La Wallonie parie sur l'hydroélectrique plutôt que sur l'éolien

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La Wallonie a l'ambition d'augmenter sa production hydroélectrique de 100 GWh d'ici 2030, pour alimenter jusqu'à 104.000 logements. Une filière moins coûteuse et moins nuisible que l'éolien

"Cest la première fois que cela arrive au barrage de Hun. Il faut dire qu’il a fait très sec ces dernières semaines. Le débit de la Meuse nous a obligés à mettre à l’arrêt cinq des six turbines", explique Léon Rutten. Nous sommes en bordure de la Haute Meuse, à quelques kilomètres d’Yvoir. À ce niveau de la Meuse, le débit tourne d’ordinaire autour de 150 m³ par seconde. "Pour être au maximum de notre production, le débit doit tourner autour de 112 m³ par seconde". Aujourd’hui, c’est beaucoup moins.

L’entreprise Energie-Fleuves que dirige Léon Rutten exploite cette centrale hydroélectrique depuis 2013. Posée en aval de l’écluse, la machine permet d’alimenter les besoins en électricité d’environ 2.900 ménages. "C’est l’équivalent de la ville d’Yvoir", lance-t-il.

Et ce n’est qu’un début! Energie-Fleuves a reçu l’autorisation de la Société wallonne de financement complémentaire desinfrastructures (Sofico), qui gère les concessions hydrauliques pour le compte de la Région, d’exploiter 9 centrales hydroélectriques sur la Haute Meuse. "La production d’énergie totale représentera la production de 21 éoliennes et la consommation de 18.000 ménages."

Le ministre wallon de l’Énergie Paul Furlan aimerait en faire plus. En visite à Hun mardi, il suit les développements de l’entreprise de Léon Rutten avec intérêt. "N’hésitez pas à contacter mon cabinet si vous avez des questions, lance-t-il au patron. La Wallonie doit mieux exploiter ses capacités hydrauliques pour produire son électricité. Ici, et c’est ce que je trouve très intéressant, la machine produit trois fois plus d’énergie qu’une éolienne. Le coût est également un facteur important. Développer un barrage hydraulique revient moins cher que de l’éolien. Cela provoque aussi moins de nuisance que l’éolien."

Conquis par le procédé, Paul Furlan entend mieux utiliser les capacités hydrauliques wallonnes pour atteindre les objectifs en matière de production renouvelable. "La Wallonie a l’ambition de produire entre 12,5% et 13% d’énergie renouvelable d’ici 2020. Même si le potentiel hydraulique est relativement faible chez nous et ne solutionnera pas tout, nous pouvons mieux l’exploiter."

D’après les chiffres du cabinet du ministre, la filière hydraulique a contribué à hauteur de 1,6% de la consommation finale d’électricité en 2013.

Réhabiliter les vieux moulins

Outre les 9 barrages déjà prévus sur la Haute Meuse, la Sofico va installer 3 barrages sur l’Ourthe et 6 sur la Basse Sambre. "Ces développements sont très intéressants pour la maintenance de nos voies navigables. Les concessionnaires des barrages sont par exemple obligés de nettoyer l’eau. Nous percevons aussi un pourcentage sur la production. Ces recettes sont directement réinjectées dans la rénovation des écluses", explique Jacques Dehalu, l’administrateur délégué de la Sofico.

Le plan d’action du ministre est sur les rails. "On va faire le maximum. Les technologies ont évolué. Ce qui n’était pas rentable hier l’est aujourd’hui", estime Paul Furlan. La Wallonie a ainsi identifié 21 sites exploitables.

Avec une capacité de production de 360 GWh, le parc hydraulique wallon équivaut déjà à la consommation de 104.000 logements. Le sud du pays espère accroître ce potentiel de 100 GWh à l’horizon 2030.

Outre l’arrivée de nouveaux barrages, le ministre espère réhabiliter plusieurs centaines de sites sur les voies non navigables. Le site du Barrage du Lac de Doyards à Vielsalm va par exemple être adapté pour produire 650 MWh par an. Les anciens moulins vont également être sollicités. "Nous avons prévu un mécanisme de certificats verts pour aider les candidats à la réhabilitation d’un site. Mais il est hors de question de retomber dans les travers du passé. Le nombre de certificats a été fixé. La Wallonie va maîtriser l’investissement. Il faut éviter l’anarchie", prévient le ministre.

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