La Wallonie ne capte que 11% des aides européennes à la recherche en Belgique

Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie, de l'Industrie et de l'Innovation ©BELGA

La Commission européenne propose une enveloppe de 100 milliards d’euros pour la recherche et innovation après 2020. La Wallonie en tirera parti? Selon les derniers chiffres, elle reste le maillon faible de la Belgique en la matière.

La Wallonie est le mauvais élève de la Belgique lorsqu’il s’agit d’aller chercher des financements de recherche et innovation européens. Le programme de financement Horizon 2020, lancé en 2014, avait injecté à la fin avril 1,48 milliard d’euros en Belgique, mais les chercheurs et entreprises de Wallonie n’en avaient capté que 10,8% – soit 160 millions d’euros.

"La donne n’a pas changé en faveur de la Wallonie, la tendance s’est même renforcée."

Contrairement aux fonds structurels, subsides cofinancés en fonction du niveau de richesse des Régions, les fonds du programme Horizon 2020 sont octroyés sur dossier à des projets de recherche individuels ou collectifs. La qualité des dossiers entrés à la Commission européenne pour obtenir ces financements est donc essentielle. Or à ce sport-là, la KULeuven est passée maître – même du point de vue européen, souligne une source européenne pour tenter d’expliquer le déséquilibre entre les deux grandes Régions belges. La Flandre a obtenu 49,8% des aides d’Horizon 2020, tandis que Bruxelles en a capté 39,3%.

La faiblesse wallonne en la matière n’est pas un constat nouveau. En octobre 2014 déjà, L’Echo révélait que sur l’ensemble du programme de financement précédent (2007-2013), la Wallonie n’était parvenue à capter que 15% du total des aides allouées en Belgique. Le ministre wallon alors en charge de l’Innovation, Jean-Claude Marcourt, avait fait part de son intention de créer un groupe de travail en vue de faire des propositions pour changer la donne. Quatre ans après, la donne n’a pas changé en faveur de la Wallonie, la tendance s’est même renforcée.

Pour 100 milliards de plus

C’est dans ce contexte que la Commission européenne a proposé jeudi de gonfler son enveloppe d’aide pour la prochaine période de programmation financière. Le nouveau programme, baptisé HorizonEurope totaliserait ainsi 97,6 milliards d’euros pour la période 2021-2027 (auxquels s’ajoutent 2,4 milliards pour la recherche nucléaire).

La Commission crée ainsi un Conseil européen de l’innovation (EIC) doté de 10,6 milliards d’euros: un guichet unique ouvert aux "acteurs de l’innovation à fort potentiel".

Avec quelques nouveautés. La Commission crée ainsi un Conseil européen de l’innovation (EIC) doté de 10,6 milliards d’euros: un guichet unique ouvert aux "acteurs de l’innovation à fort potentiel". Pour permettre par exemple que quand une chercheuse demande de l’aide à la Commission pour produire de l’énergie à partir de plantes, elle ne se retrouve pas face à l’administration de l’Énergie et celle de l’Agriculture se renvoyant la balle sans finalement sortir le moindre euro.

La Commission entend aussi lancer de grandes missions européennes. Elles devront être audacieuses, réalisables et compréhensibles – un peu comme quand John F. Kennedy a donné mission aux chercheurs américains d’envoyer un homme sur la Lune, explique le commissaire en charge, Carlos Moedas. Pour le coup, la Commission parle plutôt de lutte contre le cancer ou la pollution des océans.

Pas de grand changement pour le troisième grand pilier du programme HorizonEurope : la recherche fondamentale. Le financement est augmenté, à 16,6 milliards d’euros, dont l’essentiel revient au Conseil européen de la recherche. Les chiffres sont donc sur la table, reste à chaque région, à chaque acteur, d’ajuster ses ambitions.

3 questions à Vincent Blondel, recteur de l’UCL

Vincent Blondel est aussi président de l’association d’universités européennes "The Guild"

1/ La KULeuven capte plus de fonds de recherche de l’UE que toutes les universités francophones réunies. ça peut changer avec HorizonEurope?

L’UCL a obtenu environ 100 millions* d’euros du Conseil européen de la recherche, plus que l’ensemble des universités polonaises, par exemple. Mais on vit dans des réalités économiques, budgétaires et démographiques différentes de la Flandre.

2/ Le budget européen pour la recherche fondamentale augmente, satisfait?

Il augmente en chiffre absolu, mais il baisse en proportion de l’enveloppe totale allouée à la recherche et innovation. Comme une dizaine d’associations d’universités, The Guild, présidée par l’UCL, plaide pour un doublement du budget de l’ERC, le Conseil européen de la recherche qui finance la recherche fondamentale. Or on passe ici de 13,1 à 16,6 milliards d’euros. Jusqu’à présent, l’ERC a été particulièrement efficace. Il dispose par exemple de 17% du budget mais apporte 29% des nouveaux brevets. The Guild plaide pour qu’il soit doté d’un quart du budget R&I, on en est loin.

3/ Cet équilibre est notamment lié à la création d’un Conseil européen de l’innovation (CEI). Une bonne chose?

On ne peut que soutenir la volonté de mieux connecter recherche et innovation. Mais je constate que ce CEI reçoit d’entrée de jeu un soutien très fort: 10,6 milliards, ça paraît un montant extrêmement important pour un outil totalement neuf. Cela ne peut pas se faire au détriment de dispositifs qui ont fait leurs preuves. 

 

(*) Millions et évidemment pas "milliards", comme l'indiquait erronément la première version de cet article : le chiffre de 100 milliards d'euros correspond à l'ensemble du programme HorizonEurope. (F.R.)

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