La Wallonie met en vente ses aéroports de Liège et Charleroi

Les infrastructures commerciales (terminal, parking,…) des aéroports de Liège et de Charleroi vont être cédées aux gestionnaires privés. ©Dominic Verhulst / Dotch.be

Poussée par la Commission européenne, la Wallonie a décidé de réattribuer les licences de gestion des deux aéroports wallons. Le gouvernement espère récolter 75 millions de la vente des infrastructures aéroportuaires commerciales à Liège et à Charleroi. Le ministre en charge, Jean-Luc Crucke, insiste pour que la Région garde une minorité de blocage.

Gros bouleversement en vue pour Liege Airport et Brussels South Charleroi Airport (BSCA). Poussé par un jugement du tribunal de l’Union européenne datant de 2000 et signifiant à la Région wallonne que les activités d’un aéroport sont des activités de nature économiques et les aéroports eux-mêmes des entreprises soumises au droit de la concurrence, la Wallonie enclenche la privatisation.

Le plan, dont un avant-projet de décret a été validé par le gouvernement wallon MR-cdH ce jeudi, consiste à mettre en vente les infrastructures commerciales des deux aéroports wallons (hall de départ et d’arrivée, parking…) qui sont toujours propriétés de la Région. La Wallonie garderait-elle au minimum le foncier et une minorité de blocage dans le capital des gestionnaires de Liege Airport et BSCA.

L’opération, qui doit se finaliser d’ici la fin 2019, pourrait rapporter 75 millions au minimum à la Région wallonne. "D’ici là, il va être important de poursuivre les négociations avec les partenaires privés et les organisations syndicales", assure Jean-Luc Crucke (MR), le ministre en charge des aéroports en Wallonie.

Mise en vente de nouvelles licences

Le point de départ de toute cette opération passe au préalable par une refonte complète du modèle de gestion des infrastructures commerciales des deux aéroports.

La vente des aéroports de Charleroi et Liège doit favoriser les investissements. ©Dries Luyten

Actuellement basée sur un régime de concessions passé entre la Société wallonne des aéroports (Sowaer) et les deux sociétés gestionnaires des aéroports (BSCA pour Charleroi et Liege Airport), la durée de ces concessions de services porte jusqu’en 2041. Or selon le gouvernement wallon cette durée limitée à 20 ans pourrait freiner les investissements. "C’est effectivement un frein pour le développement économique des deux aéroports et les investissements qui se voient limités dans le temps. Il faut garantir les investissements sur le long terme", explique Jean-Luc Crucke.

La solution trouvée par le MR et le cdH est de basculer d’un système de concession vers un système de licences (bail emphytéotique de minimum 27 ans). Outre le fait de rassurer les futurs investissements des deux gestionnaires, cette modification a l’avantage de garantir ceux d’acteurs privés comme Liège Hôtel, TNT-Fedex et Augusta. "Cette mesure doit encourager les investissements", insiste le ministre.

75 millions €
La vente des infrastructures commerciales des aéroports de Charleroi et de Liège pourrait rapporter 75 millions à la Wallonie.

Vu de l’extérieur, cette remise à plat de la convention actuelle qui lie la Région wallonne aux deux gestionnaires pourrait provoquer d’importants bouleversements car en indiquant que "tout opérateur économique potentiellement intéressé pourra ainsi se manifester et se porter candidat pour l’obtention d’une licence", la Région ouvre la porte à l’arrivée de nouveaux acteurs. Mais en pratique, l’arrivée de nouveaux acteurs pourrait être freinée par le ticket d’entrée car outre une indemnisation à payer en cas d’éviction de l’actuel gestionnaire pour couvrir la perte d’exploitation d’ici à 2041, le candidat gestionnaire devra également décaisser d’importants montants financiers pour exploiter les infrastructures déjà aux mains des gestionnaires actuels.

Parallèlement à cette transformation, le gouvernement va céder aux sociétés de gestion les derniers actifs commerciaux (terminal, parking) qu’il possède encore via la Sowaer. La valeur des actifs à céder à Charleroi s’élèverait à 59 millions d’euros et celle des actifs à céder à Liège à 16 millions. La vente pourrait donc rapporter 75 millions d’euros à la Wallonie.

"Il faut garantir les investissements sur le long terme."
Jean-Luc Crucke
ministre wallon des Aéroports

Minorité de blocage

Si toutes ces opérations pourraient potentiellement entraîner des modifications au niveau du capital des gestionnaires des aéroports, la Région n’entend pas perdre son droit de regard dans la gestion des aéroports. Actionnaire à hauteur de 50,21% dans le capital de BSCA et 24,1% dans celui de Liege Airport, Jean-Luc Crucke a ainsi précisé en marge du gouvernement de jeudi qu’il ferait en sorte que la Région garde au minimum une minorité de blocage qui, dans le cas de Charleroi par exemple, équivaudrait à 25% plus une part. "Ce modèle, qui n’est pas une privatisation mais bien une optimalisation, permettra de pérenniser la croissance économique des aéroports et engendrera dès lors un développement de l’emploi direct et indirect sur les plateformes aéroportuaires", conclut le ministre.

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