"La Wallonie doit arrêter d'exporter des armes vers l'Arabie saoudite"

La FN Herstal ©Photo News

Nicolas Tzanetatos, le président de la sous-commission sur les armes au Parlement wallon, estime que la Wallonie ne doit plus vendre d’armes à l’Arabie saoudite. PS, MR et cdH prônent une solution européenne. En attendant, la Wallonie a gelé ses exportations.

C’est le genre de dossier sensible qui envenime très vite la vie d’une coalition politique. Soumise à l’analyse par le ministre-président du gouvernement wallon Willy Borsus depuis son arrivée à l’Elysette, la question de la vente d’armes à l’Arabie saoudite refait surface. Ainsi que celle de son boycott.

"Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite ne respecte plus les critères."
Nicolas Tzanetatos
Président de la Sous-commission armes

L’arrivée du MR au pouvoir à la Région wallonne pourrait effectivement rebattre les cartes. Ce mercredi, la sous-commission parlementaire Armes chargée de veiller au respect de la législation wallonne sur la vente d’armes à l’étranger doit valider le rapport 2016. Son président, le libéral Nicolas Tzanetatos, est très clair. Les lignes doivent bouger!

"Il existe un décret wallon sur les conditions à respecter dans le cadre de l’octroi des licences d’armes. S’il y a une infraction à une condition, il faut refuser d’exporter. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite ne respecte pas les critères. Il faut donc poser la question du refus d’exportation. Il ne faut pas tergiverser sur le principe. À mes yeux, la Wallonie doit arrêter d’exporter des armes vers l’Arabie saoudite."

Quatrième partenaire wallon

Ce n’est cependant pas si simple car derrière les questions relatives aux droits de la femme en Arabie saoudite se cache une autre réalité: celle des enjeux économiques. Inutile de tourner autour du pot. L’Arabie saoudite est un client important de la Wallonie.

25 millions €
Exportatrice d’armes vers l’Arabie saoudite, FN Herstal va verser 25 millions de dividendes à la Région wallonne en 2018.

Il y a deux ans, la Wallonie avait vendu pour près de 400 millions d’euros (un record) d’armes à l’Arabie saoudite faisant de la monarchie sunnite son deuxième partenaire commercial derrière le Canada. La situation est aujourd’hui un peu différente, mais le pays reste le quatrième partenaire wallon avec 13 licences octroyées et 33,5 millions d’euros de matériel vendu en 2016. On évoque notamment des armes à feu portatives et des munitions.

Parmi les entreprises qui profitent de ces juteux contrats, il y a surtout la FN Herstal, propriété à 100% de la Région wallonne. Grande pourvoyeuse d’emplois dans la région liégeoise, la FN est aussi régulièrement appelée à alimenter les caisses de son actionnaire public à coups de dividendes. Le nouveau gouvernement MR-cdH compte ainsi sur 25 millions d’euros de FN pour boucler son budget 2018. C’est bien plus que les 10 millions qui avaient été demandés par le PS et le cdH en 2017.

Pour le député Nicolas Tzanetatos, "même s’il y a un impact économique ou électoral, l’éthique doit primer sur l’économique". Il se veut cependant réaliste. Si la question du boycott est posée, il doit se faire dans un cadre européen. "La Wallonie seule ne va pas empêcher l’Arabie saoudite de s’armer. La Wallonie doit jouer son rôle au niveau européen. Paul Magnette l’a bien fait avec le Ceta. Pourquoi ne pourrait-on pas le faire au niveau des exportations d’armes?"

"Sanctionner une entreprise comme FN qui emploie des centaines de personnes alors qu’il n’y a aucun plan d’action européen, cela ne va pas. Il faut une solution européenne."
Patrick Prévot

L’avis du libéral semble partagé par les autres formations politiques. Au cdH par exemple, le député Dimitri Fourny refuse d’isoler la Wallonie. "La Wallonie seule ne peut pas s’isoler. Le travail est à faire au niveau fédéral pour que le ministre des Affaires étrangères (le libéral Didier Reynders, NDLR) prenne le taureau par les cornes et aille à la rencontre de ses homologues européens."

Il est rejoint par le député socialiste Patrick Prévot. "Sanctionner une entreprise comme FN qui emploie des centaines de personnes alors qu’il n’y a aucun plan d’action européen, cela ne va pas. Il faut une solution européenne."

Borsus gèle temporairement

La balle est maintenant dans le camp du ministre-président Willy Borsus. Interpellé sur le sujet au Parlement wallon il y a une quinzaine de jours, le libéral a indiqué qu’il étudiait toujours la question d’un éventuel boycott. Parlant "d’une phase d’instruction toujours en cours", le chef du gouvernement a néanmoins indiqué qu’il avait "actuellement gelé les décisions concernant l’Arabie saoudite qui m’ont été présentées".

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