La Wallonie planche sur une recapitalisation de l'aéroport de Charleroi

Le CEO de l'aéroport de Charleroi, Philippe Verdonck, s'attend à un manque à gagner de 50 millions d'euros cette année contre 35 millions d'euros auparavant. ©BELGAIMAGE

Une recapitalisation de 50 à 100 millions d'euros de l'aéroport de Charleroi serait sur la table du ministre Crucke pour faire face aux pertes liées à la crise sanitaire.

A Charleroi, si l’aéroport a, ces dernières semaines, moins fait parler de lui que son voisin bruxellois, la situation n’en demeure pas moins préoccupante. Et ce n’est évidemment pas une surprise. "La baisse de l’activité est importante.  Elle est sous contrôle mais inquiétante par rapport à une situation classique. On doit tenir compte de cette période particulière", explique une source proche du dossier. Une autre est plus alarmiste et parle même d’une situation de "faillite virtuelle".

"Au niveau de la trésorerie, on tiendra l'année 2020 sans problème. Ensuite, il faudra voir en 2021 avec le report des redevances."
Philippe Verdonck
CEO de Brussels South Charleroi Airport

Il faut dire que la reprise des vols ne se passe pas exactement comme prévu. L’aéroport carolo tablait par exemple sur une reprise des vols vers le Maghreb qui n’a pas eu lieu alors que certains vols risquent à nouveau d’être annulés avec une situation sanitaire qui évolue négativement dans de nombreuses régions. "La reprise des vols au Maghreb aurait constitué un bon coup de pouce. Avec d'autres destinations à droite, à gauche, on aura 600 vols annulés sur les deux mois", nous répond Philippe Verdonck, le CEO de l'aéroport. Il réfute par contre l'idée que l'aéroport serait en faillite virtuelle. "Au niveau de la trésorerie, on tiendra l'année 2020 sans problème. Ensuite, il faudra voir en 2021 avec le report des redevances", ajoute-t-il.

Le manque à gagner 2020, que le patron estimait à 35 millions d'euros il y a quelques mois, serait maintenant de 50 millions d'euros, notamment parce que toute l'activité commerciale sur l'aéroport tourne au ralenti par rapport à la normale. Philippe Verdonck s'attend donc à une perte nette d'environ 20 millions d'euros en 2020.

50 à 100
millions d'euros
On évoque un besoin de recapitalisation de l'aéroport de 50 à 100 millions d'euros.

Selon nos informations, le management de l’aéroport, en partenariat avec les actionnaires, dont la Région wallonne qui contrôle 72% du capital à travers la Sowaer, réfléchit à un plan de relance. "Il s’agit d’identifier les sources possibles de baisses de dépenses, les façons d’augmenter les recettes et une augmentation des fonds propres", explique un des acteurs.

Recapitalisation

Derrière ce schéma classique, un des enjeux va rapidement tourner autour d’une recapitalisation de la société. On évoque un besoin de 50 à 100 millions. Une des pistes à l’étude consisterait à transférer un des actifs commerciaux comme le terminal dans le capital de l’aéroport. Pour rappel, l’aéroport ne possède pas d’actifs commerciaux. Ceux-ci sont la propriété de la Région wallonne. Ce transfert de propriété permettrait notamment à l’aéroport de payer moins de charges (loyers).

Du côté du cabinet du ministre Jean-Luc Crucke (MR), on ne veut pas commenter nos informations. "Le cabinet suit de près les développements des aéroports régionaux et c'est donc normal que des contacts quotidiens soient pris en ce sens. Mais rien de plus à ce stade", nous y dit-on.

Dans les discussions, le sort de l’actionnaire minoritaire Belgian Airports doit également être pris en compte. "Vont-ils participer à l’augmentation de capital ou vont-ils préférer être dilués ?", s’interroge un proche du dossier.

"L’État fédéral va aider SN Brussels Airlines et Aviapartner, mais personne ne s’insurge à Charleroi, ou du côté des politiques wallons, alors que Zaventem nous a attaqués par le passé pour aide illégale."
Alain Goelens
Secrétaire permanent du SETCa

Par ailleurs, les responsables de l’aéroport doivent affronter les demandes de certains de leurs clients aériens. Il y a quelques mois, Ryanair a écrit à la direction de l’aéroport de Charleroi pour renégocier ses coûts. Philippe Verdonck tient néanmoins à souligner que les stratégies de Ryanair et de Wizz Air leur ont permis de redémarrer plus vite que d'autres.

Quoi qu'il en soit, les prochaines semaines seront cruciales. "Il y a un danger de restructuration comme c’est le cas dans tout le secteur aérien mondial", constate un observateur.

Crainte de restructuration

C’est justement ce que l’on craint du côté des travailleurs. "On est à la corde. On voit que l’État fédéral va aider SN Brussels Airlines et a décidé d’injecter 25 millions chez Aviapartner, mais personne ne s’insurge à Charleroi, ou du côté des politiques wallons, alors que Zaventem nous a attaqués par le passé pour aide illégale. Finalement, on a l’impression qu’il n’y a que Zaventem qui compte", bondit Alain Goelens, secrétaire permanent du SETCa.

Il en a notamment envers le conseil d'administration qui est resté beaucoup trop silencieux, selon lui, durant cette crise. "On ne les entend pas, ils s’occupent de peccadilles. Ce qui donne des prétextes aux politiques pour ne pas réagir. Le CA aurait pour tâche de savoir ce qui se passe à Zaventem et d’avoir des réactions un peu plus vives qu'à l’heure actuelle. Nous n’aurons pas de président jusqu’en mai, juin 2021 avec le renouvellement du CA et l’arrivée d’Ecolo et du PTB à celui-ci. En attendant, nous avons un président fantoche faisant fonction", déplore le syndicaliste.

Yves Lambot, de la CNE, est moins offensif. "Je ne vois pas tellement ce que le management aurait pu faire d’autre. On fait le gros dos et on espère que l’on pourra reprendre au plus vite", dit-il.

A Charleroi, contrairement à Zaventem, toutes le opérations au sol sont réalisées par du personnel de l’aéroport. Ce qui fait que l'emploi y est d'environ 600 personnes. La moitié du personnel est au chômage économique à cause de la crise sanitaire. La proportion est plus grande du côté du personnel administratif que pour le personnel opérationnel. "Tant que l’on travaille avec les mesures du Covid, ça rassure les esprits", dit Yves Lambot. Mais la crainte est que la crise dure et que l'on se retrouve avec trop de personnel de manière structurelle.

Philippe Verdonck explique que pour août et pour septembre, il reste plutôt positif avec une activité de 50 à 60% de la normale. Il craint néanmoins l'évolution pour les mois qui suivent. "Ça reste compliqué. Les couleurs changent tous les jours, ce qui ne facilite pas les choses. On aurait besoin d’une clarté au niveau européen. Aujourd'hui, chaque pays fait ce qu’il veut. Ce n’est pas évident de réserver un vol. Le lundi soir tout est en ordre pour votre destination et subitement elle est rouge le mardi", déplore-t-il.

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