La Wallonie exige un service minimum chez Skeyes

©Jonas Roosens

Alors que les grèves se répètent chez les contrôleurs aériens de Skeyes, un rapport de la Sowaer déconseille au ministre Crucke de se lancer dans un combat pour régionaliser la compétence et préconise la mise en place d’un service minimum.

La grève des contrôleurs aériens chez Skeyes (ex-Belgocontrol) et leurs impacts sur les aéroports wallons de Liège et Charleroi continuent à animer les esprits. L'espace aérien belge a d'ailleurs été fermé dans la nuit du samedi à dimanche, entre 2 et 5h, en raison d'un manque d'effectifs chez Skeyes, a confirmé un porte-parole de l'ex-Belgocontrol. Jean-Luc Crucke, le ministre en charge des infrastructures aéroportuaires en Wallonie, ne cache pas sa colère. "Il y a une forme d’incompréhension par rapport à la gravité de la situation. Je me demande si tout le monde mesure les risques que l’on fait prendre, notamment sur le plan wallon, à des entreprises qui ont, dans les moments les plus difficiles, réussi à se réorienter et à donner des messages d’espoir en terme de développement. Je me demande si certains vivent dans le même monde."

"Plus de 300 vols ont été annulés ou déroutés au départ de l’aéroport de Liège. Cela se chiffre à plusieurs millions d’euros de pertes. Je ne peux pas laisser faire cela"
Jean-Luc Crucke
Ministre en charge des infrastructures aéroportuaires en Wallonie


Face à un conflit social qui s’enlise et qui aux dires du ministre cible les aéroports wallons — "les blocages ont lieu essentiellement la nuit. On peut que se dire qu’on essaye de viser la Wallonie et Liège en particulier" -, le ministre a écrit à son collègue en charge de la Mobilité au Fédéral, François Bellot en début de semaine. "Plus de 300 vols ont été annulés ou déroutés au départ de l’aéroport de Liège. Cela se chiffre à plusieurs millions d’euros de pertes. Je ne peux pas laisser faire cela et mettre en péril le développement de ces outils stratégiques pour la Wallonie et risquer de perdre 10.000 emplois à Liège et 4.500 emplois à Charleroi", déplore-t-il dans sa lettre tout en rappelant "qu’en tant que client de Skeyes, j’estime que la Région wallonne est en droit de se faire respecter et d’exiger un service optimal au vu des redevances annuelles payées, près de 8 millions d’euros sans compter les 3 millions d’investissements pris en charge par la Sowaer pour permettre à Skeyes d’opérer sur nos aéroports".

L’impossible régionalisation

Menaçant récemment de se passer des services des contrôleurs aériens de Skeyes pour se tourner vers des acteurs étrangers ou même de régionaliser la compétence, le ministre Crucke a demandé à la Sowaer (l’agence wallonne qui gère les aéroports, ndlr) d’analyser les différentes possibilités. Les conclusions viennent de tomber. "Il y a une forme de colère car je vois bien que par rapport à nos compétences, il y a une forme d’impuissance politique à résoudre le problème. C’est une compétence fédérale et avant tout un conflit social entre Skeyes et quelques membres du personnel", reconnaît-il à la lecture du rapport.

Les experts de la Sowaer ont étudié différents scénarios dont la possibilité de "supprimer purement et simplement l’intervention de Skeyes, en abaissant le plafond d’intervention d’Eurocontrol (qui gère l’espace aérien au-dessus de 24.500 pieds, ndlr)". L’autre piste serait de désigner un nouveau prestataire de services de circulation aérienne. La Sowaer souligne au passage que le contrat de gestion de Skeyes vient à échéance le 1er juillet 2019. "Potentiellement, à partir de cette date, le gouvernement fédéral pourrait confier les missions de prestations de la circulation aérienne à un autre opérateur privé ou non." Une régionalisation partielle du contrôle aérien a également fait l’objet d’un avis mais il semble "difficilement envisageable de disposer de son propre prestataire. Il est en outre à noter que l’accord de coopération est actuellement favorable sur le plan financier aux Régions."

Une autre alternative serait de lancer une procédure en conflit d’intérêts via le comité de concertation. Mais "la décision rendue par le comité de concertation n’est pas contraignante juridiquement", fait remarquer la Sowaer.

La SNCB en exemple

À la lecture de ces différents scénarios, la Sowaer recommande à la Région wallonne la voie de la négociation avec le Fédéral en ajoutant de clauses contraignantes dans le prochain contrat de gestion. Une voie qu’entend suivre Jean-Luc Crucke. "Je ne dis pas que c’est impossible de régionaliser le contrôle aérien mais c’est de l’ordre de l’impossible. L’Europe privilégie un opérateur par État et même des modèles entre différents états. Arriver avec un modèle différent n’est pas impossible mais on doit détricoter beaucoup de choses et on perdrait beaucoup de temps. La solution est de profiter de la reconduction de la convention qui lie Skeyes à l’État fédéral et à la Wallonie pour négocier un service minimum comme on l’a à la SNCB. Pour l’instant, ce service minimum n’existe que pour des raisons humanitaires et lorsqu’on a un aéronef en péril. Nous devons aussi faire inscrire des pénalités financières lorsque des obligations ne sont pas respectées. Enfin, la présence des Régions au sein du conseil d’administration de Skeyes me semble indispensable. Il faut faire travailler le Fédéral et les Régions ensemble dans ce dossier. Il serait très mal venu de ne pas écouter ce que les Régions disent! Il faut rendre le modèle plus efficace par rapport aux clients", conclut le ministre qui attend maintenant un signal fort de la part de François Bellot.

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