analyse

La Wallonie pique-t-elle moins vite que la Flandre?

De 19 hubs hospitaliers devant desservir en vaccins quelque 1.300 institutions, la Wallonie est en train de passer à 5 centres de stockage, d'où partiront les doses pour les 52 centres de vaccination. ©BELGA

Si la Wallonie a, un temps, décroché, c'est dû à un moindre engouement du personnel de santé pour la vaccination. La semaine passée, 130.000 doses ont été administrées.

Cela ne fait avancer personne plus vite, mais il faut croire que cela rassure – surtout, ne pas être le dernier. Alors que la vaccination est loin d'avoir atteint sa vitesse de croisière en Europe, on y joue à qui pique le moins lentement, chaque pays pouvant même mettre en avant le critère qui le désavantage le moins. Un sport que l'on pratique également dans nos frontières, dans sa déclinaison belgo-belge: laquelle des trois Régions vaccine le plus vite?

Éliminons d'emblée Bruxelles, disqualifiée par les statistiques. Des deux concurrents restants, c'est la Flandre qui l'emporte, et ce depuis la mi-février, malgré un démarrage un rien plus lent. Alors quoi, la Wallonie vaccine-t-elle réellement plus lentement que la Flandre? Ce n'est pas si simple, nuance Yvon Englert, délégué général Covid-19 pour la Wallonie. Qui y voit un indicateur, pas une course.

"L'adhésion du personnel de santé a été plus forte en Flandre."
Yvon Englert
Délégué général Covid-19 pour la Wallonie

C'est vrai, aux alentours du 20 février, la courbe wallonne de première injection a décroché, laissant la Flandre prendre les devants. En cause? "Une moins bonne réponse en provenance de la première ligne de soins", explique Yvon Englert. Invité à se faire vacciner, le personnel de santé ne s'est pas forcément précipité. "Beaucoup avaient déjà été vaccinés via les hôpitaux, mais la réponse venant de la seconde partie n'a pas été très bonne. L'adhésion a été plus forte en Flandre."

"Semaine de tous les dangers"

Une page qui est (presque) tournée, puisque depuis l'ouverture des centres de vaccination le 15 mars, la courbe wallonne vient recoller la flamande. On écrit "presque", parce que cet accueil plus mitigé va à présent se répercuter sur la courbe de la vaccination complète – le léger décrochage de la première dose se reproduit pour la seconde, avec quelques semaines de décalage.

"Nous avons fait face à étonnamment peu d'annulations. On s'attendait à nettement plus de difficultés."
Yvon Englert
Délégué général Covid-19 pour la Wallonie

Justement: un premier bilan, suite à l'ouverture des centres de vaccination? "Cela a été une semaine d'enfer", sourit Yvon Englert. "Notamment parce que nous avons revu tous nos plans, au cas où le vaccin d'AstraZeneca serait suspendu. À ce sujet, il est remarquable que la Belgique ait tenu bon." En attendant, cette première semaine s'est mieux déroulée que prévu. "Nous avons fait face à étonnamment peu d'annulations. On s'attendait à nettement plus de difficultés. La position ferme de Frank Vandenbroucke a aidé."

Sans oublier que c'était "la semaine de tous les dangers", avec l'ouverture de centres montés en moins de deux semaines. Et le début du passage d'un stock décentralisé sur 19 hôpitaux, chargés de couvrir quelque 1.300 institutions collectives, à un système à 5 hubs, qui alimenteront les 52 centres de vaccination wallons. "Cela facilitera la gestion. Le transfert devrait être bouclé pour le début du mois d'avril."

130.000
doses
Entre lundi et vendredi derniers, au moins 130.000 doses ont été administrées en Wallonie. Cette semaine, on devrait tourner autour des 100.000 injections. Loin encore de la capacité maximale, qui est de 200.000.

Entre lundi et vendredi passés, au moins 130.000 piqûres ont été effectuées (quelque 91.000 rendez-vous pris dans les centres et environ 39.000 au sein d'institutions). Et cette semaine, la Wallonie devrait tourner autour des 100.000 injections. Non sans mal, parce que les livraisons ne suivent pas. Si Pfizer accélère, AstraZeneca ne tient, pour le moment, qu'un tiers de ses promesses. "Nous en sommes, pour l'heure, à environ 75.000 doses livrées par semaine. La semaine qui vient sera sans doute la plus difficile."

"Fantasme!"

Les mathématiques ne trompent guère: plus de 130.000 doses sorties, pour quelque 75.000 entrées. "Cette semaine-ci, on a bénéficié du surplus de la vaccination de la première ligne", détaille Yvon Englert. "Mais on est en train de tout vider. Ce fantasme de centaines de milliers de doses de vaccin dormant dans les frigos est totalement faux. On est tout le temps en danger d'être trop court!"

"Ce fantasme de centaines de milliers de doses de vaccin dormant dans les frigos est totalement faux. On est tout le temps en danger d'être trop court!"
Yvon Englert
Délégué général Covid-19 pour la Wallonie

D'autant plus qu'il faut jongler avec premières et secondes doses. Pas évident quand le nombre de doses reçues relève de la surprise. "Chaque semaine, cela varie. Pfizer a fait des efforts; on dispose à présent d'un calendrier jusqu'à la mi-avril. Si Moderna et AstraZeneca faisaient de même, cela nous permettrait de sortir la tête de l'eau. Mais on va y arriver!" Yvon Englert martèle: "We're going to make it!"

Dès avril, on accélère!

Ceux qui trépignent devant le rythme de la campagne de vaccination peuvent souffler: le tempo devrait nettement s’intensifier, suivant le flux des livraisons – peut-être avait-on oublié qu’il n’avait jamais été question que les vaccins tombent du ciel durant le premier trimestre 2021. En tout, à la mi-mars, la Belgique a reçu 1,877 million de doses. Soit à peu près ce qui est attendu d’ici la fin avril, puisque du 22 mars à début mai, quelque 1,81 million de doses sont annoncées. Et ce sans compter le vaccin de Johnson & Johnson, qui pourrait débarquer à partir de la mi-avril.

Et ce n’est qu’un début, puisque la véritable accélération est pour mai. En tout, le second trimestre devrait voir arriver pas loin de 8 millions de doses.

De quoi modifier la stratégie? Ce n’est pas impossible. Jusqu’ici, face à un arrivage limité, la Belgique a opté pour une forte priorisation des injections, privilégiant les personnes les plus à risques. Ce qui a du sens, mais prend du temps, reconnaît la task force vaccination. «Parce qu’il faut identifier les gens, puis les convoquer.» Une fois que les vannes des vaccins seront grand ouvertes, peut-être faudra-t-il changer d’optique, en allant plus vite, et en brassant plus large. À voir.

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