La Wallonie règne sur une galaxie valorisée à 7,3 milliards d'euros

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D’après la Cour des comptes, la Wallonie possède 250 actifs pour une valeur de marché de 7,3 milliards.

Dans quel état se trouve la situation financière de la Wallonie? Alors que le conclave budgétaire s’ouvre ce lundi, un petit tour du propriétaire de la maison Wallonie semble judicieux. On ne va pas se mentir, avec un taux d’emploi de 63,7%, un chômage qui oscille autour des 200.000 demandeurs d’emploi et une dette financière de 21,7 milliards à la fin 2018, la dot que peut offrir la Wallonie n’est pas très alléchante.

Et ce n’est malheureusement pas mieux du côté du budget avec un gouvernement PS-MR-Ecolo pris en tenaille entre les restrictions européennes et les besoins d’investissements. D’ici la fin du conclave budgétaire, voici les grandes tendances: en repoussant le retour à l’équilibre en 2024, le gouvernement PS-MR-Ecolo espère dégager des marges de manœuvre pour une série de grands projets. On parle d’une enveloppe globale de 4 milliards d’euros sur l’ensemble de la législature pour des investissements dans la mobilité, l’économie d’énergie ou le logement social. Cet objectif a évidemment un revers: la dette!

L’endettement se creuse

La trajectoire budgétaire empruntée par la nouvelle coalition wallonne va plomber la dette du sud du pays. Les chiffres seront confirmés d’ici la fin du conclave mais les dernières estimations parlaient d’un déficit de 250 millions pour 2019 et d’environ 500 millions pour 2020. Soit au total un montant d’environ 750 millions d’euros qui vient se greffer à la dette globale de la Wallonie.

"Derrière cette dette, il y a des actifs financiers. La dette que nous avons est une dette brute et pas nette."
Jean-Luc Crucke
Ministre du Budget

Voilà pour le côté pile! Mais, fort heureusement, la Wallonie financière n’est pas faite que de dettes et de déficits. Dans cette équation, un récent rapport de la cour des comptes pourrait soulager le moral de l’autorité publique. Le ministre du Budget Jean-Luc Crucke (MR) l’a d’ailleurs bien compris. Daté de fin mai 2019, ce rapport traite des participations financières de la Région wallonne. "Derrière cette dette, il y a des actifs financiers. La dette que nous avons est une dette brute et pas nette", souligne d’ailleurs le cabinet du ministre du Budget. "C’est une dette productive"…

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Les bijoux de famille

La Wallonie régnerait ainsi sur une galaxie de 250 actifs dans lesquels elle détient des participations. En valeur de souscription, la Cour des comptes évalue ces participations à 5,4 milliards d’euros à la fin 2017. À ce montant, elle ajoute une valeur de marché. En gros, les experts de la Cour ont tenté de valoriser les participations au prix actuel du marché (au 31/12/2017). On arrive ainsi à 7,3 milliards d’euros.

Que trouve-t-on dans cette galaxie? Outre les participations dans des sociétés industrielles comme la Sonaca, la FN ou des PME, ce montant englobe une série d’actifs publics où la Wallonie est actionnaire comme les deux aéroports wallons, les ports autonomes, les outils financiers comme la Sogepa ou la SRIW, les invests, les sociétés de logement. Soit, comme le souligne la Cour, pas moins de 250 actifs disséminés à travers le territoire.

En termes de participations aux bénéfices, ces participations n’ont rapporté que 35,8 millions entre 2013 et 2017.

On ne va évidemment pas parler d’un trésor de guerre. La majorité de ces actifs sont difficilement cessibles, soit par leur finalité comme les sociétés de logement, soit par leur intérêt stratégique pour la Région comme les ports, mais ensemble, ils représentent une valeur comptable qui vient redorer le blason de la Région wallonne au moment d’aborder la renégociation de ses emprunts auprès des investisseurs institutionnels. "Ce rapport présente l’entité de la Région sous un visage plus avantageux. On peut expliquer que la dette wallonne finance des investissements productifs", estime le cabinet Crucke.

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Pas des machines à cash

Il serait cependant présomptueux de parler de véritables vaches à lait ou machines à cash. Entre 2013 et 2017, "le montant total des participations aux bénéfices perçu par la Région s’est élevé à 35,8 millions d’euros". La Cour note cependant pour 2018 un dividende de 30 millions en provenance de la SRIW et Wespavia.

Carton rouge | La comptabilité à l’âge de la pierre

Derrière le travail de fourmi réalisé par les experts de la Cour des comptes, il y a un sérieux avertissement. Il concerne l’état de la comptabilité régionale. À lire les critiques incessantes de la Cour, dans ce rapport comme dans d’autres ces dernières années, la Wallonie en serait toujours à l’âge de la pierre.

Le rapport sur les participations de la Wallonie est éclairant. Après avoir constaté en 2013 que la Région ne disposait pas d’un inventaire exhaustif et centralisé de ses participations financières, l’institution a réitéré son constat lors de cet audit. "Les participations financières de la Région wallonne ne font toujours pas l’objet d’un recensement exhaustif ni d’un suivi centralisé par la Région". En d’autres mots, sans le travail de la Cour des comptes, personne en Wallonie n’aurait été capable de donner le montant global des participations financières de la Région.

Pourquoi une telle lacune? La Cour explique dans son rapport "que la Région ne dispose actuellement pas des outils nécessaires à la gestion d’un portefeuille de participations financières. Or la tenue d’un inventaire précis des participations est pourtant le moyen le plus efficace pour disposer, à tout moment, d’un ensemble d’informations nécessaires à leur gestion optimale."

À l’heure du big data et du digital, cette remontrance fait très mauvais genre. La Cour n’hésite d’ailleurs pas à dire que "les carences constatées nuisent à la transparence comptable."

Dans ses petits souliers, la Région a pris note des remontrances de la Cour. "C’est vrai, la tenue de la comptabilité patrimoniale est lacunaire. Il nous fallait un outil informatique", avoue-t-on dans les hautes sphères wallonnes. Les choses pourraient heureusement s’améliorer avec l’implémentation d’un système comptable SPA dès 2020 dans le cadre de la réglementation Wbfin.

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