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La Wallonie veut s’imposer une norme de stabilité

©Photo News

Face au niveau inquiétant de la dette wallonne, et devant un horizon qui s’obscurcit, le ministre du Budget veut imposer par décret une norme d’économie de 1% des recettes.

Au centre d’un rapport d’experts, la dette wallonne inquiète de plus en plus les dirigeants politiques wallons avec cette question délicate: demain, cette dette sera-t-elle toujours soutenable?

Auditionné par les députés wallons ce lundi, Jean Hilgers, le président de la commission externe de la dette et des finances publiques chargée par le gouvernement de dresser un état des lieux de la dette, est revenu sur les conclusions du rapport. Le document dévoile cette perspective inquiétante. De 28 milliards aujourd’hui,  la dette de la Wallonie continuerait de se creuser jusqu’en 2030 pour atteindre quelque 48 milliards. Elle deviendrait même insoutenable! D’où cette ligne directrice suivie par les experts pendant leurs travaux: "comment permettre à la Région wallonne de garder son sort financier entre ses mains?", résume Jean Hilgers.

"À ce moment-là, il faudrait mieux que la Région wallonne ait une trajectoire qui change pour sa dette afin d’avoir une histoire à raconter."
Jean Hilgers
Président de la commission externe de la dette et des finances publiques

Le directeur à la Banque nationale de Belgique n’exclut pas une crise souveraine à la sortie de la crise actuelle. "À ce moment-là, il faudrait mieux que la Région wallonne ait une trajectoire qui change pour sa dette afin d’avoir une histoire à raconter (aux marchés, NDLR)", lance-t-il en s’inquiétant notamment de l'impact qu'une hausse des "spreads" (différentiels de taux d'intérêt, NDLR) pourrait avoir sur la Wallonie.

Des efforts structurels

Face à cette épée de Damoclès, le rapport a conseillé au gouvernement de lancer un effort budgétaire annuel de 1% des recettes, soit 150 millions d’euros.

"Il faut amener la dette wallonne à retrouver un chemin de stabilité, et puis de réduction. Nous pensons que 1% des recettes est quelque chose qui parait suffisant, faisable et raisonnable avec un large consensus politique", estime Jean Hilgers qui évoque un fléchissement de la courbe à partir de 2025-26. "L’effort sera suffisant", souligne-t-il face aux interrogations des députés, "pour autant que l’effort soit appliqué de manière systématique."

28
Milliards €
La dette de la Région wallonne se monte à 28 milliards d'euros aujourd'hui. Sans changement, elle pourrait atteindre 48 milliards en 2030.

Cet objectif d’économies est cependant lié à la réalisation du budget base zéro (BBZ). Ce travail d'analyse lancé par le gouvernement PS-MR-Ecolo vise à remettre à plat les dépenses publiques de la Région d’ici mars 2022. "Cela devra être fait de façon systématique et de manière crédible en intégrant cette approche dans un décret", prévient le président de la commission des experts.

Prise de conscience politique

Le député de l’opposition cdH André Antoine se montre pourtant perplexe au sujet de ce fameux BBZ. "Pour nous parlementaires, le budget base zéro reste une large inconnue. On voudrait y voir des chiffres." Tout en évoquant un cadre global "extraordinairement préoccupant", l’ancien argentier de la Région wallonne attend maintenant de la rigueur de la part du gouvernement. "La vérité sera dans le budget 2022. Il faut concrétiser ces économies structurelles, de 150 millions en 2022, de 300 millions en 2023 et de 450 millions en 2024. Cela ne sera pas évident, car l’année 2024 est une année électorale."

"Il y a un besoin d’économies qui nécessitent une prise de responsabilisation importante de la part du gouvernement et de l’administration afin d’arriver à ce 1% d’économies."
Paul Furlan
Député socialiste

Pour le député socialiste Paul Furlan, l’heure est à la responsabilisation. "Il y a un besoin d’économies qui nécessitent une prise de responsabilisation importante de la part du gouvernement et de l’administration afin d’arriver à ce 1% d’économies. Cela nécessite de sortir de la force d’inertie." Cet exercice, prévient néanmoins le député Ecolo Stéphane Hazée, doit malgré tout permettre à la Wallonie de "garantir les investissements publics".

Conscient des enjeux financiers, le ministre du Budget Jean-Luc Crucke (MR) a pour sa part plaidé devant les députés pour que la Wallonie se dote d’une règle d’or légale. "Ce serait une forme de pacte de stabilité, une norme de soutenabilité de la dette", en inscrivant cet effort de 1% d’économies dans une révision du décret WBFin.

Le résumé

  • De 28 milliards aujourd’hui,  la dette de la Wallonie continuerait de se creuser jusqu’en 2030 pour atteindre quelque 48 milliards.
  • En dépit des politiques de relance, le budget wallon est fragilisé par le risque d'augmentation des taux d'intérêt et le maintien éventuel de dépenses décidées pour contrer les effets de la pandémie.
  • Les experts préconisent une économie structurelle qui équivaut à 1% des recettes chaque année.

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