La Wallonie fait (enfin) de l'intelligence artificielle une priorité

Benoit Hucq, directeur général de Digital Wallonia. ©BELGAIMAGE

La Wallonie va investir 900.000 euros dans un plan d’amorçage jusqu’en juillet 2020. L’objectif est d’accélérer l’adoption de l'intelligence artificielle (IA) en entreprise et de démystifier la technologie auprès du grand public. À la traîne par rapport à la Flandre, la Wallonie veut développer son potentiel et voir naître des champions de l’IA. La formation sera un axe prioritaire du plan, mais devra attendre mi-2020.

La Wallonie a dévoilé son ambitieux, mais incomplet projet qui a pour objectif principal d’accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) et de favoriser l’éclosion d’un véritable écosystème local en la matière. Initié par l’ancien ministre wallon du Numérique Pierre-Yves Jeholet, le flambeau est aujourd’hui repris par Willy Borsus, qui fait du sujet un point central de sa stratégie numérique. "La Wallonie a besoin de l’émergence d’une industrie 4.0 et cela se fera avec l’intelligence artificielle. Il s’agit d’un enjeu économique clé pour la Wallonie et son redéploiement économique", a déclaré le nouveau ministre lors d’une allocation inaugurale.

Au jour le jour, c’est Digital Wallonia qui pilote l’initiative avec une cellule d’une petite dizaine de personnes dédiées au projet. Le plan imaginé par la cellule comporte 4 axes clés: société, entreprises, formation et partenariats. La phase actuelle, qui court jusqu’en juillet 2020, est celle dédiée aux entreprises avec deux types d’accompagnements mis sur pied. Le premier baptisé ‘Start IA’ va accompagner 25 entreprises wallonnes d’ici à l’été 2020. Le principe est simple, des experts IA vont analyser le profil de l’entreprise et identifier les initiatives IA qui peuvent y être implémentées.

La Wallonie a besoin de l’émergence d’une industrie 4.0 et cela se fera avec l’intelligence artificielle. Il s’agit d’un enjeu économique clé pour la Wallonie et son redéploiement économique.
Willy Borsus
Ministre wallon du Numérique

L’appel à projet est en cours pour sélectionner les entreprises. Déjà 11 d’entre elles sont confirmées. À partir de février 2020, c’est la deuxième étape du plan qui sera mise en place avec ‘Tremplin IA’ qui a pour objectif de mettre en place des applications concrètes dans les entreprises. Pour cette mise en place, on parle de montants allant de 30.000 à 80.000 euros (montants indicatifs) par projet dont 75% seront financés par la Région via Digital Wallonia ou les chèques entreprises.

Une logique de mutualisation des risques sera de mise en essayant de mettre en place des applications concrètes qui peuvent servir à plusieurs entreprises, comme par exemple des outils de maintenance prédictive capables de prévenir les pannes de machines industrielles. Difficile de se faire une idée du nombre d’entreprises qui vont pouvoir bénéficier de ces plans d’accompagnement, même si Pascal Poty, de l’Agence du numérique, espère voir passer "150 à 200 entreprises durant les 3 prochaines années" dans ces deux programmes.

Autre axe qui sera mis en place au début de l’année qui arrive: la formation. Là aussi, on est au balbutiement avec le lancement d’un appel d’offres pour déterminer les acteurs qui seront en charge de former les futurs champions wallons de l’intelligence artificielle. Tout n’est donc pas défini et il ne s’agit ici que d’un brouillon de ce que sera la stratégie wallonne finale.

La Flandre a un temps d’avance

Si l’enjeu est énorme, il y a surtout un énorme retard à rattraper. Par rapport à nos voisins européens d’une part, mais surtout d’autre part par rapport à la Flandre dont le plan pour devenir une région phare en matière d’intelligence artificielle donne l’impression que les deux régions ne jouent pas dans la même cour. Présenté en mai 2019, l’ambitieux plan flamand prévoit un investissement annuel de 32 millions d’euros. Du côté wallon, on parle d’un plan d’amorçage qui sera financé à hauteur de 900.000 euros d’ici à l’été 2020.

900.000 euros d'investissement, cela ne reflète pas encore la totalité de l’argent qui sera mis sur la table pour tenter de faire de la Wallonie une championne de l’intelligence artificielle.

Environ 80% de ce montant sera consacré aux axes dédiés aux entreprises et à la formation. Le montant peut paraître risible par rapport aux investissements flamands, mais ne reflète pas encore la totalité de l’argent qui sera mis sur la table pour tenter de faire de la Wallonie une championne de l’intelligence artificielle. Un cadastre des initiatives est encore en cours et c’est seulement courant 2020 qu’il sera possible de chiffrer l’entièreté des investissements wallons en la matière.

Avec toutes ces initiatives régionales, on cherche et attend l’impulsion fédérale qui pourrait donner un coup d’accélérateur global à notre pays. La Flandre a décidé de ne pas attendre le train fédéral qui tarde à se mettre en marche et fait cavalier seul en la matière. La Wallonie s’y met donc aussi avec un peu de retard et clairement moins de moyens. Le Sud du pays semble encore tâtonner en la matière, mais son retard n’est pas irrémédiable.

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