La Wallonie n'a plus assez de grands terrains pour accueillir les investisseurs

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Le ministre de l’Économie s’inquiète de la raréfaction de grands terrains pour accueillir les investisseurs étrangers. Des zones comme Liège, Mouscron ou le Brabant wallon sont particulièrement touchées par cette situation. Les zonings économiques wallons sont eux au bord de la saturation avec un taux moyen d’occupation de 85%.

Il y a près de deux ans, en janvier 2018, l’Awex tirait la sonnette d’alarme. Dans une note confidentielle relayée par L’Echo, l’agence wallonne du commerce extérieur s’inquiétait du manque de grands terrains de plus de 15 hectares immédiatement disponibles pour les investisseurs en Wallonie. Le cadastre réalisé par l’Awex pointait une situation particulièrement problématique à Liège.

Cette information avait provoqué la colère du ministre de l’Économie de l’époque qui ne manqua pas de rappeler à l’ordre son administration estimant que "cette image de manque de terrains n’est pas correcte." L’histoire semble pourtant se confirmer! Interrogé mardi au Parlement wallon par la députée libérale Rachel Sobry, le nouveau ministre de l’Économie Willy Borsus s’est montré inquiet concernant "la raréfaction de grandes surfaces à usage industriel, particulièrement des parcelles de l’ordre de ou supérieures à 10 hectares."

Saturation dans certains zonings

Voici la situation… À l’inverse de la Flandre qui commence à être à l’étroit et ne possède plus énormément de terrains disponibles pour accueillir les entreprises, la Wallonie jouit de larges espaces vierges. Elle compte également 280 parcs d’activité économique. Cette photographie cache cependant une autre réalité que ne nie pas Willy Borsus. "Le taux moyen d’occupation des zones d’activité économique est de l’ordre de 85%." La situation serait particulièrement critique à Liège et dans le Brabant wallon, où les sites sont saturés.

"Le taux moyen d’occupation des zones d’activité économique est de l’ordre de 85%."
Willy Borsus
Ministre de l’Économie

Le problème se pose surtout pour les grands terrains, souvent source d’attractivité pour les investisseurs étrangers en quête d’espace. "C’est pourtant la première chose qu’un investisseur demande", insiste une source. "Il recherche de l’espace et un terrain qui soit équipé et surtout qui puisse être disponible rapidement." Or, à écouter Willy Borsus, ces espaces deviennent des denrées rares en Wallonie. "Il est difficile de proposer de grandes parcelles de terrain qui soient rapidement opérationnelles."

Derrière ce constat politique se cache une réalité complexe. La Wallonie dispose aujourd’hui d’un stock de terrain de grande taille de 703 hectares. C’est 23% de moins qu’en 2017. Il s’agit cependant d’une offre brute. En réalité, différentes procédures rendent certains terrains inutilisables à court ou moyen terme. "On doit considérer qu’un peu plus de la moitié du stock initial, soit seulement 434 hectares, semble immédiatement utilisable." Et si on prend en compte certains délais de mise en œuvre des terrains, le stock passe à 214 hectares immédiatement activables. Or, avec les besoins des grands acteurs qui varient de quelques hectares à une centaine d’hectares, les possibilités d’accueil sont limitées.

Liège vs Charleroi

La situation est particulièrement problématique du côté de Liège, où près de 90% des zones industrielles sont saturées. Actuellement, un seul terrain de 10 hectares est disponible.

"Il nous est quasi impossible de proposer dans ces zones (Mouscron et Brabant wallon) une localisation de grande taille satisfaisante, avec le risque que les porteurs de projets s’orientent vers d’autres régions d’Europe ou d’autres régions limitrophes de notre territoire."
Willy Borsus

Les cas de Mouscron et du Brabant wallon sont également à surveiller. "Il n’y a plus rien", dit-on. Une affirmation que confirme Willy Borsus. "Il nous est quasi impossible de proposer dans ces zones une localisation de grande taille satisfaisante, avec le risque que les porteurs de projets s’orientent vers d’autres régions d’Europe ou d’autres régions limitrophes de notre territoire, particulièrement à l’affût de nouveaux investissements. C’est notamment le cas des Hauts-de-France." Du côté de Charleroi, la situation est moins tendue et la métropole dispose toujours de beaux terrains. Mais Willy Borsus observe "que plusieurs d’entre eux font l’objet de réservation pour des projets en cours et qu’un seul site, anciennement occupé par Caterpillar, représente, lui, une superficie de 100 hectares" et est actuellement promis pour le projet Thunder Power.

Seule la région du Cœur du Hainaut parviendrait encore à mobiliser certains grands terrains. Pour Bernard Piette, directeur du pôle de compétitivité Logistics, le principal problème est souvent lié aux délais. "Entre l’identification d’un terrain, les permis et son aménagement, il faut compter une dizaine d’années."

Cette situation n’est évidemment pas sans risque pour l’attractivité de la Région. Elle doit surtout forcer le nouveau gouvernement wallon à accélérer le tempo dans la reconversion des anciennes friches industrielles et l’obliger à se doter d’une vision politique claire "en obligeant par exemple les commerces à s’installer dans le centre des villes ou en libérant de nouveaux espaces", estime un acteur du dossier. La question du timing a aussi son importance! Dans la perspective du stop béton décrété pour 2050, la Wallonie doit se doter d’une réserve foncière suffisante pour assurer son développement économique.

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