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La Wallonie donne un coup d’accélérateur au Thalys du fret à Liège

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Dans le cadre de son plan de relance, la Wallonie veut relancer le projet de fret ferroviaire au départ de l'aéroport de Liège. Le ministre Crucke promet 60 millions.

Liège Carex, c’est un peu le retour du monstre du Loch Ness derrière lequel se cache l’histoire d’un projet peut-être trop visionnaire au moment de son lancement, mais qui pourrait connaître un coup d’accélérateur aujourd’hui grâce au plan de relance wallon.

Tout commença en 2007…

Mais avant de plonger dans les dernières avancées, un coup d’œil dans le rétroviseur est indispensable pour comprendre les méandres du dossier. Il faut remonter à 2007 pour retracer les prémisses de ce que certains décrivent comme le futur Thalys du fret. L’ambition: créer un réseau de railports à proximité des principaux aéroports européens afin d’accueillir des trains de marchandises à grande vitesse permettant un report modal du transport avionné et camionné intraeuropéen. C’est la naissance d’Euro Carex.

 Outre Liège, choisie pour la proximité entre l’aéroport cargo et la ligne TGV, le réseau imaginé par ses concepteurs voit grand. Dans une première phase,  "l’idée est de relier Liege Airport aux aéroports de Paris, Amsterdam, Lyon et Londres", explique Jean-Claude Fontinoy, le président de la SNCB et de Liège Carex. Le maillage pourrait ensuite s’étendre jusqu'à Leipzig ou Varsovie.

"L’idée est de relier Liege Airport aux aéroports de Paris, Amsterdam, Lyon et Londres."
Jean-Claude Fontinoy
Président de la SNCB et de Liège Carex

Côté belge, la structure créée en 2008 regroupe la plupart des composantes politiques et les opérateurs comme la Sowaer, Logistics in Wallonia, Infrabel, SNCB, TNT-Fedex ou encore Liege Airport. "Il n’y a aucune opposition, ni au sein du conseil d’administration de Liège Carex, ni au sein du conseil d’administration de la SNCB", insiste le président de la SNCB et de Liège Carex.

Les opérations se mettent en branle dès 2009 au rythme de la gestion des demandes administratives. Un premier permis de bâtir pour la construction du railport est introduit auprès de la commune de Grâce-Hollogne en 2015. "Nous sommes prêts et déterminés à y arriver. Nous avons les terrains, les sillons pour intégrer les trains sur le réseau, les plans sont dessinés." Ils prévoient de relier la ligne de chemin de fer L36 aux hangars du railport à proximité de l’aéroport par la construction de deux lignes. "Tout peut aller très vite. D’ici trois ans, le premier train pourrait rouler", assure Jean-Claude Fontinoy.

"Nous sommes prêts et déterminés à y arriver. Nous avons les terrains, les sillons pour intégrer les trains sur le réseau, les plans sont dessinés."
Jean-Claude Fontinoy
Président de la SNCB et de Liège Carex

8 trains par jour depuis Liège

La rentabilité du projet est, elle, confirmée par un business plan réalisé par Euro Carex en 2018. Il prévoit, sur 30 ans, une rentabilité d’1,3 milliard et la création de 3.000 emplois dont quelques centaines à Liège.

Du côté des marchandises transportées, les premières prévisions, qui ne tenaient pas compte du boom de l’e-commerce et de l’arrivée d’acteurs comme Alibaba à Liège, sont déjà importantes. Euro Carex, ce serait une demande potentielle estimée à 2,95 millions de tonnes annuelles, soit 950.000 ULD (Unit Load Device, unité standardisée de fret aérien, qui vaut 3,1 tonnes) sur l’ensemble du réseau européen.  Les plans prévoient de faire circuler 34 trains par jour au lancement. Chaque convoi sera composé de 8 rames d’une longueur de 200 mètres et d’une capacité totale de 124 tonnes.

Reste le coût… On parle d’un investissement de 30 millions par rame, et d’un coût global de 1,1 milliard.

Crucke veut débloquer 60 millions

Côté belge, à écouter le ministre des Aéroports Jean-Luc Crucke, la demande est là et "on ne peut trouver de dossier aussi mûr que Liège Carex" dans le cadre du plan de relance. "Je suis déterminé, il y a un fort potentiel. La force de Liège, c’est sa multimodalité avec le rail, l’aérien, le réseau routier et la voie d’eau. Dans le cadre du plan, nous allons débloquer 60 millions pour Liège-Carex. Il y a aujourd’hui un momentum à saisir. Différents éléments nous disent qu’il faut y aller. L’année 2021 est l’année du rail en Europe. Il y a aussi le Green Deal européen dans le cadre de la relance. La multimodalité est aujourd’hui indispensable. Elle va dans le sens de l’histoire. On continuera à voler, mais de moins en moins pour des trajets de proximité. Il y a une verdurisation de la mobilité. Un train, c’est 40 camions en moins sur les routes», insiste Jean-Luc Crucke, qui pointe aussi une "opportunité de développement pour l’aéroport".

"Je suis déterminé, il y a un fort potentiel. La force de Liège, c’est sa multimodalité avec le rail, l’aérien, le réseau routier et la voie d’eau."
Jean-Luc Crucke (MR)
Ministre en charge des aéroports

Le budget de 60 millions servira à financer la construction  du railport, la réalisation d’un tunnel routier pour la liaison aéroportuaire et la liaison ferroviaire vers l’Allemagne par la ligne 36. "Les plans prévoient 2 voies et 3 quais. Huit trains par jours (6 jours sur 7) partiraient de Liège à destination de Paris, Londres, Lyon et Francfort", explique le président de la SNCB.

Depuis Liège, ce sont 137.000 tonnes annuelles qui seraient transportées par train, soit plus de 1.000 trains. "FedEx, un grand client à Liège, est une entreprise qui pousse ce dossier", précise le ministre. Une position que confirme Jean Muls, Vice-Président du hub Aériens Europe du nord de FedEx. "Le Projet Euro Carex promeut un mode de transport unique et innovant et nous sommes ravis de voir que celui-ci est relancé tant au niveau national qu’au niveau européen. Nous soutenons pleinement ce projet qui est en adéquation avec les propres objectifs de FedEx en matière de développement durable, et nous nous réjouissons d’œuvrer à sa réalisation, aux côtés de tous les autres acteurs portant la même ambition."

Nous soutenons pleinement ce projet qui est en adéquation avec les propres objectifs de FedEx en matière de développement durable.
Jean Muls
Vice-Président du hub Aériens Europe du nord de FedEx

Le projet modelé par Euro Carex mise d’ailleurs sur un taux de captation de 100% du trafic avionné intra-européen et 20% du fret camionné express. Quant à la tarification, un Liège-Roissy sera par exemple facturé 32.000 euros pour 124 tonnes, soit un coût de 260 euros la tonne pour les transporteurs. D’après les chiffres fournis par la SNCB, la tarification retenue sera 10 fois inférieure à l’avion et 3 fois supérieure à la route.

La France très observée

La suite? Si Jean-Claude Fontinoy voit les embûches se lever, il attend encore un feu vert français pour donner les premiers coups de pioche à Liège. "Nous n’allons pas commencer à bâtir avant que la  France ait ses permis de bâtir", justifie le président de la SNCB. "Heureusement, les choses avancent enfin de ce côté." Le ministre fait d’ailleurs état de contacts "positifs" avec ses homologues français.

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