à terme, se relever inefficace, voire coûteux. Et là, à charge au Fédéral d’aller s’expliquer à l’Europe dans la non-atteinte de ses objectifs. Et c’est peut-être là que le bât blesse. "Chaque gouvernement fixe aujourd’hui sa trajectoire budgétaire sans tenir compte de la situation de la maison Belgique dans son ensemble", tacle un fin connaisseur des rouages budgétaires. "Cette désorganisation n’est peut-être pas idéale. Il n’y a plus d’arbitre", conclut-il.

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